Chakib Benmoussa a présenté le 8 avril dernier à Rabat les principaux résultats de l’enquête nationale sur la famille (ENF). Deuxième édition après celle de 1995, cette étude intervient, selon le haut-commissaire au plan, «à un moment où la société marocaine connaît des transitions sociodémographiques, économiques et culturelles profondes».
Selon Chakib Benmoussa, «les résultats de cette enquête mettent en évidence une recomposition progressive des modèles familiaux, marquée par la prédominance croissante des structures centrées sur le noyau parental et le recul des formes de cohabitation élargie. Ces résultats confirment, par ailleurs, que la famille demeure au cœur de la société marocaine, en tant qu’espace de solidarité, de protection et de transmission intergénérationnelle des valeurs, tout en étant confrontée à de nouvelles formes de vulnérabilité».
On apprend ainsi que «la nucléarisation (la transition d’une structure élargie vers un modèle réduit composé uniquement d’un couple et de ses enfants mineurs, Ndlr) s’affirme comme un vecteur de recomposition des formes de cohabitation. Aujourd’hui, 73% des ménages relèvent du modèle familial nucléaire, contre moins de 61% en 1995, ce qui indique une polarisation accrue du groupe domestique autour du noyau parental. L’augmentation des couples sans enfant, de 3,4% en 1995 à 9,4% en 2025, est largement portée par l’essor des «nids vides» et le vieillissement».
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Autre fait marquant: moins d’un chef de ménage sur deux réside en 2025 dans la même localité que ses parents. De plus, la dynamique matrimoniale est traversée par un recul déclaré du projet de mariage et par des contraintes matérielles marquées. «Parmi les célibataires, près de 52% ne souhaitent pas se marier, principalement les hommes. L’âge moyen au premier mariage atteint 26,3 ans pour les femmes et 33,3 ans pour les hommes. Entre 1995 et 2025, les mariages entre apparentés ont reculé, passant de 29,3% à 20,9%. Le mariage dans la même commune est en recul, signe d’une plus grande mixité sociale et géographique», souligne Chakib Benmoussa.
Par ailleurs, la famille demeure le principal cadre de vie des seniors, puisque 59,3% vivent avec au moins un enfant. Toutefois, la vulnérabilité économique demeure marquée étant donné que 9% déclarent que leurs revenus couvrent leurs besoins et que 31% n’ont aucune source de revenu, particulièrement parmi les femmes.
Selon l’ENF, les intentions matrimoniales indiquent clairement un recul du projet de mariage. Pas moins de «51,7% des célibataires ne souhaitent pas se marier, contre 40,6% qui l’envisagent. Les écarts sont nets selon le sexe, les femmes expriment plus souvent l’intention de se marier (53,6%) que les hommes (31,5%), chez qui le refus domine (59,8%). L’intention de mariage progresse avec l’âge jusqu’aux 40-54 ans (56,4%), puis recule après 55 ans (22,5%)», indique l’enquête.
Des évolutions à examiner dans un cadre plus large
Pour Younes Lhadj Kacem, expert en politiques économiques et sociales, les résultats de l’ENF «constituent un point d’entrée particulièrement utile pour comprendre les transformations en cours de la famille marocaine. Mais ces résultats ne doivent pas être lus isolément».
«Pour en saisir pleinement la portée, il convient de les replacer dans le cadre plus large des travaux publiés par le Haut-commissariat au plan à partir du RGPH 2024, ainsi que des projections démographiques à l’horizon 2040. Ce cadre montre que le Maroc est désormais engagé dans une nouvelle séquence démographique, marquée par une croissance plus ralentie de la population, une fécondité passée sous le seuil de renouvellement des générations, une progression du vieillissement, une baisse relative du poids des jeunes et un resserrement progressif de la fenêtre démographique», estime-t-il.
Autrement dit, les transformations familiales observées «ne relèvent pas d’un simple changement de mœurs. Elles s’inscrivent dans un basculement plus profond qui touche à la structure démographique, au marché du travail, aux solidarités intergénérationnelles, au logement, à la protection sociale et à l’organisation du care (le soin à autrui)».
Mais une telle analyse invite à déjouer trois malinterprétations courantes. «Le premier contresens serait de moraliser ces évolutions. La baisse de la fécondité, le report du mariage ou la réduction de la taille des familles ne peuvent pas être lus sérieusement comme un simple relâchement des valeurs ou une rupture culturelle abstraite. Les comportements démographiques résultent d’arbitrages réalisés dans un environnement économique, social et institutionnel donné. Lorsque le coût du logement augmente, que les trajectoires professionnelles se précarisent, que les exigences éducatives s’élèvent et que la charge du care repose encore fortement sur les femmes, les décisions familiales deviennent plus prudentes, plus tardives et plus sélectives», signale notre interlocuteur.
Le deuxième contresens serait d’isoler les variables. «On ne peut pas parler correctement de fécondité sans parler de coût de l’enfant, de logement, d’éducation, de stabilité de l’emploi et de charge du care. On ne peut pas parler du vieillissement sans parler de retraites, de santé, de dépendance, de solidarités familiales et d’organisation territoriale. On ne peut pas parler du chômage des jeunes sans parler des besoins croissants dans les métiers du soin, de l’accompagnement, des services à la personne et de la transformation de la demande sociale. Le vrai sujet n’est donc pas sectoriel. Il est systémique», poursuit Younes Lhadj Kacem.
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Le troisième contresens serait de voir uniquement des charges là où existent aussi des leviers. «Le vieillissement accroît les besoins en santé, en accompagnement et en prise en charge de la dépendance, mais il ouvre aussi un champ économique et social nouveau. La silver economy, l’économie du care, l’adaptation de l’habitat, les services de proximité et les métiers liés à l’accompagnement peuvent devenir des gisements d’emplois non délocalisables, notamment pour les jeunes et pour les femmes», explique davantage l’expert en politiques économiques et sociales.
De même, «une meilleure organisation du care peut alléger une partie de la charge familiale qui freine encore fortement l’activité féminine. Autrement dit, certains défis peuvent devenir des leviers de rééquilibrage d’autres défis, à condition que l’action publique soit pensée de manière cohérente».
«C’est pourquoi la question centrale me paraît être celle de la soutenabilité intergénérationnelle. Une société ne tient pas seulement par ses équilibres budgétaires. Elle tient aussi par la perception d’un pacte implicite entre générations», analyse-t-il.
«Les actifs d’aujourd’hui financent les aînés. Les générations précédentes ont construit les infrastructures et les institutions dont les plus jeunes bénéficient. Les enfants d’aujourd’hui porteront demain la continuité du système. Ce pacte reste tenable tant que les charges et les opportunités demeurent perçues comme globalement équilibrées. Lorsqu’il se fragilise, le risque n’est pas uniquement financier. Il devient social, institutionnel et politique», fait-il observer.
«Dans le cas marocain, cette question se pose avec une acuité croissante. Le pays bénéficie encore d’une base active importante, mais cette fenêtre ne restera pas ouverte indéfiniment. À court terme, les priorités demeurent claires: meilleure intégration des jeunes, hausse de l’activité féminine, amélioration de la qualité de l’emploi, renforcement du capital humain. Mais à moyen et long terme, cela ne suffira pas. Le moteur de croissance ne pourra plus reposer autant qu’auparavant sur la seule dynamique extensive du nombre. Il devra reposer davantage sur la productivité, la montée en gamme, l’innovation, une meilleure organisation du travail et la capacité à créer plus de valeur par actif», note Younes Lhadj Kacem.
Il estime que «les transformations familiales constituent un révélateur avancé des tensions à venir. Elles montrent que la famille continue de jouer un rôle central, mais dans des conditions plus contraintes, plus urbaines, plus individualisées et moins automatiquement protectrices qu’auparavant. Elles signalent aussi que les politiques publiques ne peuvent plus être conçues à partir du présupposé implicite selon lequel la famille élargie absorbera seule les vulnérabilités liées à la vieillesse, à la dépendance, à la monoparentalité ou à l’instabilité professionnelle».
D’après lui, le Maroc n’est pas face à une crise de la famille au sens moral du terme. «Il est face à une reconfiguration de ses équilibres démographiques, sociaux et économiques. La vraie question n’est pas de regretter un ancien modèle ni de commenter séparément chaque variable. Elle est de savoir si l’on est capable de reconstruire, dans un cadre démographique plus contraint, un modèle cohérent où emploi, activité féminine, soin à autrui, logement, protection sociale, santé, productivité et solidarités intergénérationnelles soient pensés ensemble». Entretien.

Le360: Comment expliquez-vous le passage de la famille élargie vers la famille nucléaire?
Je l’expliquerais moins par un affaiblissement abstrait des valeurs que par une transformation conjointe des conditions de vie. La nucléarisation résulte de l’urbanisation, de la mobilité résidentielle, de la baisse de la taille des ménages, du recul de la cohabitation intergénérationnelle et d’arbitrages économiques nouveaux autour du logement, de l’emploi et de l’autonomie. Il faut donc y voir moins une rupture des liens familiaux qu’une reconfiguration des formes de cohabitation et de l’économie domestique.
À quoi correspond le recul de l’âge du mariage?
Il correspond à un décalage plus général des calendriers de vie: études plus longues, accès plus tardif à la stabilité professionnelle, coût plus élevé de l’autonomie résidentielle, montée de l’incertitude et transformation des attentes vis-à-vis du couple et de la parentalité. Le mariage devient un arbitrage plus tardif, plus sélectif et davantage conditionné par la capacité à tenir un projet familial dans la durée.
L’augmentation des couples sans enfant résulte-t-elle d’une infertilité croissante, de choix volontaires ou de contraintes économiques?
Il faut éviter de chercher une cause unique. Une part importante de cette hausse reflète le vieillissement et les cycles de vie post-parentaux, avec des enfants qui ont quitté le foyer. Mais au-delà, il est clair que les décisions de parentalité sont de plus en plus structurées par les incitations économiques, l’incertitude professionnelle, le coût du logement, le coût éducatif de l’enfant et le coût d’opportunité, notamment pour les femmes. La bonne lecture est donc celle d’arbitrages sous contrainte, et non d’une explication unique.
La nucléarisation de la famille affaiblit-elle les solidarités familiales traditionnelles?
Elle ne les fait pas disparaître, mais elle les transforme profondément. La proximité résidentielle recule, le cercle de parenté activé se resserre, mais les soutiens moraux, financiers et relationnels demeurent. La bonne lecture est donc la suivante: la famille continue de jouer un rôle de protection, mais ce rôle devient moins automatique, plus inégal, plus distancié et plus vulnérable aux contraintes urbaines, économiques et professionnelles.
Dans quelle mesure le coût du logement et de l’éducation expliquent-ils le report du mariage et la réduction de la fécondité?
Dans une très large mesure, mais il faut raisonner en architecture et non en facteur isolé. Le logement, l’éducation, la santé, la mobilité et le coût d’opportunité du temps forment ensemble le coût direct et indirect de l’enfant et du projet familial. Quand ces coûts montent, les ménages ajustent leurs décisions: ils reportent, réduisent, sélectionnent davantage. Une politique qui voudrait simplement «encourager la natalité» sans réduire le coût structurel de l’enfant resterait peu crédible. Il faut commencer par l’éducation, les services de garde, l’organisation du care, la sécurité des trajectoires professionnelles et l’accès au logement.
Y a-t-il une corrélation entre la crise économique et l’inflation de ces dernières années et l’accélération de ces changements?
Il serait excessif de ramener ces mutations à l’inflation récente, car elles sont engagées depuis longtemps. En revanche, la dégradation du contexte économique peut accélérer ou durcir certains arbitrages déjà à l’œuvre: report du mariage, prudence accrue face à la parentalité, dépendance plus forte à l’égard du soutien familial, vulnérabilité plus visible des monoparents et des jeunes. La conjoncture ne crée pas à elle seule la transformation démographique, mais elle peut en accentuer les effets sociaux.
Observe-t-on des différences régionales ou sociales marquées dans ces transformations? Ville et campagne suivent-elles les mêmes trajectoires?
Il faut parler de convergence partielle et de différenciation persistante. Il y a convergence sur certains paramètres lourds, notamment la nucléarisation et la baisse de la fécondité, qui touchent désormais aussi le rural. Mais les rythmes et les formes diffèrent encore selon les territoires. Le vieillissement est plus avancé dans certaines régions; les vulnérabilités des personnes âgées sont plus fortes en milieu rural, la fécondité y reste plus élevée; les solidarités de proximité y demeurent plus présentes, même si elles se recomposent.
Assiste-t-on à une convergence du Maroc vers le modèle démographique des pays développés ou s’agit-il d’une trajectoire spécifique?
Je parlerais de convergence partielle, mais pas de reproduction simple. Oui, le Maroc connaît aujourd’hui des traits qu’on associe aux transitions démographiques avancées: fécondité sous le seuil de remplacement, vieillissement, recul de la taille des ménages, report du mariage. Mais cette convergence se combine avec des spécificités fortes: rôle encore central de la famille, poids des solidarités informelles, différenciations territoriales marquées, place particulière des femmes dans l’économie du soin pour autrui et trajectoire plus rapide que celle qu’ont connue beaucoup de pays avancés.
Quel est l’impact économique de l’augmentation de la monoparentalité? Cela affecte-t-il pauvreté et inégalités?
La monoparentalité est l’un des lieux où se concentrent les nouvelles vulnérabilités. Elle est très majoritairement féminine et fortement associée à des difficultés financières. Mais la bonne lecture n’est pas seulement distributive, elle est systémique. Une monoparentalité fragile, c’est à la fois plus de risque de pauvreté, plus de tension sur le temps, plus de charge du soin à autrui, plus de difficulté d’insertion ou de maintien dans l’emploi, et donc une fragilisation plus large de la base contributive. Cela montre pourquoi il faut penser ensemble soutien aux familles monoparentales, politiques de garde, activité féminine, pensions alimentaires et protection sociale.
Comment la baisse de la natalité affecte-t-elle la dynamique du marché du travail? Y a-t-il un risque de pénurie de main-d’œuvre dans certains secteurs?
À court terme, le problème marocain n’est pas encore une pénurie générale de travailleurs, c’est d’abord un problème de désajustement entre l’offre et la demande de travail. Certains secteurs expriment déjà des besoins, mais ces tensions renvoient à la qualification, à l’attractivité des métiers, aux conditions de travail et à l’évolution des aspirations professionnelles. À moyen et long terme, la baisse de la fécondité et le recul des effectifs jeunes annonceront un resserrement du vivier de renouvellement de la population active. Le modèle de croissance devra donc reposer davantage sur l’intégration des jeunes et des femmes, mais aussi sur la productivité, la montée en gamme et l’innovation.
Une population vieillissante pose-t-elle un problème systémique pour les finances publiques marocaines, notamment en termes de retraites et de santé?
Oui, on peut parler d’un enjeu systémique, à condition de bien le préciser. Le problème n’est pas seulement qu’il y aura plus de personnes âgées, mais qu’elles représenteront une part croissante de la population dans un contexte où la base active se resserrera progressivement. Cela exerce une pression croissante sur les retraites, la santé, les soins de longue durée et la dépendance. Mais la soutenabilité future dépendra aussi de la productivité, du taux d’activité, de l’organisation du soin à autrui et de la qualité du système productif. Le vrai sujet est donc intergénérationnel: comment maintenir un pacte finançable et perçu comme équitable entre générations.
À l’horizon 2040, quelle sera la structure démographique du Maroc? Quels scénarios faut-il anticiper?
Les grandes lignes sont déjà lisibles: croissance plus lente de la population totale, recul marqué des moins de 15 ans, montée forte des 60 ans et plus, urbanisation accrue, hausse du nombre de ménages et poursuite de leur réduction de taille. À l’horizon 2040, le Maroc compterait environ 40,5 millions d’habitants, avec 19,5% de 60 ans et plus, contre 13,8% en 2024 et 9,4% en 2014. Cela veut dire plus de besoins en santé, soin pour autrui, logement, services, mobilité, retraites et aménagement territorial. Le scénario central n’est donc pas une rupture brutale, mais une accumulation de tensions structurelles si l’anticipation reste insuffisante.
Faut-il s’attendre à une crise de financement des retraites ou les gains de productivité peuvent-ils compenser la baisse de la base active?
Je ne poserais pas l’alternative de manière binaire. Les gains de productivité peuvent atténuer la contrainte, mais ils ne tomberont pas du ciel. Ils supposent un changement de moteur de croissance: plus de valeur ajoutée par actif, meilleure qualité de l’emploi, montée en gamme, innovation, meilleure allocation des compétences et progression de l’activité féminine. En ce sens, la soutenabilité future des retraites et plus largement du modèle social dépendra moins de la seule démographie que de la capacité du système productif à créer plus de valeur avec une base active relativement moins dynamique.
Est-ce que les politiques publiques actuelles vont de pair avec les changements pointés par le HCP?
Je dirais que le diagnostic démographique avance plus vite que l’adaptation systémique des politiques publiques. L’ENF 2025 met en évidence les transformations concrètes de la famille marocaine, mais il faut les replacer dans le cadre plus large des publications du HCP issues du RGPH 2024 et des projections à l’horizon 2040. Ce cadre montre que santé, éducation, emploi, logement, protection sociale, aménagement du territoire et organisation du care sont désormais liés par une même dynamique démographique. Or l’action publique reste encore trop souvent segmentée. Le vrai défi n’est pas d’ajouter une politique de plus, mais de reconstruire la cohérence entre politiques sectorielles autour d’une variable démographique devenue structurante.
Quelles politiques publiques manquent pour accompagner une population vieillissante? Faut-il réformer le système de retraite?
Oui, il faudra réformer, mais le sujet ne se limite pas aux retraites. Le vieillissement impose au moins quatre chantiers liés entre eux: sécurisation des revenus de vieillesse, renforcement du système de santé et de gériatrie, structuration de l’économie du care, adaptation de l’habitat et des services de proximité. Si l’on ne traite que la retraite sans traiter dépendance, soins, habitat, couverture maladie et soutien aux aidants, on sous-estime la nature du problème. Inversement, organiser ces secteurs peut aussi devenir un levier d’emploi pour les jeunes et les femmes.
Comment adapter le modèle de protection sociale à une structure familiale fragmentée, où le modèle traditionnel du soutien familial ne fonctionne plus?
En cessant d’adosser implicitement la protection sociale à un modèle familial présumé stable. La fragmentation des ménages, la monoparentalité, l’isolement croissant d’une partie des seniors et la réduction de la co-résidence élargie montrent que les vulnérabilités sont de plus en plus individualisées. Cela suppose une protection sociale plus attentive aux trajectoires réelles: femmes âgées sans retraite, parents seuls, aidants familiaux, seniors dépendants, ménages urbains fragiles. Et cela suppose aussi d’organiser le soin pour autrui comme un secteur stratégique, parce que la protection sociale ne se limite pas au revenu, elle touche aussi le temps, les services, l’accompagnement et la capacité à rester actif.
Comment les politiques publiques doivent-elles être repensées pour un Maroc où la cellule familiale traditionnelle ne sera plus la norme?
Elles doivent être repensées de manière systémique. On ne peut pas traiter séparément natalité, vieillissement, emploi des jeunes, activité des femmes, logement, soin à autrui ou protection sociale. Chaque défi contient aussi un levier de solution pour un autre défi. Organiser le soin à autrui, par exemple, peut créer de l’emploi pour les jeunes, libérer du temps pour l’activité des femmes, réduire le coût implicite de l’enfant et renforcer la soutenabilité du système social. De même, une politique crédible de soutien à la parentalité ne commence pas par un discours nataliste, mais par la baisse du coût structurel de l’enfant: éducation de qualité, services de garde, logement, stabilité de l’emploi, partage du care. Le bon niveau d’action publique n’est donc pas sectoriel, il est systémique, multi-temporel et intergénérationnel.




