Dans certaines grandes et moyennes surfaces, le rayon des conserves de sardine est vide. Pas de date de réapprovisionnement annoncée et pas d’explication en rayon. «Depuis une quinzaine de jours, on n’a plus reçu de conserves de sardine. Les clients demandent, on n’a rien à leur proposer», souligne un employé d’une enseigne de distribution à Casablanca.
Là où le produit est encore disponible, il part aussitôt. «Les clients savent que le produit est là et ils prennent en quantité. Si vous n’en trouvez plus aujourd’hui, revenez dans trois jours», témoigne un employé d’une autre enseigne à Témara. Résultat: des clients se mettent à constituer des stocks. «J’en cherchais depuis un moment et j’ai fini par en trouver ici par pur hasard. Dans d’autres magasins, les rayons étaient vides. Je prends plusieurs boîtes pour être tranquille un moment», confie l’un d’eux. Du côté des commerces de proximité, en revanche, aucune tension signalée. Les livraisons arrivent normalement, le produit est disponible, notent trois épiciers.
Une notice indiquant une rupture de stock de sardines chez le fournisseur, affichée dans un supermarché du quartier Hay Riad.
Les conserves de sardine n’ont pas eu besoin des réseaux sociaux pour trouver son public au Maroc. TikTok a néanmoins changé l’échelle. En raison de recettes virales à millions de vues, la demande a progressé au pire moment, quand les captures s’effondrent. Selon l’UNICOP (Union nationale des industries de la conserve de poisson), les captures de sardines sont tombées à 402.621 tonnes en 2025, contre plus de 670.000 tonnes en 2023, soit une chute de 40% en deux ans. Moins de matière première, c’est mécaniquement moins de volumes produits.
«Le recul des parts de marché des conserveries dans la grande distribution s’explique avant tout par des difficultés d’approvisionnement», affirme Anas Lamhandaz, directeur général de l’UNICOP. La situation n’est pas uniforme selon lui. «Ce constat n’est pas généralisable. Selon les retours de trois entreprises du marché local, la situation varie d’une enseigne à l’autre», dit-il, avant d’assurer qu’«une reprise est attendue après l’Aïd». Mais le fond du problème reste entier: «Cela fait trois ans que la filière est sous tension», déplore-t-il.
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Une dépendance à une seule espèce qui rend la filière particulièrement vulnérable, puisque la sardine pèse 80% de l’activité de la conserverie nationale. «La sardine a beau être un produit stockable, sans approvisionnement en amont, la production s’arrête», résume le directeur général de l’UNICOP. Le Maroc est pourtant le premier producteur mondial de Sardina pilchardus, avec 66% de la production mondiale et 46% du marché international des conserves.
La raréfaction de la ressource est directement liée à la hausse des températures des eaux atlantiques. La sardine pilchardus est l’une des espèces les plus sensibles aux variations thermiques. Selon l’UNICOP, son cycle de reproduction et la survie de ses larves dépendent de températures situées autour de 14 à 16°C. Au-delà de ce seuil, la mortalité des juvéniles augmente fortement. Des eaux trop chaudes perturbent également l’upwelling atlantique, ce phénomène de remontée d’eaux froides qui conditionne la disponibilité du plancton et la répartition des bancs. Résultat: les stocks se déplacent vers des zones moins accessibles aux flottilles.
D’ici la fin de l’année, les signaux météorologiques pointent vers un nouvel épisode El Niño. Ce phénomène de réchauffement anormal des eaux du Pacifique perturbe vents et courants à l’échelle mondiale, avec des effets directs sur les petits pélagiques. Pour la filière marocaine, déjà sous tension depuis trois ans, un tel épisode aggraverait encore la pression sur les volumes disponibles et les coûts matière.




















