Abdelghani Youmni, économiste spécialiste des politiques publiques, dresse un constat sans appel: «le Maroc fait face à un décalage structurel entre croissance et emploi. Malgré les progrès réalisés en infrastructures et industrialisation, le modèle tiré par l’investissement public montre aujourd’hui ses limites». Dans un entretien accordée au magazine hebdomadaire Challenge, il explique qu’entre 2000 et 2024, le pays a généré «en moyenne 215.000 emplois de moins par an que nécessaire pour stabiliser le taux d’emploi», un déficit qui s’est creusé après 2020, atteignant «370.000 emplois manquants par an sur la période 2020-2024».
Ce paradoxe s’explique par quatre verrous structurels: «l’informalité, l’accès au financement, le poids des entreprises publiques et l’accès au foncier», énumère Youmni. L’informalité, qui touche «69,4% de l’emploi en 2024», limite la productivité et l’accès au crédit. «Les PME, pourtant centrales pour l’emploi, captent seulement 41% des financements bancaires, contre 59% pour les grandes entreprises», précise-t-il.
Pour relancer l’emploi, la Banque mondiale identifie quatre filières prioritaires, indique Challenge: le solaire décentralisé, le textile bas carbone, la valorisation de l’argan et l’aquaculture. «Leur potentiel cumulé est de 166.000 emplois et 7,4 milliards de dollars à moyen terme», indique Youmni. Parmi elles, «le solaire est le levier le plus structurant, avec un potentiel de 2,9 milliards de dollars et 43.500 emplois », grâce à ses retombées énergétiques, technologiques et sociales. Le tourisme, déjà un moteur économique, offre également des perspectives. «Le Maroc est passé de 10 millions de touristes en 2016 à plus de 19 millions en 2024, avec des recettes passant de 60 à 130 milliards de dirhams», souligne Youmni, selon lequel, «couplé à l’artisanat, ce secteur pourrait créer des milliers d’emplois et positionner le pays comme un hub méditerranéen», puisque «le défi n’est plus de produire plus, mais de produire mieux et de manière plus inclusive», a-t-il résumé. En effet, de son avis, «la fenêtre démographique se referme, et le Maroc doit accélérer les réformes structurelles pour dépasser une logique de rente et enclencher une croissance tirée par l’innovation et l’emploi privé».




