C’est la même chose chaque année. Avant l’Aïd Al-Adha, une seule question revient dans les conversations: quel mouton choisir, où l’acheter et à quel prix? Dans les souks qui poussent en périphérie des villes, dans les supermarchés et dans les fermes que l’on visite en famille le week-end, le choix du mouton est une affaire que l’on ne prend pas à la légère.
Le Sardi, star incontestée de l’Aïd
Si l’on devait couronner une race pour l’Aïd Al-Adha, le Sardi serait sans doute le prétendant le plus sérieux. Imposant, robuste, majestueux, il est l’une des races les plus importantes en termes de gabarit et de conformation physique, affirme Saïd Chatibi, directeur de l’Association nationale ovine et caprine (ANOC).
Avant même le gabarit, c’est l’esthétique qui saute aux yeux. Sa robe est d’un blanc pur, presque immaculé, que tranche un noir profond et précis: les yeux, la langue, le dessous des pattes. Un contraste saisissant, qui a inspiré aux éleveurs un adage populaire devenu presque proverbial dans le milieu. «Il mange dans le noir, regarde dans le noir et marche dans le noir», dit-on à son sujet. Une formule poétique pour décrire cette singularité chromatique qui fait sa beauté et, pour beaucoup d’acheteurs, sa distinction.
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Le Sardi est une race des plaines centrales du Maroc. Son territoire s’étend de la Chaouia aux Rehamna, traverse les Abda, longe El Kelâa des Sraghna et remonte jusqu’à Al Haouz. Adapté à la chaleur des plaines, il développe naturellement une toison légère, peu fournie, ce qui accentue encore cet aspect élancé et soigné qui séduit les acheteurs.
Des moutons de la race «Sardi». (S. Bouchrit / Le360)
Son prix reflète sa réputation. Avec le Béni Guil, le Sardi est la race la plus chère du marché. Il se négocie autour de 78 dirhams le kilogramme dans les supermarchés et légèrement au-dessus dans les souks (moins de 5 dirhams), où la pression de la demande à l’approche de la fête fait encore monter les enchères. Un mouton de bonne taille peut donc représenter un investissement conséquent, mais pour beaucoup de familles, l’acquisition d’un beau Sardi reste une fierté que le prix seul ne saurait décourager.
Le Timahdite, l’Atlas dans le sang
À l’opposé de l’opulence des plaines, il y a la rigueur de la montagne. C’est dans cet environnement exigeant, sur les versants et les plateaux du Moyen Atlas, que la race Timahdite a forgé son caractère. Une race bien connue, immédiatement reconnaissable, dont le visage et l’encolure bruns contrastent avec une toison blanche et des pattes claires. Un faciès expressif, presque sévère, qui reflète la dureté de son milieu d’origine.
(A.Gadrouz/Le360)
Car le Timahdite vit dans un monde de neige et de vent. Il broute en forêt, suit les parcours d’altitude et affronte des hivers glaciaux que peu de races pourraient supporter. Pour y survivre, il a développé une toison particulièrement dense, l’une des plus épaisses parmi les races nationales, une protection naturelle contre le froid et les intempéries.
Du point de vue de la production, le Timahdite est présenté comme une race équilibrée, fiable, dont le bon rendement en viande est unanimement reconnu. Il est très utilisé en reproduction.
Des moutons de la race «Timahdite». (K. Sebbar / Le360)
Mais c’est peut-être sa position tarifaire qui constitue son atout le plus décisif aux yeux des familles. Il est légèrement moins onéreux que les races premium comme le Sardi ou le Béni Guil. Un écart de 800 à 1.000 dirhams sur un animal de poids comparable (50-60 kilogrammes), qui fait souvent la décision. En supermarché, le kilogramme dépasse les 75 dirhams, dans les souks, il descend autour de 65 dirhams, un rapport qualité-prix que Saïd Chatibi juge «particulièrement raisonnable».
Dans l’Oriental, le Béni Guil fait la loi
Le Béni Guil est une race des hautes plaines de l’Oriental, élevée à plus de 1.300 ou 1.400 mètres d’altitude, dans des zones semi-arides où les précipitations restent faibles et la végétation parsemée.
Ce que l’on retient surtout du Béni Guil, c’est sa résistance. «Une race marcheuse et robuste», dit Saïd Chatibi, qui peut couvrir jusqu’à 25 à 30 kilomètres par jour à la recherche de son pâturage. Une performance qui dit tout sur sa résistance physique et sa capacité à valoriser des espaces que d’autres races ne pourraient pas exploiter.

Cette race est connue pour consommer des herbes fourragères épineuses, celles dont les autres animaux se détournent. Elle raffole particulièrement de l’armoise et de l’alfa, ces plantes steppiques qui parfument les plaines de l’Oriental et dont on dit qu’elles confèrent à la viande de la Béni Guil une saveur caractéristique et très appréciée.
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Cette qualité gustative, combinée à une conformation physique solide, en fait l’une des races les plus cotées du marché national, au même niveau que la Sardi. Son prix oscille entre 73 et 75 dirhams le kilogramme, sans descendre en dessous de 70 dirhams.
Le Boujaâd, le discret au bon rapport qualité-prix
Ceux qui connaissent bien le Boujaâd ne l’échangeraient pour rien d’autre. Originaire de la région de Khouribga, Oued Zem et Boujaâd, «cette race s’est forgée au fil des années une solide réputation de race productive et de qualité».
Sa robe est entièrement blanche, ou presque. Car le blanc de la Boujaâd n’est pas celui, éclatant et pur, du Sardi. Sa couleur tire légèrement vers le jaune, une teinte dorée et chaude que les éleveurs et les marchands ont fini par transformer en surnom affectueux. On l’appelle d’ailleurs «lghnem sefra», le mouton jaune, «une appellation qui sonne comme une marque de fabrique dans les souks de sa région d’origine», note Saïd Chatibi.

Malgré cette apparence moins spectaculaire, le Boujaâd dispose d’une conformation physique solide et d’un très bon rendement en viande, deux qualités que les professionnels placent au premier rang.
Son prix, plus accessible que celui des races premium, en fait une option sérieuse pour les familles qui souhaitent concilier qualité et budget. Dans les souks, le kilogramme se négocie entre 68 et 70 dirhams, en supermarché, il monte entre 75 et 77 dirhams.
Le D’man, un goût que rien ne remplace
Le D’man est une race des oasis. Son territoire s’étend d’Errachidia à Tata, couvrant Tinghir, Ouarzazate et Zagora, ces régions où l’on cultive la luzerne sous les palmeraies. C’est ce régime alimentaire (luzerne et résidus de dattes) qui donne à sa viande une saveur particulière, très appréciée des habitants de la région, qui lui restent fidèles au point de la préférer à toute autre race.

Cette race se reconnaît à sa toison légère et à ses robes variées: blanc, noir ou rouge selon les spécimens. Surtout, elle est sans cornes, ce qui lui ferme largement les marchés des autres régions du Maroc, où ce critère reste déterminant pour les acheteurs. On ne la trouve pas en supermarché, elle se vend uniquement en souk, entre 65 et 70 dirhams le kilogramme, commente Saïd Chatibi.
Sa vraie spécificité est ailleurs. Le D’man est «une race exceptionnellement prolifique. Une brebis agnèle 2 fois par an, avec 2 à 3 agneaux par mise bas, soit 5 à 6 agneaux sur l’année. Un rendement que peu de races nationales peuvent lui opposer», dit-il.










