Le Maroc face au défi de transformer les IDE en richesse durable

Le Maroc consolide progressivement son positionnement comme plateforme d’investissement.

Revue de pressePorté par les recompositions géopolitiques et la réorganisation des chaînes de valeur mondiales, le Maroc renforce son attractivité auprès des investisseurs étrangers. Pour Abdelaaziz Aït Ali, économiste au Policy Center for the New South, le véritable défi est désormais de convertir ces flux d’investissements en richesse partagée, en intégration industrielle et en montée en gamme technologique. Cet article est une revue de presse tirée de Finances News.

Le 19/05/2026 à 20h08

Dans un contexte mondial marqué par les tensions géopolitiques et la fragmentation des chaînes de valeur, le Maroc consolide progressivement son positionnement comme plateforme d’investissement. Pour Abdelaaziz Aït Ali, économiste en chef au Policy Center for the New South, la hausse des investissements directs étrangers (IDE) observée ces dernières années ne relève pas d’un simple effet conjoncturel, mais traduit l’entrée dans un nouveau cycle économique.

Dans un entretien accordé au magazine Finances News Hebdo, il explique que les flux mondiaux d’IDE sont orientés à la baisse depuis plusieurs années, sous l’effet des tensions commerciales sino-américaines, du retour des politiques industrielles nationales et des mesures américaines visant à relocaliser les investissements sur le territoire des États-Unis. Le Maroc n’a pas échappé à cette tendance, avec des IDE nets tombés à environ 0,7% du PIB en 2023. «Je ne pense donc pas que le redressement auquel vous faites référence s’agisse simplement d’un mouvement conjoncturel. Nous sommes plutôt face à un nouveau cycle, qui reflète à la fois des facteurs internationaux et des fondamentaux propres au Maroc», explique Aït Ali.

L’économiste estime que la reconfiguration des chaînes de valeur mondiales, combinée à la recherche de plateformes de production plus stables, profite aujourd’hui au Royaume. Il met également en avant les réformes structurelles engagées depuis plusieurs années et la continuité des politiques économiques marocaines. «Un investisseur étranger cherche d’abord un cadre stable, prévisible et transparent. C’est ce que le Maroc offre, notamment en comparaison avec plusieurs pays de la région», affirme-t-il.

Aït Ali considère toutefois que l’un des principaux atouts du Maroc réside désormais dans sa neutralité géostratégique. «Dans un monde où les blocs se recomposent, notamment autour d’un bloc occidental mené par les États-Unis et d’un autre centré autour de la Chine, le Maroc peut jouer un rôle de connecteur», souligne-t-il. Une position qui commence, selon lui, à se refléter dans les chiffres ainsi que dans les évaluations des institutions internationales.

Pour mesurer la durabilité de cette dynamique, l’économiste identifie plusieurs indicateurs clés. Le premier concerne la structure des investissements et leur diversification. Il note notamment la montée en puissance de la Chine, y compris Hong Kong, devenue le deuxième investisseur au Maroc en 2024 puis le cinquième en 2025, lit-on dans Finances News. «Historiquement, la Chine n’était pas aussi présente dans le paysage des IDE au Maroc. Elle voyait plutôt le pays comme un marché. Les choses semblent changer, et le Maroc est de plus en plus perçu comme une plateforme d’investissement et de production», indique-t-il.

Le deuxième signal porte sur la diversification sectorielle, avec une place croissante de l’industrie et, plus particulièrement, de la mobilité électrique. «Le Maroc entre clairement dans une nouvelle phase, notamment avec des investissements de grande taille dans la mobilité électrique», estime Aït Ali. Il souligne que le Royaume pourrait bénéficier de la transition mondiale vers le véhicule électrique, notamment grâce à la production de batteries, qu’il considère comme l’une des composantes les plus importantes en matière de valeur ajoutée.

L’économiste insiste cependant sur la nécessité d’approfondir l’intégration industrielle locale. «Les IDE ne doivent pas fonctionner comme des enclaves. Ils doivent irriguer le tissu productif national, créer des liens avec les PME, renforcer les compétences locales et permettre un transfert réel de savoir-faire», prévient-il. À ses yeux, c’est cette capacité d’intégration qui déterminera si les investissements étrangers deviennent un véritable levier de développement.

Interrogé sur l’impact des tensions commerciales mondiales et des politiques tarifaires américaines, Aït Ali reconnaît que le Maroc n’est pas totalement à l’abri des recompositions en cours, notamment dans le secteur automobile. Il rappelle toutefois que l’ancrage principal du Royaume demeure européen. «L’Union européenne offre un cadre plus prévisible, et le Maroc a construit avec elle un capital économique, industriel et institutionnel de longue date», souligne-t-il.

Même si la politique commerciale américaine introduit une «incertitude structurelle», l’économiste considère que le Maroc reste «l’une des économies les plus résilientes de la région». Il estime même que le Royaume pourrait tirer parti de ces recompositions à condition de renforcer sa compétitivité, d’anticiper les nouvelles règles d’origine et de s’adapter aux exigences environnementales et industrielles des grands marchés.

Concernant la concentration des IDE dans l’automobile et l’aéronautique, Aït Ali relativise les risques de dépendance. Il rappelle que l’automobile représente environ 40% des investissements dans le secteur manufacturier en 2024 et 2025, mais seulement 15% du total des investissements nets sur la même période. «Le Maroc reste l’une des économies les plus diversifiées de la région», affirme-t-il.

Pour illustrer cette résilience, il revient sur le cas de Bombardier en 2019, lorsque le groupe canadien avait décidé de céder son usine au Maroc, souligne Finances News. «Ce type de mouvement fait partie de la vie normale des multinationales. Ce qui compte, c’est que l’écosystème marocain demeure attractif et que d’autres entreprises continuent de maintenir, voire de renforcer, leur intérêt pour le pays», explique-t-il. Selon lui, «la profondeur de l’écosystème est plus importante que la présence ou le départ d’un acteur particulier».

L’économiste insiste également sur le rôle du capital national et des partenariats entre investisseurs marocains et étrangers. Il considère que les joint-ventures peuvent devenir «un levier de transfert technologique, d’apprentissage industriel et d’appropriation locale».

Par La Rédaction
Le 19/05/2026 à 20h08