Aïd al-Adha: prix des moutons entre 3.000 et 10.000 DH à Fès, les ménages sous pression

Au marché de Bensouda à Fès, à quelques jours de l’Aïd al-Adha, des citoyens examinent les moutons proposés à la vente dans un contexte de forte hausse des prix. (Y.Jaoual/Le360)

Le 20/05/2026 à 09h14

VidéoÀ quelques jours de l’Aïd al-Adha, les marchés de moutons de Fès enregistrent une forte hausse des prix, avec des tarifs oscillant entre 3.000 et 10.000 dirhams. Entre colère des consommateurs, accusations de spéculation et justification des éleveurs face à l’envolée des coûts de production, l’achat du sacrifice devient de plus en plus difficile pour de nombreux ménages.

À un peu plus d’une semaine de l’Aïd al-Adha, prévu le 27 mai, les marchés de vente de moutons ont officiellement ouvert leurs portes à Fès dans une ambiance marquée par un niveau élevé des prix. Une situation qui met à mal de nombreux ménages dont le pouvoir d’achat, modeste, n’est pas en mesure de supporter cette cherté.

Au marché Bensouda, l’un des principaux points de vente de la ville, les clients affluent pour se renseigner sur les prix, mais nombreux sont ceux qui repartent sans passer à l’achat. Les tarifs constatés oscillent entre 3.000 et 10.000 dirhams selon la qualité et la corpulence des bêtes, avec une rareté des moutons proposés à des niveaux plus accessibles.

Face à cette situation, plusieurs citoyens interrogés par Le360 expriment leur désarroi. L’un d’eux affirme avoir été «choqué» par les prix pratiqués. «Le feu de l’enfer semble plus supportable que ce que j’ai entendu aujourd’hui comme prix», lance-t-il, expliquant s’être rendu au marché avec un budget de 2.500 dirhams avant de constater que la majorité des moutons dépassent largement cette somme.

«Le citoyen moyen n’a plus sa place dans le marché», martèle-t-il, estimant que la poursuite de cette hausse pourrait pousser certaines familles à renoncer au sacrifice cette année. Cette amertume est largement partagée par d’autres acheteurs, qui redoutent une nouvelle flambée à mesure que l’Aïd approche et que la demande augmente.

Un autre client dénonce, pour sa part, ce qu’il qualifie d’«incendie des prix» observé sur le marché, estimant que les éleveurs ont quitté les lieux dès l’aube, laissant le terrain aux intermédiaires et aux spéculateurs. Selon lui, cette situation contribue directement à la hausse des tarifs pratiqués.

Cette hausse des prix a amené plusieurs clients à s’interroger sur l’impact réel du soutien accordé au cheptel national ainsi que des récentes précipitations enregistrées au Maroc. Pour eux, ces facteurs auraient dû contribuer à réduire les prix plutôt qu’à les maintenir à des niveaux aussi élevés.

Un retraité rencontré sur place affirme ne pas disposer de plus de 2.000 dirhams pour acheter un mouton cette année. «Je n’ai trouvé aucun mouton adapté à mes moyens», regrette-t-il, s’interrogeant sur la manière dont les familles modestes pourront faire face aux dépenses liées à l’Aïd.

Il estime que les intermédiaires dominent désormais le marché, avec une présence limitée des éleveurs eux-mêmes. Il considère que l’achat de viande auprès des grandes surfaces pourrait revenir moins cher que l’acquisition d’un mouton dans les marchés actuels.

Face à cette situation, plusieurs consommateurs appellent les autorités compétentes à renforcer les opérations de contrôle afin de limiter les pratiques spéculatives et de protéger le pouvoir d’achat des ménages, particulièrement dans un contexte économique déjà marqué par la hausse du coût de la vie.

Du côté des éleveurs, le discours diffère. Nombre d’entre eux attribuent ce renchérissement aux coûts élevés de l’élevage, notamment à la hausse continue des aliments pour bétail et des charges liées à l’entretien des troupeaux.

Les éleveurs affirment que leurs marges restent limitées au regard des dépenses engagées durant plusieurs mois pour leurs troupeaux. Ils estiment que vendre à des prix plus bas ne permettrait pas de couvrir les coûts de production.

Selon eux, les prix varient naturellement en fonction de la qualité et du poids des animaux, les moutons étant proposés dans une fourchette comprise entre 2.000 et 9.000 dirhams afin de répondre aux différents niveaux de pouvoir d’achat.

Ils rappellent également que l’augmentation des prix des aliments pour bétail et des intrants agricoles continue de peser lourdement sur le secteur, rendant difficile toute baisse significative des tarifs dans les marchés.

Entre la colère des consommateurs et les arguments des éleveurs, les marchés de Fès restent suspendus à l’évolution des prochains jours. Beaucoup espèrent que l’abondance annoncée du cheptel national permettra progressivement de rééquilibrer l’offre et la demande avant l’Aïd.

Les estimations officielles du ministère de l’Agriculture évoquent en effet une offre largement suffisante pour couvrir les besoins du marché national et contribuer à une détente des prix au profit d’un plus grand nombre de familles marocaines.

Par Youssra Jaoual
Le 20/05/2026 à 09h14