La Banque africaine de développement face au désengagement occidental : une stratégie de résilience et d’innovation

Sidi ould Tah, président de la Banque africaine de développement (BAD).

Revue de presseAlors que les financements traditionnels se tarissent, la BAD, sous la direction de Sidi Ould Tah, mise sur l’innovation financière et la mobilisation des ressources internes pour relever les défis du continent. Entre fuites de capitaux et nouvelles alliances, l’institution tente de concrétiser sa vision d’une Afrique souveraine. Cet article est une revue de presse tirée de Challenge.

Le 27/04/2026 à 20h24

Six décennies après sa création, la Banque africaine de développement (BAD) incarne toujours l’ambition panafricaine portée par des figures comme Kwame Nkrumah: celle d’un continent capable de façonner son propre destin, bien au-delà du simple rôle de prêteur. «Sous la direction de son nouveau président, Sidi Ould Tah, l’institution tente de concrétiser cette vision en renforçant la sécurité alimentaire, les infrastructures et l’accès à l’énergie, malgré un contexte marqué par le recul des financements occidentaux», indique le magazine hebdomadaire Challenge dans une analyse dédiée.

La décision des États-Unis, sous l’administration Trump, de supprimer leur contribution annuelle de 550 millions de dollars au Fonds africain de développement (FAD) a marqué un tournant. Washington avait justifié ce retrait par un manque d’alignement avec ses priorités, une mesure qui a coïncidé avec des réductions similaires de la part d’autres partenaires traditionnels. Pour compenser ces pertes, la BAD a dû diversifier ses sources de financement, notamment en se tournant vers les monarchies du Golfe, jusqu’alors peu représentées dans son capital.

Cette stratégie a porté ses fruits : en 2023, le FAD a mobilisé 11 milliards de dollars auprès de 43 partenaires, un record historique malgré les contraintes budgétaires mondiales et la baisse des budgets consacrés à l’aide au développement. «Il s’agit de la plus importante reconstitution de l’histoire du Fonds», souligne un communiqué de la BAD, qui mise désormais sur des instruments financiers innovants pour transformer l’épargne africaine en levier de croissance.

Lors d’une réunion organisée à Abidjan le 9 avril 2026, la BAD a présenté sa Nouvelle architecture financière africaine (NAFA), une initiative visant à optimiser la mobilisation des ressources internes. «Notre continent possède un immense potentiel économique, une population jeune et dynamique ainsi que des ressources naturelles abondantes. Pour transformer ces atouts en croissance inclusive et durable, nous devons renforcer la mobilisation des ressources, promouvoir les investissements et favoriser l’intégration économique régionale», a déclaré Sidi Ould Tah.

Selon un rapport de la BAD, l’Afrique pourrait mobiliser jusqu’à 1 430 milliards de dollars par an en exploitant ses capitaux domestiques (fiscal, naturel, financier, commercial et humain). Ce montant dépasserait le déficit de financement annuel du continent, estimé à 1 300 milliards de dollars pour atteindre les Objectifs de développement durable d’ici 2030. Pourtant, «son succès dépendra de la capacité des États africains à coopérer. Or, les logiques de concurrence à court terme et les défis sécuritaires freinent cette dynamique. Les citoyens privilégient souvent des solutions individuelles, perçues comme plus sûres que des mécanismes institutionnels jugés incertains», tempère cet optimisme l’économiste ivoirien Samuel Mathey cité par Challenge,

Parallèlement, la BAD a adopté un nouveau modèle financier permettant au FAD d’emprunter sur les marchés, de déployer des instruments innovants et d’utiliser le financement concessionnel pour attirer les capitaux privés. Une approche stratégique pour absorber les risques et catalyser les investissements à grande échelle.

Pourtant, l’Afrique continue de perdre des sommes colossales : 587 milliards de dollars par an, selon des chiffres de 2022. Ces fuites de capitaux, principalement liées aux flux financiers illicites et aux transferts irréguliers de bénéfices par les multinationales (jusqu’à 275 milliards de dollars), représentent un manque à gagner considérable. «Ces sommes pourraient être en partie réinvesties dans des secteurs clés comme les infrastructures, créant ainsi un cercle vertueux de croissance et d’exportations», souligne la BAD.

Alors que les États-Unis et d’autres partenaires occidentaux réduisent leur soutien, l’Afrique doit désormais compter sur ses propres ressources. Comme le rappelle Kevin Chika Urama, économiste en chef de la BAD, «le continent dispose des moyens de financer son développement, à condition de mieux canaliser ses capitaux et de lutter contre les fuites». Une équation complexe, mais indispensable pour assurer son autonomie économique.

Par La Rédaction
Le 27/04/2026 à 20h24