Industrie des batteries et énergie propre: le Maroc face à la réalité du marché mondial

Le scientifique marocain Rachid Yazami.

Revue de presseAlors que la course mondiale au stockage de l’énergie s’accélère, la stratégie marocaine oscille entre ambitions industrielles et concurrence féroce des géants asiatiques. Entre production de batteries lithium-ion et potentiel d’exportation d’énergie solaire, le chercheur Rachid Yazami analyse les défis et les opportunités qui façonnent l’avenir énergétique du Royaume. Cet article est une revue de presse tirée de Finances News.

Le 21/07/2026 à 19h29

Pionnier de la batterie lithium-ion moderne, le chercheur Rachid Yazami porte un regard lucide et sans complaisance sur les ambitions industrielles de son pays d’origine. Dans un entretien accordé au magazine Finances News, alors que le Maroc affiche sa volonté de s’imposer dans la transition énergétique mondiale, le scientifique rappelle la réalité des chiffres et la domination écrasante de la Chine sur ce secteur stratégique. Pour le co-inventeur de l’anode en graphite, la véritable force du Royaume réside ailleurs: dans son ensoleillement exceptionnel et sa capacité à devenir un futur réservoir d’énergie propre pour le continent européen.

Face aux prévisions d’une demande mondiale en forte croissance, qui devrait atteindre 4 térawattheures d’ici à 2030, contre plus de 2 500 gigawattheures en 2025, la production marocaine prévue de 20 gigawattheures mérite d’être replacée dans son contexte. L’idée de faire du Royaume un géant mondial du secteur relève, selon le scientifique, d’une vision peu réaliste. «C’est clairement une utopie, affirme-t-il, refusant de céder à ce qu’il qualifie de piège de l’hypernationalisme», note le magazine. Avec une Chine détenant plus de 65% du marché mondial et une production globale atteignant des niveaux records, l’écart demeure considérable.

«La vocation industrielle du Royaume conserve néanmoins toute sa pertinence», écrit Finances News. Les batteries produites localement pourront intégrer les chaînes d’assemblage nationales des grands constructeurs automobiles, à condition de répondre aux exigences de coût et de qualité imposées par le marché mondial. Toutefois, le véritable levier stratégique du Maroc réside dans la valorisation de ses ressources naturelles. «Le Maroc est une mine d’or», explique le chercheur en évoquant le potentiel solaire et éolien des provinces du Sud. En déployant des infrastructures photovoltaïques sur quelques milliers d’hectares, le pays disposerait d’une capacité suffisante pour exporter, chaque année, plusieurs térawattheures d’électricité verte vers l’Europe, faisant ainsi de sa position géographique un atout énergétique majeur.

Au-delà des aspects technologiques, l’attractivité des compétences de la diaspora constitue un enjeu déterminant pour l’avenir scientifique et économique du pays. Le retour des talents passe par la création d’un environnement favorable, reposant sur des mesures fiscales incitatives, mais surtout sur des garanties professionnelles et administratives solides. «L’intégration, c’est l’obstacle invisible», souligne Rachid Yazami, en évoquant les différences de méthodes de travail et les lourdeurs administratives auxquelles sont parfois confrontés les cadres et chercheurs de retour au pays. Si les investissements de la diaspora continuent de s’orienter majoritairement vers l’immobilier, un secteur peu créateur d’emplois durables, les récentes évolutions réglementaires et la volonté d’accompagnement affichée par le gouvernement traduisent une prise de conscience en faveur d’un investissement plus productif.

Par le360
Le 21/07/2026 à 19h29