Un juge d’instruction antiterroriste a mis en examen samedi quatre hommes dans le cadre de la tentative d’assassinat visant Hichem Aboud, opposant algérien établi en France depuis les années 90, rapporte l’AFP. Les faits remontent à février 2025 à Roubaix.
Trois des suspects sont poursuivis pour tentative de meurtre en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste. Le quatrième répond de complicité dans cette tentative de meurtre et d’association de malfaiteurs terroriste criminelle. Tous ont été placés en détention provisoire. Une cinquième personne, également placée en garde à vue, a été relâchée sans poursuite à ce stade.
L’affaire n’aurait jamais vu le jour sans un coup de filet dans un milieu sans rapport apparent avec la politique. En enquêtant sur le braquage d’un musée près de Lyon en novembre 2024, les enquêteurs sont tombés, via l’analyse de messageries cryptées sur Signal, sur quelque chose d’autrement plus grave. Un contrat sur la tête de Hichem Aboud. Prix fixé à 10.000 euros. En février 2025, l’équipe d’exécutants présumés est «montée» à Roubaix avec une adresse et un ordre de mission. L’équipe repart bredouille car Hichem Aboud n’est pas présent à son appartement. Sa survie ne tient à rien d’autre qu’un concours de circonstances.
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Informé de la tentative par l’AFP avant même son propre avocat, l’opposant n’a pourtant pas dit être surpris. «Mon client a découvert cette tentative de meurtre par l’AFP, mais cela ne l’étonne pas», a confirmé son avocat Dalil Essakali. Pour Hichem Aboud, tout s’explique. «Il fallait et il faudrait m’éliminer pour me faire taire», affirme-t-il.
Une liste d’opérations qui s’allonge
Il y a eu Liège, Paris, Barcelone… et maintenant Roubaix. L’avocat de Hichem Aboud ne manque pas de matière. «La tentative d’assassinat du mois de février 2025 s’inscrit dans la logique des choses après le ratage de l’opération de Barcelone», déclare Hichem Aboud himself.
Pendant des années, la justice française a regardé ailleurs. Deux plaintes de Hichem Aboud avaient été classées sans suite par le Parquet national antiterroriste en mai 2023. L’opposant a persisté, en déposant une plainte avec constitution de partie civile en février 2025. Un juge d’instruction a finalement été saisi pour les événements de Liège et de Paris. Et vendredi encore, il a porté plainte pour provocation publique à commettre un crime, visant un individu qu’il décrit comme un «islamiste businessman» passé «aux services du régime algérien», accusé d’avoir appelé à le tuer sur Facebook le 18 mai. «Mon client vit entre le Maroc et la France, car il ne se sent plus en sécurité en France», a souligné son avocat.
Pour comprendre l’évolution de la justice française face aux opérations clandestines algériennes sur son territoire, il faut revenir sur l’affaire Amir Boukhors, alias «Amir DZ». Ce youtubeur franco-algérien, suivi par des millions d’abonnés pour ses critiques acerbes du pouvoir à Alger, avait été enlevé le 29 avril 2024 en région parisienne, puis relâché le 1er mai. L’instruction antiterroriste ouverte dans son affaire a produit des résultats sans précédent. Un agent consulaire algérien compte parmi les mis en examen et un mandat d’arrêt international a été émis contre un ancien responsable de l’ambassade d’Algérie à Paris. Pour l’avocat de Hichem Aboud, ce dossier a constitué «un tournant» dans l’appréhension par les tribunaux français de ce type de faits.
Hichem Aboud et Amir DZ ont en commun bien plus que leurs ennuis avec le régime algérien. Tous deux sont visés depuis mars 2022 par des mandats d’arrêt algériens pour «appartenance à un groupe terroriste». Une accusation fourre-tout, suffisamment vague pour s’appliquer à n’importe quel dissident établi hors d’Algérie.
Le fantasme de l’extradition contre la réalité d’un État de droit
Pendant que ses agents recrutent des tireurs dans le milieu criminel français pour 10.000 euros et que ses agents consulaires organisent des enlèvements en région parisienne, le régime algérien entretient dans ses médias un tout autre récit. Celui d’opposants «terroristes» qui vont imminemment être extradés vers l’Algérie par les autorités françaises. La meute médiatique du régime d’Alger bassine son opinion publique avec les extraditions de Hichem Aboud, Amir Dz, Ferhat Mehenni, Abdou Semmar, et autres voix rebelles à la propagande officielle, à longueur de journées.
La réalité judiciaire est d’une tout autre nature. Paris n’extradera aucune des personnes citées par les médias du régime. Et désormais, Paris enquête sur ceux qui ont tenté de les faire taire par d’autres moyens. Les méthodes de voyous qu’Alger a exportées en France pendant des années commencent à produire l’effet inverse. Elles instruisent le dossier à charge contre le régime lui-même.




