Retour sur la double rivalité régionale entre l’Algérie et la Russie

Bernard Lugan.

ChroniqueEn Libye et au Mali, les intérêts de l’Algérie et de la Russie sont à ce point contraires et opposés que les relations entre ces deux vieux alliés se sont singulièrement refroidies, bien que la Fédération de Russie fournisse à l’ANP l’essentiel de ses équipements militaires.

Le 26/05/2026 à 11h00

La crise algéro-russe remonte au mois d’avril 2021 quand Alger refusa d’ouvrir son port de Mers el-Kébir à la flotte russe en route pour la Syrie. Comme la marine russe ne voulait pas dépendre uniquement de Tartous en Syrie, elle avait donc besoin d’un point d’appui en Méditerranée, et ce fut alors que Moscou commença à s’intéresser au port en eau profonde de Tobrouk en Cyrénaïque.

Or, l’homme fort de cette partie de la Libye, le général Haftar, avait, et a toujours, un contentieux avec l’Algérie qui soutient le régime rival de Tripoli. Mais, en plus de cela, le général Haftar revendique la partie la plus occidentale du Fezzan, une zone riche en hydrocarbures, jadis détachée de la Libye et rattachée à l’Algérie française, un territoire dont hérita automatiquement l’Algérie indépendante.

Afin d’écarter la menace, Alger agit alors sur les Touaregs libyens vivant dans la partie occidentale du Fezzan, et cela, afin d’empêcher le général de prendre le contrôle d’une région limitrophe de l’Algérie. La partie orientale du Fezzan qui est peuplée par les Toubou et par des tribus arabes est, quant à elle, largement passée sous l’autorité des forces du général.

En plus de cela, au mois de juin 2021, l’armée du général Haftar avança vers Tripoli. Or, contrairement à ce qui jusque-là, était la ligne constante de l’Algérie, le président Tebboune déclara alors que l’ANP était prête à intervenir en Libye pour stopper son avancée.

L’Algérie avait donc décidé d’entrer en confrontation directe avec l’allié de la Russie... Elle n’eut cependant pas à le faire car la Turquie était, entretemps, intervenue pour sauver le régime de Tripoli.

«Choisissant l’abstention plutôt que son traditionnel veto, la Russie permit alors le vote du Conseil de sécurité en faveur du plan marocain d’autonomie»

—  Bernard Lugan

Les relations entre Moscou et Alger étant fortement dégradées, au mois de juin 2023, afin de tenter de rétablir la confiance entre les deux pays, le président Tebboune effectua une visite d’État à Moscou. Mais, en dépit des déclarations officielles célébrant l’amitié entre les deux pays, deux mois plus tard, la Russie s’opposa à l’entrée de l’Algérie au sein des BRICS.

La réponse de Serge Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères fut alors quasiment insultante pour l’Algérie quand, le 24 août 2023, il déclara en effet que «nous agrandissons nos rangs avec ceux qui partagent notre vision commune»…

Mais, pour aggraver davantage la tension entre les deux alliés, entretemps, au dossier libyen, était venue s’ajouter la question du Mali. Or, ici, les intérêts de l’Algérie et de la Russie sont frontalement opposés puisque Moscou supporte le régime malien en lutte contre les Touaregs qui, eux, sont soutenus par Alger.

Le résultat de cette dégradation des relations entre la Russie et l’Algérie s’est manifesté le 31 octobre 2025 quand Moscou abandonna son soutien traditionnel à Alger dans le dossier du Sahara dit occidental.

Choisissant l’abstention plutôt que son traditionnel veto, la Russie permit alors le vote du Conseil de sécurité en faveur du plan marocain d’autonomie. Depuis, faisant un grand écart diplomatique, l’Algérie cherche désespérément à se rapprocher des États-Unis.

Par Bernard Lugan
Le 26/05/2026 à 11h00