Un nombre important de salles de fêtes à Tanger opèrent en toute illégalité, refusant de se conformer aux décisions d’interdiction qui leur ont été notifiées depuis plusieurs années. Ce phénomène persiste en raison d’un apparent manque d’action des autorités compétentes, permettant à ces établissements de s’organiser en lobbies influents, indique le quotidien Al Akhbar dans son édition du mercredi 20 mai. Ces derniers parviendraient ainsi à dissuader les pouvoirs publics de faire appliquer les mesures de fermeture, malgré l’illégalité de leur activité.
«Certaines de ces salles génèrent des millions de dirhams chaque mois sans verser le moindre dirham à la trésorerie de l’État», souligne une source proche du dossier, citée par Al Akhbar. Pourtant, plusieurs établissements, dont une salle située au centre-ville, ont reçu des décisions de fermeture dès décembre dernier. Malgré cela, leurs propriétaires continuent d’exploiter ces lieux, en toute impunité, alors même qu’un rapport d’une commission spéciale a été transmis aux autorités de la wilaya de Tanger. Au-delà des salles du centre-ville et des quartiers résidentiels, en violation flagrante des lois en vigueur, des dizaines d’autres établissements se sont installés dans la rue Ali Bey, sans disposer des autorisations requises. «Nombre d’entre eux n’ont même pas la licence d’exploitation délivrée par la commune ou l’autorisation préfectorale», précise une source. L’absence de contrôle préalable et a posteriori de la part des services compétents, notamment la Protection civile, la commune et la wilaya, pose de graves problèmes en matière de sécurité des usagers et de respect des réglementations.
Al Akhbar révèle que certaines de ces salles sont créées en transformant illégalement des commerces ou des terrains initialement autorisés comme restaurants ou espaces commerciaux. «Elles ne suivent pas les procédures légales pour changer l’usage des locaux, ce qui constitue une infraction claire à la loi n° 12.90 relative à l’urbanisme», rappelle-t-on. Cette loi encadre l’exploitation des biens immobiliers et impose l’obtention de permis préalables pour tout changement d’activité. Ce contournement systématique de la réglementation soulève également des questions sur le respect de la loi organique relative aux communes, qui confère aux collectivités locales le pouvoir de contrôle et de délivrance des autorisations économiques sur leur territoire. «Ces salles, qui fonctionnent sans respecter les normes de sécurité, ignorent souvent les exigences légales en matière de prévention des risques», notamment les équipements anti-incendie, les issues de secours et la capacité d’accueil maximale. Ces manquements entrent en contradiction avec les dispositions réglementaires encadrant l’intervention des services de la Protection civile dans les espaces publics.
Par ailleurs, ce secteur non régulé représente une manne financière colossale pour ses propriétaires, avec des bénéfices estimés à plusieurs millions de centimes par mois. «L’absence de déclaration réelle des revenus et le non-paiement des taxes et impôts dus constituent une perte directe pour les finances de l’État et des collectivités locales», déplore un observateur. Certains propriétaires de ces salles seraient des personnalités influentes, voire des responsables au sein d’institutions de la ville de Tanger. «Leur poids explique, en partie, la persistance de cette situation malgré les multiples plaintes déposées par des professionnels et des citoyens, ainsi que les signalements répétés des autorités», lit-on encore dans Al Akhbar. Ce contexte d’impunité, combiné à un manque apparent de volonté politique, permet à ces établissements de poursuivre leurs activités en toute illégalité.



