Sahara. Du déni au précipice: comment le Polisario refuse de négocier et accélère sa propre fin

Brahim Ghali, chef de la milice du Polisario.

Brahim Ghali, chef de la milice du Polisario.. AFP or licensors

Après avoir cédé sous les pressions et réintégré le processus de négociation fondé sur la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU, le front Polisario tente aujourd’hui un blocage de la dernière chance. Entre panique face à sa propre dissolution, injonctions d’un parrain algérien aux abois et menace d’une classification terroriste par le Congrès américain, la milice de Tindouf s’enfonce dans une impasse politique sans issue.

Le 22/07/2026 à 14h17

Après de multiples marques d’agitation, d’incohérences politiques et d’hésitations, le front Polisario vient d’opter pour le braquage diplomatique. De source informée, Le360 apprend que la milice séparatiste tente de bloquer le processus de négociation sur le Sahara marocain en rejetant formellement le cadre internationalement établi: la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies adoptée en octobre 2025 et le plan d’autonomie sous souveraineté marocaine qu’elle consacre désormais comme la seule et unique solution au conflit.

Ce blocage s’apparente à une posture désespérée et contradictoire. Le Polisario avait pourtant, dès l’adoption de cette résolution fondamentale, manifesté un rejet véhément, avant de revenir sur sa position pour accepter, bon gré mal gré, de s’asseoir à la table des pourparlers conduits sous la haute houlette des États-Unis et l’égide de l’ONU.

L’enchaînement des faits traduit une bien fébrile volte-face. Du 19 au 23 janvier 2026, une délégation du Polisario se rend discrètement à Washington à bord d’un appareil mis à disposition par la présidence algérienne. Les responsables américains y opposent un mur de fermeté, rappelant que le plan d’autonomie constitue l’unique base de travail. Fin janvier 2026, un premier cycle préparatoire de négociations directes s’ouvre à Washington sous l’impulsion de la diplomatie américaine. Les 8 et 9 février 2026, les pourparlers s’installent à l’ambassade des États-Unis à Madrid. Réunis sous la supervision de l’envoyé personnel de l’ONU, Staffan de Mistura, et des émissaires de la Maison-Blanche, notamment Massad Boulos, conseiller spécial pour l’Afrique, le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie et le Polisario se font face. Le Royaume y soumet son offre d’autonomie actualisée et détaillée. Les 23 et 24 février 2026, un second round à haut niveau se tient de nouveau à Washington pour sceller le cadre de travail.

Après s’être plié à cette cadence diplomatique imposée, le Polisario opère aujourd’hui un retour arrière brutal, refusant de discuter de l’objet même des pourparlers: la mise en œuvre pratique du plan d’autonomie.

Ce comportement du Polisario ne saurait être dissocié du parcours de son tuteur, l’Algérie. Aujourd’hui, par la voix de ses relais médiatiques et d’influenceurs proches du pouvoir, Alger tente de réécrire l’histoire en prétendant n’avoir «jamais refusé» de prendre part aux négociations. Un récit révisionniste qui se heurte de plein fouet aux archives diplomatiques officielles du régime.

Le 30 octobre 2020, et à la suite de la résolution 2548, l’Algérie publie un communiqué tentant de se reléguer au rang de simple «observateur officiel», refusant le statut de partie prenante. En 2021, une déclaration officielle relayée par l’agence d’État APS notifie aux Nations unies le rejet «irréversible» par l’Algérie du format des tables rondes.

La capitulation face à Washington

Malgré ces vociférations, le régime algérien a dû céder devant le rapport de force imposé par Washington. Le 27 janvier 2026, Massad Boulos atterrit à Alger et s’entretient directement avec le ministre Ahmed Attaf et le président Abdelmadjid Tebboune. Derrière le langage feutré des communiqués, l’émissaire américain signifie une sommation formelle: Alger doit réintégrer le processus multilatéral. Contrainte et forcée, l’Algérie a bel et bien dépêché Ahmed Attaf à la réunion de Madrid les 8 et 9 février 2026, tentant vainement d’en dissimuler la portée auprès de son opinion publique en prétextant un simple déplacement bilatéral.

Cette capitulation diplomatique face à Washington est à ajouter à la série de revers essuyés face aux puissances européennes. Après avoir mené une campagne d’une extrême virulence contre l’Espagne suite à son appui au plan d’autonomie en mars 2022 et contre la France, Alger a fini par battre en retraite sur toute la ligne. Forcée à entrer par la porte, l’Algérie, cherche-t-elle à fuir par la fenêtre, en activant son proxy?

Alors que la référence (la résolution 2797) et l’objet (le plan d’autonomie) sont clairement actés par la communauté internationale, le Polisario adopte une attitude de refus infantile. Ce comportement irrationnel répond, selon notre source, à deux logiques de survie et de manipulation. Il y a d’abord la terreur de l’auto-effacement. L’aboutissement de l’initiative d’autonomie marocaine scelle l’arrêt de mort politique du front Polisario. Accepter de négocier les modalités du plan marocain équivaut, pour la nomenclatura de Tindouf, à signer son propre acte de dissolution. Face à la perte irrémédiable de sa prétendue légitimité, la direction séparatiste voit le tapis se dérober sous ses pieds. C’est la fin programmée de ses privilèges financiers, de ses rentes de situation et de son existence institutionnelle.

Il y a ensuite l’injonction et le sabotage téléguidés par Alger. Faute de pouvoir assumer ouvertement un affrontement direct avec l’administration américaine, le régime algérien instrumentalise sa milice, ajoute notre interlocuteur. L’objectif d’Alger est de jouer la montre dans l’espoir illusoire de voir le contexte international évoluer lors de la prochaine résolution de l’ONU, tout en sabotant en sous-marin le processus américano-onusien. Un double jeu cynique qui permet au parrain algérien d’affirmer aux diplomates étrangers «qu’il n’y est pour rien» et que la responsabilité incombe au Polisario qui «se rebiffe».

Pendant ce temps, l’étau se resserre

En choisissant la rigidité et le sabotage, le Polisario commet une erreur stratégique majeure. Loin de paralyser la dynamique internationale, ce refus constitue une preuve supplémentaire, s’il en fallait encore, de sa mauvaise foi absolue et accélère irrémédiablement sa criminalisation sur la scène internationale. Pendant que la milice s’agite à Tindouf, une offensive législative sans précédent progresse au Congrès américain à Washington.

Initiées par le représentant républicain Joe Wilson à la Chambre basse et appuyé au Sénat sous le projet S. 4063 porté par Ted Cruz, deux propositions de loi visent à classer formellement le Polisario parmi les Organisations terroristes étrangères (FTO).

La dynamique s’accélère. Le 9 juillet 2026, la Chambre des représentants enregistre le soutien déterminant de deux figures majeures du Parti républicain: Scott DesJarlais (figure de proue conservatrice) et Matt Van Epps (ancien commandant d’élite des opérations spéciales diplômé de West Point). Le groupe de co-parrains passe ainsi à 16 législateurs.

Autre preuve que l’effacement du Polisario de l’échiquier politique est d’ores et déjà anticipé par les grandes puissances, les États-Unis et la communauté internationale préparent activement l’après-Polisario.

Si le Polisario Front Terrorist Designation Act est voté, le mouvement séparatiste sera légalement exclu de toute table de négociations et frappé de sanctions financières majeures. Pour pallier ce vide et liquider définitivement le monopole représentatif autoproclamé de la milice de Tindouf, Washington met désormais sous les projecteurs des alternatives crédibles et pragmatiques, au premier rang desquelles figure le Mouvement Sahraoui pour la Paix (MSP). Dans cet esprit, la rencontre tenue le mardi 30 juin au siège de la mission américaine auprès des Nations unies entre l’ambassadeur des États-Unis à l’ONU, Mike Waltz, et une délégation du MSP est parlante à plus d’un titre.

En optant pour l’obstruction face à la résolution 2797, le Polisario ne fait que précipiter sa propre déchéance. Enfermé dans les schémas périmés de la Guerre froide et soumis aux calculs d’un régime algérien lui-même contraint aux concessions, le front séparatiste s’est pris à son propre piège. La diplomatie internationale avance désormais sans lui, laissant Tindouf face à l’isolement et à la criminalisation.

Par Tarik Qattab
Le 22/07/2026 à 14h17