Le Polisario organisation terroriste: le sénateur Ted Cruz interpelle le département d’État… qui «enquête»

Le sénateur américain Ted Cruz.

Le sénateur américain Ted Cruz.

Lors d’une audience sur la lutte antiterroriste en Afrique, tenue ce mardi 21 avril 2026 à la commission des affaires étrangères du Sénat, le ténor républicain Ted Cruz a de nouveau interpellé le département d’État américain sur la nature criminelle et terroriste du front séparatiste, accusé d’entretenir des liens étroits avec le régime iranien. Haute responsable au bureau de la lutte contre le terrorisme aux Affaires étrangères US, Monica Jacobsen a reconnu partager ses préoccupations.

Le 21/04/2026 à 21h38

Le sénateur républicain américain Ted Cruz, l’un des plus illustres aux États-Unis et réputé très proche du président Donald Trump, reprend son bâton de pèlerin contre le Polisario. Lors d’une audience sur la lutte antiterroriste en Afrique, tenue ce mardi 21 avril 2026 à la commission des affaires étrangères du Sénat, le congressman a de nouveau interpellé le département d’État américain sur les liens étroits entre la milice armée et le régime iranien, sur fond de coopération de nature terroriste.

Lors de cette audition, Ted Cruz a souligné les risques géopolitiques posés par ces liens, évoquant une stratégie iranienne visant à déstabiliser l’Afrique de l’Ouest. «L’une des sombres réalités du contre-terrorisme et de la géopolitique est que les menaces franchissent les frontières nationales et concernent des régions entières. Au Sahara occidental, l’Iran œuvre activement à transformer le Front Polisario en une réplique des Houthis pour l’Afrique de l’Ouest. Le Front Polisario collabore avec des groupes terroristes iraniens. Il reçoit des drones des Gardiens de la révolution islamique (IRGC). Il achemine des armes et des ressources dans la région, notamment vers des jihadistes, et bien plus encore. L’objectif de l’Iran, comme partout ailleurs, est de déstabiliser des régions entières, et trop souvent, il y parvient», a déclaré le sénateur (voir vidéo à 01:02:00).

Ted Cruz a rappelé avoir présenté un projet de loi exigeant que le Front Polisario soit désigné comme organisation terroriste s’il est établi qu’il coopère avec des groupes affiliés à l’Iran dans des domaines tels que les opérations militaires, les systèmes d’armes, les drones, les armes antiaériennes ou le renseignement militaire. «Cette question devrait être une évidence. Si le Front Polisario fournit ou reçoit ces éléments avec des terroristes iraniens, il remplit clairement les critères pour une telle désignation», a plaidé le sénateur du Texas.

Interrogée sur les informations disponibles concernant ces liens, Monica Jacobsen, Haute responsable au bureau de la lutte contre le terrorisme au département d’État, a reconnu partager ces préoccupations. «La région où opère le Front Polisario se situe à proximité d’activités de trafic et d’activisme armé au Sahel, ce qui crée des vulnérabilités que des acteurs extérieurs, dont l’Iran, pourraient chercher à exploiter. Nous surveillons de près la situation et restons vigilants face à ces menaces».

Monica Jacobsen a également indiqué suivre les accusations de collaboration du Polisario avec le Hezbollah et les Gardiens de la révolution en Iran, précisant que le département d’État et les services de renseignement travaillaient ensemble pour approfondir ces questions.

«Je tiens à souligner que, partout dans le monde, nous sommes extrêmement mobilisés pour contrer la menace des Gardiens de la révolution en Iran, ainsi que celle de ses proxys et partenaires», a-t-elle ajouté, mentionnant une récente réunion à Budapest avec 35 gouvernements pour coordonner cette lutte, incluant des responsables africains. «Nous apprécions grandement le soutien que vous apportez sur ce sujet, et je veux insister sur le fait que les menaces posées par l’IRGC, ses partenaires et ses proxys, sont une priorité absolue pour nous», a-t-elle ajouté.

Pendant ce temps, le processus législatif engagé au Sénat américain pour classer le Front Polisario comme organisation terroriste étrangère (FTO) se consolide. Lundi 23 mars 2026, le sénateur républicain David McCormick a officiellement apporté son soutien à la proposition de loi initiée quelques jours plus tôt par ses collègues Ted Cruz, Tom Cotton et Rick Scott, renforçant ainsi une dynamique déjà perceptible au Capitole.

Déposée le 13 mars 2026, cette initiative, baptisée Polisario Front Terrorist Designation Act of 2026, vise à enclencher un mécanisme institutionnel susceptible d’aboutir à une désignation formelle du mouvement séparatiste comme organisation terroriste. Dans un communiqué accompagnant le dépôt du projet, Ted Cruz a formulé des accusations particulièrement directes. «Le régime iranien tente de transformer le Front Polisario en équivalent des Houthis en Afrique de l’Ouest et de l’utiliser pour affaiblir la sécurité nationale des États-Unis et de nos alliés. Le Front Polisario travaille avec des groupes terroristes iraniens, reçoit des drones du Corps des Gardiens de la révolution islamique (IRGC) et transporte des armes dans la région pour le compte du régime iranien», a déclaré le sénateur texan.

Une telle désignation permettrait de mobiliser l’ensemble de l’arsenal juridique américain en matière de lutte contre le terrorisme. Elle entraînerait notamment des sanctions lourdes: exclusion du système financier international, restrictions de déplacement et gel des ressources.

Cette initiative législative s’inscrit dans la continuité d’un positionnement exprimé dès le 3 février 2026. Lors d’auditions sénatoriales consacrées à la sécurité en Afrique du Nord et au Sahel, Ted Cruz avait déjà évoqué la nécessité d’une action législative ciblant le Polisario. «Les activités terroristes au Sahel sont également le fait du Polisario, ce qui constitue une lacune importante dans notre stratégie antiterroriste», avait-il affirmé, avant d’ajouter: «L’Iran tente de transformer le Polisario en une sorte de Houthis de l’Afrique de l’Ouest, une force proxy capable de mener une guerre pour menacer la stabilité régionale et faire pression sur les partenaires des États-Unis.»

Bien avant cette dynamique au Sénat, la Chambre des représentants a connu une mobilisation similaire. Une proposition de loi déposée le 24 juin 2025 par les représentants Joe Wilson et Jimmy Panetta poursuit un objectif analogue. Initialement soutenue par six parlementaires, elle a progressivement gagné en traction, portant à douze le nombre total de cosignataires, incluant son initiateur, Joe Wilson.

Par Tarik Qattab
Le 21/04/2026 à 21h38