Le Maroc renforce progressivement son dispositif de protection économique face aux turbulences géopolitiques internationales. Le gouvernement prévoit ainsi d’intégrer une enveloppe additionnelle de 20 milliards de dirhams au budget 2026 afin de financer des mesures destinées à atténuer les répercussions de la guerre au Moyen-Orient sur les prix, l’énergie et le pouvoir d’achat des ménages.
Cette rallonge budgétaire intervient dans un contexte marqué par le regain de tensions sur les marchés énergétiques mondiaux. Les perturbations logistiques en mer Rouge, les risques pesant sur les approvisionnements pétroliers ainsi que la volatilité des cours du gaz replacent la question énergétique au cœur des équilibres macroéconomiques du Royaume.
Le Maroc importe en effet plus de 90% de ses besoins énergétiques et demeure fortement dépendant des marchés internationaux pour son approvisionnement en pétrole, en gaz et en charbon. L’absence de capacités nationales de raffinage accentue par ailleurs sa vulnérabilité aux fluctuations des prix mondiaux des carburants raffinés.
L’exécutif entend utiliser cette enveloppe pour maintenir plusieurs mécanismes de soutien devenus centraux dans la stabilité sociale du pays. Les aides au gaz butane, les subventions destinées au transport collectif ainsi que la stabilisation des coûts de l’électricité devraient continuer à mobiliser une part importante des finances publiques.
Lire aussi : Budget: le Maroc débourse 1,6 milliard de dirhams chaque mois pour amortir les effets de la guerre
Pour rappel, Fouzi Lekjaa avait déjà indiqué que la stabilisation des tarifs du transport public représentait près de 648 millions de dirhams par mois.
Cette stratégie prolonge les orientations défendues publiquement par la ministre de l’Économie et des finances, Nadia Fettah Alaoui. Interpellée au Parlement le 27 avril 2026 lors de la séance des questions orales consacrée à la hausse des prix, la ministre avait insisté sur l’ampleur des chocs externes subis par l’économie marocaine. Elle avait alors expliqué que la poussée inflationniste résultait d’un enchaînement de facteurs combinant sécheresse prolongée, inondations et flambée des prix énergétiques internationaux.
Selon Nadia Fettah, les inondations ayant frappé plusieurs régions du pays ont affecté plus de 110.000 hectares agricoles, aggravant les tensions sur certains produits alimentaires.
Face à cette situation, la ministre avait rappelé que l’État avait déjà mobilisé plus de 110 milliards de dirhams pour soutenir le pouvoir d’achat, les produits de base et plusieurs mécanismes sociaux. Ce dispositif inclut également un soutien de 10 milliards de dirhams destiné aux agriculteurs ainsi qu’une série de mesures fiscales et de contrôle des marchés.
Le gouvernement défend sa ligne économique
Le gouvernement tente désormais de maintenir un équilibre délicat entre soutien social et discipline budgétaire. Au Parlement, Nadia Fettah avait reconnu la réalité de la hausse des prix alimentaires, évoquant notamment les niveaux atteints par certains produits de grande consommation.
«On n’a jamais dit que ce qu’a fait le gouvernement est suffisant», avait-elle déclaré devant les députés, tout en affirmant que l’exécutif refusait «les décisions faciles» susceptibles de fragiliser les équilibres futurs des finances publiques.
Cette ligne économique traduit un arbitrage devenu central car le Royaume cherche à protéger immédiatement les ménages contre les effets de l’inflation importée tout en évitant une dégradation excessive du déficit et de l’endettement public.
L’exécutif continue ainsi de défendre une trajectoire visant un déficit budgétaire autour de 3% du PIB et une réduction progressive de la dette publique vers 66% du PIB grâce à l’amélioration des recettes fiscales et au retour d’une croissance plus soutenue.
La guerre au Moyen-Orient ravive toutefois une vulnérabilité structurelle de l’économie nationale. Le choc énergétique de 2022 avait déjà provoqué une forte dégradation de la facture énergétique nationale et accéléré l’inflation importée.
Lire aussi : Flambée des prix: ce qu’il faut retenir des éclaircissements de Nadia Fettah à la Chambre des représentants
Le gouvernement insiste désormais davantage sur la logique d’anticipation économique. Déjà le 5 mars 2026, Nadia Fettah avait affirmé que le Maroc disposait «des outils et de l’expérience nécessaires pour atténuer les effets des crises». La ministre avait alors souligné que les autorités suivaient avec une vigilance particulière l’évolution des tensions régionales susceptibles d’affecter les marchés mondiaux de l’énergie et les chaînes logistiques internationales.
«Notre responsabilité est d’anticiper et de gérer les éventuels impacts de cette crise sur notre pays, sur les populations et sur notre économie», avait-elle déclaré.
Cette approche s’inscrit dans une stratégie plus large de sécurisation économique engagée depuis plusieurs années. Le Maroc accélère simultanément ses investissements dans les énergies renouvelables, le dessalement de l’eau de mer et les infrastructures portuaires afin de réduire progressivement certaines dépendances extérieures.
Le gouvernement espère néanmoins bénéficier en 2026 d’un environnement intérieur plus favorable grâce au retour des précipitations après plusieurs années de sécheresse sévère.
Les perspectives agricoles se sont nettement améliorées au cours de la campagne actuelle. Le ministère de l’Agriculture anticipe une récolte céréalière proche de 90 millions de quintaux, niveau qui devrait soutenir la croissance nationale, améliorer les revenus ruraux et réduire partiellement les besoins d’importation alimentaire.




