Quand les sultans Saadiens sauvèrent l’indépendance du Maroc

Bernard Lugan.

ChroniqueAu mois de mars 1558, Hassan Pacha, le beylerbey d’Alger, attaqua le Maroc. Les combats qui eurent lieu au nord de Fès, sur les rives de l’Oued El‑Leben se traduisirent par une victoire marocaine décisive suivie de la déroute des troupes ottomanes qui subirent des pertes importantes. Cette dernière grande tentative de conquérir le Maroc eut pour résultat la matérialisation de la frontière Maroc-turque.

Le 16/06/2026 à 10h58

Au 16ème siècle, les souverains Saadiens furent confrontés à deux impérialismes, celui des Ottomans qui voulaient conquérir le Maroc afin de subjuguer l’Espagne, et celui des Espagnols qui voulaient empêcher l’encerclement ottoman. Pris dans cette redoutable tenaille, les Saadiens réussirent à sauver l’indépendance du Maroc.

Au milieu du 16ème siècle, l’Empire ottoman, qui avait colonisé l’actuelle Algérie, chercha à étendre son contrôle jusqu’à l’Atlantique afin de se projeter ensuite vers l’Espagne tout en coupant la route maritime Espagne-Amériques. Or, cette stratégie passait par la conquête ou la vassalisation du Maroc. Aussi, afin d’y parvenir, les Ottomans décidèrent-ils de soutenir des prétendants au trône marocain qu’ils appuyèrent militairement. Face à ce danger et, compte tenu de la faiblesse des Wattassides, les Saadiens s’imposèrent en qualité de dynastie chérifienne auréolée par la lutte victorieuse menée contre les implantations littorales portugaises.

Comme nous l’avons expliqué dans une précédente chronique, la stratégie des Turcs pour s’implanter au Maroc consistait à soutenir et à installer sur le trône des souverains qui leur étaient acquis, en lieu et place des monarques légitimes. C’est dans cette optique que, depuis leur colonie d’Algérie, ils lancèrent entre 1553 et 1558 deux importantes expéditions militaires:

1. Expédition de 1553-1554

Le beylerbey d’Alger, Salah Raïs, intervint à la demande du Wattasside Bou Hassoun qui avait été renversé par les Saadiens. Les Ottomans prirent Fès en 1554 et ils y réinstallent Bou Hassoun. Les Saadiens réagirent et ils reconquirent la ville, mettant fin à cette première tentative d’emprise ottomane.

«En 1576, en soutenant Abd al-Malik, les Ottomans tenteront encore de s’immiscer dans les affaires marocaines en profitant de la querelle de succession qui avait éclaté deux ans auparavant, en 1574 au lendemain de la mort du sultan Abdallah al‑Ghalib.»

—  Bernard Lugan

2. Expédition de 1558 et bataille de l’Oued el-Leben

En 1557, les Ottomans adressèrent un ultimatum au sultan saadien Abdallah al‑Ghalib par lequel ils le sommaient de reconnaître la suzeraineté ottomane. Le Maroc repoussa les exigences turques, soutenu en cela par l’Espagne, inquiète d’une éventuelle mainmise ottomane sur le Royaume.

Au mois de mars 1558, Hassan Pacha, le beylerbey d’Alger, attaqua le Maroc. Les combats qui eurent lieu au nord de Fès, sur les rives de l’Oued El‑Leben se traduisirent par une victoire marocaine décisive suivie de la déroute des troupes ottomanes qui subirent des pertes importantes. La tradition dit même que Hassan Pacha, n’échappa à la mort ou à la capture que grâce à la rapidité de son cheval. Cette dernière grande tentative de conquérir le Maroc eut pour résultat la matérialisation de la frontière Maroc-turque.

Néanmoins, en 1576, en soutenant Abd al-Malik, les Ottomans tenteront encore de s’immiscer dans les affaires marocaines en profitant de la querelle de succession qui avait éclaté deux ans auparavant, en 1574 au lendemain de la mort du sultan Abdallah al‑Ghalib. Pour mémoire, Abd al-Malik était un des fils du sultan Mohammed ech‑Cheikh qui avait été assassiné en 1557 par des agents ottomans. Une fois au pouvoir, son frère ainé, Abdallah al‑Ghalib avait cherché à éliminer ses rivaux, ce qui avait poussé Abd al‑Malik à un long exil de 17 années dans l’Empire ottoman (1557–1576).

En 1574, la mort du sultan Abdallah al‑Ghalib ouvrit une crise de succession. Selon les règles dynastiques, Abd al‑Malik, frère du défunt, aurait dû lui succéder. Mais c’est son neveu Muhammad al‑Mutawakkil qui prit le pouvoir. En 1576, grâce à l’appui militaire ottoman, Abd al-Malik pénétra au Maroc depuis la colonie turque d’Alger. Au mois de mars 1576, il l’emporta sur le sultan Mohammed al‑Mutawakkil lors de la bataille d’al‑Rukn, à l’est de Fès. Dans un premier temps, Abd al-Malik reconnût l’autorité du sultan ottoman Mourad III, puis, une fois les troupes ottomanes reparties, il réaffirma l’indépendance du Maroc avant de mourir le 4 août 1578 lors de la bataille des Trois Rois.

Par Bernard Lugan
Le 16/06/2026 à 10h58