Dans un contexte mondial marqué par l’accélération des bouleversements économiques et géopolitiques, le gouvernement a décidé l’ouverture de crédits supplémentaires d’un montant de 20 milliards de dirhams pour l’exercice 2026. Cette mesure traduit le passage d’une logique de programmation budgétaire annuelle traditionnelle à une approche fondée sur la «prudence financière», destinée à faire face aux chocs extérieurs comme aux pressions sociales internes.
«Bien que présentée par l’exécutif comme un levier de protection du pouvoir d’achat et de maintien des grands équilibres macroéconomiques, cette décision révèle en creux la fragilité de l’étape que traverse l’économie nationale», rapporte Al Ahdath Al Maghribia de ce mercredi 20 mai. L’État se trouve, plus que jamais, contraint d’arbitrer entre le coût de la stabilité sociale et les impératifs de la rigueur budgétaire. L’ouverture de ces crédits n’est donc pas une simple formalité comptable, mais un acte politique et économique majeur, reflet des priorités de l’État dans une conjoncture interne et régionale délicate.
Lors de la réunion de la commission des finances, le lundi 18 mai, consacrée à la présentation du décret d’ouverture des crédits, le ministre délégué chargé du Budget, Fouzi Lekjaa, a précisé que 8 milliards de dirhams seraient affectés à la caisse de compensation. L’objectif est de maintenir la stabilité des prix du gaz butane et soutenir le secteur du transport de voyageurs et de marchandises. L’enjeu dépasse la simple subvention d’un produit de consommation : il s’agit de préserver un équilibre social désormais étroitement dépendant de l’intervention financière de l’État.
Mais la mesure la plus emblématique de ce projet demeure l’allocation de 6 milliards de dirhams destinée à couvrir des dépenses exceptionnelles liées à l’évolution de la situation internationale. Cela signifie que la gestion de l’économie nationale est devenue éminemment sensible aux mutations géopolitiques mondiales, qu’il s’agisse des fluctuations des prix de l’énergie, des perturbations des chaînes d’approvisionnement ou des répercussions des tensions régionales sur les marchés. Ainsi, ce projet d’ouverture de crédits acte l’entrée du Maroc dans une nouvelle phase de gestion des finances publiques, fondée sur la flexibilité et la réactivité face aux chocs exogènes, en rupture avec la rigidité des prévisions annuelles de la loi de finances.
«Face à cette hausse des dépenses, Fouzi Lekjaa a tenu à rassurer sur l’état des finances publiques, soulignant que le déficit budgétaire resterait contenu à 3% du PIB en 2026, tandis que la dette du Trésor poursuivrait sa décrue pour s’établir à 6 % du PIB», relaie Al Ahdath Al Maghribia. Certains économistes s’interrogent néanmoins sur la soutenabilité d’une telle trajectoire: jusqu’à quel point est-il possible d’accroître les dépenses publiques pour préserver le pouvoir d’achat sans exercer une pression excessive sur les finances de l’État?
À cela s’ajoutent l’attribution de 4 milliards de dirhams pour renforcer les fonds propres des établissements et entreprises publics, ainsi qu’un milliard de dirhams destiné à faire face aux conséquences des inondations survenues dans le nord du Royaume. Autant de postes qui illustrent la multiplicité des défis financiers auxquels l’État doit faire face: besoins d’investissement public, gestion des catastrophes naturelles et préservation de la stabilité sociale.




