Lors d’une audience sur la lutte antiterroriste en Afrique, tenue mardi 21 avril 2026 à la commission des affaires étrangères du Sénat, le congressman Ted Cruz a énoncé (de nouveau) les faits sans détour. Le front Polisario «reçoit des drones des Gardiens de la Révolution iranienne» et «transfère des armes et des ressources à travers la région au profit de groupes extrémistes», rappelle Sky News Arabia. Un projet de loi propose désormais de classer le Polisario comme organisation terroriste, étape qui reconnaît cette réalité sur le plan institutionnel.
Le Maroc formulait déjà ces alertes en 2018, au moment de rompre avec Téhéran. Entraînements militaires, mouvements d’armes circonstanciés, canaux de soutien indirect empruntant les réseaux du Hezbollah libanais... Les indices étaient documentés.
Les experts interrogés par Sky News Arabia ne contredisent pas cette vision. Le front Polisario figure parmi «les outils au sein du réseau d’influence iranienne croissant». Mohamed Ali Alkaylani, directeur de l’Observatoire du Sahel africain, décortique ce mécanisme. Selon lui, Téhéran fournit «un parapluie politique et diplomatique» au front. Ce soutien passe également par «des mandataires, dont les groupes chiites africains soutenus par Téhéran, qui constituent des réseaux d’influence» assurant un «soutien logistique et médiatique».
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Le portrait est celui d’un front intégré dans une architecture opérationnelle dont Téhéran contrôle les articulations principales. Mohamed Ali Alkaylani le note avec acuité. D’après le directeur de l’Observatoire du Sahel africain, «cette coordination lui donne une marge de manœuvre plus large». En d’autres termes, le front agit en fonction de variables fixées ailleurs, dans les bureaux du ministère des Affaires étrangères iranien ou du Corps des Gardiens.
Équipement militaire et escalade
L’Atlantik Council, un centre de réflexion basé à Washington, a documenté le volet militaire de cette stratégie... en 2018. Le soutien iranien «n’a pas été limité aux aspects logistiques seuls, mais a inclus la fourniture au front de drones de combat, de missiles sol-air et d’obus de mortier de type HM-16», accompagnés de «programmes d’entraînement militaire».
Les conséquences se manifestent sur le terrain. «Les forces du Polisario ont lancé des attaques et des bombardements», peut-on lire.
Le contexte syrien ajoute une dimension particulièrement troublante, fait-on remarquer. Le Washington Post a révélé que l’Iran avait entraîné «des centaines de combattants du Polisario via le Hezbollah en Syrie, où ils ont combattu aux côtés du régime de Bachar al-Assad». Nombreux ont été arrêtés par le nouveau gouvernement syrien. Résultat: le Polisario s’est ainsi transformé en réservoir de militants disponibles pour les opérations que Téhéran orchestrerait ailleurs.
Washington redoute un scénario spécifique. Le directeur de l’Observatoire du Sahel africain l’énonce clairement. L’objectif iranien consiste à transformer le front Polisario en un «nouveau bouc émissaire» en Afrique du Nord. Ce ne serait qu’une reproduction du modèle yéménite. «Cette orientation, du point de vue de Washington, n’est pas moins dangereuse que le modèle du Hezbollah au Liban ou des Houthis au Yémen, car elle ouvre une fenêtre stratégique à l’Iran sur la rive sud de la Méditerranée», détaille-t-on.
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Parallèlement, l’Institut pour la défense de la démocratie à Washington, toujours selon Sky News Arabia, souligne que Téhéran «exploite le front Polisario pour obtenir un pied en Afrique du Nord, avec la possibilité de menacer les intérêts commerciaux au détroit de Gibraltar». Pire encore demeure le volet sahélien. Des «liens avec des réseaux de trafic au Sahel liés à des groupes djihadistes» compliquent le tableau en transformant le Polisario en nœud d’une architecture régionale instable.
Violations et détournements documentés
L’Institut Hudson pour l’étude stratégique a compilé un dossier détaillé des manquements. Le Polisario a violé «l’accord de cessez-le-feu conclu en 1991 sous les auspices des Nations unies au Sahara». Il a procédé à «la conversion de l’aide humanitaire» pour la transformer en «soutien à ses infrastructures militaires». Il entretient des «coopérations avec des organisations classées comme terroristes telles que le Hezbollah».
L’Institut signale que le front «reçoit des drones des Gardiens de la Révolution iranienne via des intermédiaires» et «s’implique dans le trafic d’armes vers des groupes djihadistes opérant dans la région du Sahel».
Les analytiques ne sont pas optimistes quant à la trajectoire. Sabina Hänsberg, de l’Institut de Washington pour l’étude du Proche-Orient, observe que si «les activités extrémistes dans la région du Maghreb ont connu un déclin ces dernières années», cette amélioration reste fragile. La «confrontation avec l’Iran pourrait les raviver». Elle estime que «Washington pourrait avoir besoin d’une combinaison d’incitations plus importantes et de pressions plus fortes, ainsi qu’un engagement durable et permanent».




