Prix des carburants: Nadia Fettah face aux critiques des députés

Nadia Fettah Alaoui, ministre de l'Économie et des finances, lors d'une séance plénière consacrée à la présentation du PLF 2023.

Nadia Fettah Alaoui, ministre de l'Économie et des Finances. (DR)

Interpellée ce lundi au Parlement sur les prix des carburants, la ministre de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah, a mis en avant leurs répercussions sur le pouvoir d’achat et les chaînes d’approvisionnement, sur fond de tensions internationales et de hausse des coûts logistiques.

Le 27/04/2026 à 18h51

Réunis ce lundi 27 avril 2026 à la Chambre des représentants, les députés ont ouvert la séance hebdomadaire des questions orales par un sujet d’actualité: la hausse des prix du carburant. Prenant la parole, Nabila Mounib a d’emblée critiqué la politique de libéralisation des prix, dénonçant une absence d’encadrement effectif. «Les importateurs et distributeurs ont bénéficié de marges de gain beaucoup trop importantes, ce qui explique que les prix au Maroc figurent parmi les plus élevés au monde», déclare-t-elle. Elle accuse également le gouvernement de faire preuve «d’indifférence» face aux difficultés des citoyens, pointant les effets en cascade sur les coûts du transport et, plus largement, sur le niveau de vie.

La députée a aussi mis en avant l’absence de stratégie énergétique cohérente, évoquant une politique «en panne» et plusieurs projets à l’arrêt, s’interrogeant: «Pourquoi ne pas relancer la raffinerie nationale et réduire la dépendance?», en référence au dossier de la Samir. Elle cite par ailleurs l’exemple de l’Espagne, qui aurait renforcé ses capacités de raffinage, estimant que le Maroc reste «loin de ce modèle». Dans le même sens, elle rappelle que «l’énergie fossile représente encore plus de 85% de la consommation nationale», plaidant pour une valorisation des ressources locales, notamment les découvertes de gaz naturel à Tendrara, près de Figuig.

De son côté, la ministre de l’Économie et des Finances a reconnu l’impact direct de la hausse des carburants sur les ménages. «Nous sommes conscients que cette hausse des prix du carburant entraîne une augmentation des coûts de transport et des chaînes d’approvisionnement, et qu’elle affecte directement le pouvoir d’achat des citoyens», déclare-t-elle. Elle insiste toutefois sur le contexte international, marqué par les tensions géopolitiques et la volatilité des marchés. «On ne peut pas analyser les prix sans tenir compte du contexte mondial», précise-t-elle, évoquant une hausse des coûts de transport pouvant atteindre de 40 à 65%.

La ministre a également mis en avant les efforts budgétaires de l’État pour amortir le choc. «Le gouvernement mobilise près de 1,6 milliard de dirhams par mois pour atténuer ces impacts», annonce-t-elle, soulignant un «choix responsable» visant à concilier impératifs sociaux et équilibre des finances publiques. Elle réaffirme par ailleurs l’orientation stratégique vers les énergies renouvelables, considérées comme une priorité pour l’avenir énergétique du pays.

Dans un second temps, une autre députée est intervenue pour questionner le fonctionnement du marché, pointant un déséquilibre structurel. «Nous sommes face à un marché libéralisé juridiquement, mais concentré économiquement entre 8 et 9 grandes entreprises qui contrôlent l’importation, le stockage et la distribution», déclare-t-elle. «L’alignement quasi total des prix entre les stations soulève des interrogations sur l’effectivité de la concurrence», ajoute-t-elle, mettant en doute la réalité d’un marché réellement concurrentiel.

En réponse, la ministre a rejeté l’idée d’une concentration excessive. «Il existe des dizaines d’entreprises opérant dans ce secteur», réplique-t-elle, rappelant que la libéralisation des prix remonte à plus de dix ans. «Nous surveillons les prix quotidiennement et les différents départements concernés restent mobilisés pour garantir la transparence du marché», assure-t-elle pour conclure.

Par Ryme Bousfiha
Le 27/04/2026 à 18h51