Au Mali, les Russes et les FAMA viennent de porter un coup majeur à la coalition touarègue en lui tendant le piège d’Anéfis dans lequel elle s’est précipitée. Après cinq jours de combats, le 9 juillet, l’offensive touarègue contre le camp d’Anéfis, verrou du nord-Mali était un échec sanglant. Or, à la différence des Peul qui combattent dans la partie sud du Sahel, les Touaregs maliens n’ont pas de réserves démographiques. De plus, non seulement ils n’ont pas réussi à rallier leurs frères du Niger et d’Algérie, mais leurs «cousins» Imghad et Daoussak les combattent. Leur «réservoir» de combattants vient donc d’être sérieusement entamé.
À la suite de cette bataille, comme elle est militairement et diplomatiquement à la manœuvre, la Russie a imposé la reprise des contacts à l’Algérie et au Mali, ses deux alliés en guerre. Dès le 10 juillet, l’Algérie et le Mali annoncèrent ainsi le retour de leurs ambassadeurs et la réouverture de leurs espaces aériens aux vols civils et militaires. La bataille d’Anéfis rebattait donc les cartes. Va-t-elle pour autant permettre d’ouvrir une nouvelle page dans la géopolitique régionale? Les mois qui viennent le diront car la question est de savoir si le contentieux algéro-malien peut être effacé ou mis entre parenthèses au profit d’intérêts «supérieurs».
Ce contentieux repose sur une réalité qui est qu’Alger a toujours soutenu les mouvements touaregs, mais tout en ne leur donnant pas les moyens de l’emporter définitivement sur Bamako. Le souci d’Alger est en effet d’éviter la création d’un État touareg sur les décombres du Mali, ce qui pourrait donner des idées à ses propres Touaregs. De fait, le sud algérien est traditionnellement la caisse de résonance des problèmes sahéliens. Or, depuis plusieurs mois, l’Algérie se trouve piégée par les «dynamiques» régionales qu’elle ne contrôle plus.
«Pour Alger, le temps presse car le projet concurrent marocain de désenclavement du Sahel par l’Atlantique avance. »
— Bernard Lugan
Les autorités maliennes accusent Alger d’ingérence via les groupes touaregs cependant qu’Alger qui s’inquiète de la déstabilisation du Nord-Mali, cherche à protéger ses frontières sud afin d’éviter une contagion sécuritaire vers Tamanrasset et le Hoggar.
La tension entre Alger et Bamako a été aggravée par la destruction d’un drone malien par l’armée algérienne près de la frontière en mars-avril 2025, par la décision de Bamako de mettre fin à l’Accord d’Alger de 2015 dont l’Algérie était le principal médiateur, et par les accusations d’ingérence et de soutien algérien à des groupes armés touaregs et à des organisations jihadistes comme le JNIM. Des groupes qui, le 25 avril 2026, menèrent des attaques coordonnées contre plusieurs positions stratégiques maliennes au cours desquelles le ministre malien de la Défense, Sadio Camara, fut tué.
Si elle était confirmée, la «normalisation» Bamako-Alger serait le résultat de l’active diplomatie du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov menée dans le cadre de la redéfinition souhaitée par Moscou du grand jeu sahélo-saharien. Et si Lavrov réussissait véritablement à rapprocher ses deux alliés, le Mali et l’Algérie qui s’opposent, c’est parce qu’Alger a une priorité qui est la mise en œuvre du gazoduc transsaharien Nigeria-Algérie, qui ne peut voir le jour sans un minimum de sécurité tant au Niger qu’au Mali. Et pour Alger, le temps presse car le projet concurrent marocain de désenclavement du Sahel par l’Atlantique avance.
Alger est donc au pied du mur et cela, tant avec les Touaregs qu’avec le Polisario. Il va donc lui falloir faire un choix car, dans les deux cas, il apparaît que ceux qu’elle soutient depuis des années lui posent désormais des problèmes. Mais si elle les abandonne, elle risque alors d’en perdre le contrôle, avec un risque de grave déstabilisation de tout son espace saharien.




