Derrière les statistiques officielles se cachent des parcours brisés. Des jeunes femmes contraintes d’abandonner l’école faute de transport ou d’internat, des diplômés de 27 ans toujours en quête d’un premier emploi, des adolescents ruraux dont l’avenir s’est joué au moment où ils ont quitté les bancs de l’école. «Ces réalités se résument dans l’indicateur NEET (ni en emploi, ni en études, ni en formation), qui révèle une exclusion devenue structurelle au Maroc», indique le quotidien L’Economiste dans son édition du mardi 28 avril.
En 2023, le pays comptait 2,94 millions de jeunes âgés de 15 à 29 ans dans cette situation, soit 33,6% de cette tranche d’âge. Un chiffre qui n’a pratiquement pas évolué depuis 2017, où le taux s’établissait à 35%, ni même après la reprise post-Covid. Ce n’est plus un phénomène passager, mais un déséquilibre persistant entre système éducatif, marché du travail et dynamique économique.
La situation se dégrade avec l’âge. Si 25,6% des 15-24 ans sont concernés, ce taux bondit à 50,2% chez les 25-29 ans. Autrement dit, un jeune adulte sur deux se retrouve sans emploi, sans formation et sans perspective d’insertion. «Ce basculement intervient souvent dès la sortie du système scolaire, faute de passerelles vers le monde professionnel. Sans accompagnement, les compétences s’érodent et l’éloignement du marché du travail s’installe durablement», souligne L’Economiste.
Les données révèlent une fracture profonde entre hommes et femmes. En 2023, 49,2% des jeunes femmes étaient en situation de NEET, contre seulement 18,5% des hommes, soit un risque près de trois fois plus élevé. Dans la plupart des cas, ces situations ne relèvent pas du chômage classique, mais d’un retrait total du marché du travail, lié au mariage, à la maternité ou aux charges domestiques. Le phénomène est donc indissociable de la faible participation économique des femmes.
L’écart entre zones rurales et urbaines, bien que moins marqué (35,4% contre 32,6%), reflète des disparités d’accès à l’éducation, à la formation et aux opportunités professionnelles. À l’échelle régionale, les différences atteignent près de douze points, illustrant une jeunesse aux perspectives radicalement différentes selon les territoires.
Avec un taux de 33,6%, le Maroc dépasse largement la moyenne mondiale (23%) et celle de la région MENA (29 %). Seuls les pays de l’OCDE, avec un taux moyen de 12%, se situent à un niveau bien inférieur. Ce décalage traduit un capital humain sous-exploité, qui pèse directement sur le potentiel de croissance du pays. Sans une mobilisation accrue, cette jeunesse en marge risque de devenir un frein durable au développement.




