Le nouveau projet de décret sur la fixation des prix des médicaments au Maroc, programmé pour examen en Conseil de gouvernement, a été reporté in extremis afin d’approfondir les observations soulevées. «Ce report serait dicté par des considérations politiques liées au contexte préélectoral, ainsi que par des pressions exercées par le lobby de l’industrie pharmaceutique», rapporte le quotidien Assabah dans son édition du mardi 21 juillet.
Dans une déclaration au quotidien, Abdelmajid Belaiche, expert en industrie pharmaceutique et analyste des marchés pharmaceutiques, a fait savoir que «des partis politiques de la Majorité et d’autres de l’Opposition manœuvrent sur tous les fronts pour que le projet de décret en question ne soit pas validé et ne soit pas mis à l’actif du Rassemblement national des indépendants (RNI), auquel appartient le ministre de la Santé». Car, a-t-il expliqué, «ce nouveau projet de décret comporte d’importantes dispositions par rapport au précédent décret, qui remonte à l’année 2013».
De même, a-t-il ajouté, «des lobbys, notamment des laboratoires pharmaceutiques qui fabriquent des médicaments très coûteux, exercent de fortes pressions pour reporter l’adoption du texte dans sa mouture actuelle, dans l’attente de revoir certaines dispositions». Le projet, a précisé l’expert, apporte des réformes qui touchent les marges bénéficiaires des entreprises pharmaceutiques, notamment sur le segment des médicaments coûteux destinés au traitement des maladies chroniques.
La problématique porte sur certains médicaments, dits «budgétivores», dont les prix par boîte oscillent entre 10.000 et 90.000 dirhams, atteignant, dans certains cas, jusqu’à 130.000 dirhams pour une seule boîte. Ce qui pèse très lourdement sur les dépenses de la CNOPS (Caisse nationale des organismes de prévoyance sociale) et de la CNSS (Caisse nationale de sécurité sociale).
La nouvelle vision, poursuit la même source, vise également à revoir à la baisse les prix des médicaments dépassant les 3.000 dirhams, qui pèsent très lourd sur les dépenses de l’AMO (Assurance maladie obligatoire). Le texte, qui prévoit d’instaurer une révision automatique des prix tous les trois ans au lieu de cinq ans, propose également la suppression de la marge de 10 % accordée aux importateurs. C’est pourquoi, conclut l’expert, «les lobbys de l’industrie pharmaceutique exercent de fortes pressions pour empêcher l’adoption du nouveau décret dans sa version actuelle».




