Info360. Élections sous haute tension à l’Ordre des experts-comptables: qui sont les principaux candidats?

Les élections de l’Ordre des experts-comptables se déroulent dans un contexte marqué par une forte rivalité entre les grands cabinets nationaux et les réseaux internationaux.

À l’approche du scrutin du 21 mai, la course à la présidence de l’Ordre des experts-comptables s’intensifie. Le360 a eu accès à la liste complète des candidats, qui met en évidence une compétition serrée entre cabinets nationaux et internationaux. Le président en exercice, Fayçal Mekouar, ne briguera pas de second mandat, ouvrant la voie à une succession plus ouverte et incertaine. Tour d’horizon des principaux profils à suivre dans cette élection.

Le 21/04/2026 à 13h17

Organisé en parallèle des scrutins régionaux, le vote du 21 mai mobilisera les 887 experts-comptables inscrits à l’Ordre. Ils devront départager 41 candidats en lice pour les 11 sièges du futur Conseil national. Chaque électeur sera appelé à retenir onze noms. Les élus auront ensuite la charge de désigner le président ainsi que les autres membres du bureau (vice-président, secrétaire général, trésorier, assesseurs…).

Le scrutin intervient dans un contexte de rivalité persistante entre les grands cabinets internationaux, communément appelés les «Big Four», et les cabinets nationaux. Ces poids lourds de l’audit et du conseil entendent peser de tout leur poids dans cette échéance.

Parmi eux, Ernst & Young aligne deux profils de premier plan, Abdeslam Berrada Allam, managing partner, et Abdelmejid Faiz, tax partner. Du côté de KPMG, la candidature de Mohamed Redouane Rhalib est également à noter. Le cabinet Fidaroc Grant Thornton, dirigé par le président sortant de l’Ordre, soutient pour sa part Tarik Maârouf, tandis que Deloitte est représenté par Faouzi Adnani.

Dans le camp des «challengers», Forvis Mazars (ex-Mazars) se distingue avec deux candidatures, celles de Mounim Amraoui et d’Adnane Loukili. Le réseau RSM est également présent à travers Tarik Bouziane Idrissi.

Face à ces géants internationaux, les cabinets nationaux affichent leurs ambitions. Plusieurs figures reconnues de la profession sont en lice, à l’image de Mohamed-Anass Benjelloun, représentant la Société fiduciaire du Maroc (SFM), dirigée par Mohamed Boukhriss, ancien président de l’Ordre.

Autre profil remarqué, Khalid Fizazi, à la tête du cabinet Fizazi & Associés, incarne cette nouvelle génération de cabinets marocains en forte croissance. Discret mais influent, sa progression rapide est désormais suivie de près par certains acteurs historiques du secteur.

Parmi les autres candidatures, on retrouve Ahmed Chahbi, vice-président sortant soutenu par l’équipe actuelle, Aziz El Khattabi, ancien de KPMG représentant le cabinet BDO, ainsi que Yasine El Maguiri, président du Conseil régional Casablanca-Sud, appuyé par son cousin Issam El Maguiri, ancien président de l’Ordre (2017-2020).

Fait marquant de ce scrutin: la présence inhabituelle de candidats issus de régions hors du traditionnel axe Casablanca-Rabat. Parmi eux, Karim Bennouna (Meknès), Youssef El Housni et Abderrahman Laaroussi (Agadir), ainsi que Meriem Rmili, députée RNI de Marrakech. Rappelons que les régions de Casablanca et de Rabat concentrent à elles seule 83% des experts-comptables membres de l’Ordre.

La politisation partielle du scrutin se confirme également avec la candidature de Saïd Chakir, membre de la Chambre des conseillers, également issu du RNI.

Autre fait marquant de ce scrutin, l’émergence d’une nouvelle génération de candidats, dont une grande partie se présente pour la première fois. Parmi eux, El Mehdi Fakir, associé fondateur du cabinet Ad Value et figure familière des médias économiques, franchit le cap en se lançant dans la course.

Dans le registre des candidatures indépendantes qui attirent l’attention figure également Mohammed Tougani, reconnu pour sa compétence en matière d’expertises judiciaires et d’arbitrage.

Cette dynamique traduit une volonté de renouvellement au sein de la profession, sur fond de débats autour de l’attractivité du métier, de la qualité de la formation, des relations «compliquées» avec les comptables agréés et des déséquilibres territoriaux.

Le scrutin se déroule selon un mode uninominal, de plus en plus contesté en interne. Plusieurs membres de l’Ordre plaident pour l’adoption d’un scrutin de liste, estimant qu’il permettrait de faire émerger des équipes homogènes, porteuses de programmes cohérents.

Cette élection intervient dans un contexte marqué par de nombreux défis. La profession reste encadrée par un dispositif réglementaire datant des années 1990, jugé aujourd’hui obsolète et inadapté aux évolutions du secteur.

Parmi les enjeux majeurs figure la «précarité» d’une partie des cabinets. Selon une étude réalisée par le cabinet EMC pour le compte de l’Ordre, 42% des structures génèrent un chiffre d’affaires inférieur à un million de dirhams. Pour répondre à cette fragilité, l’étude recommande notamment d’ouvrir le capital des cabinets à des non-professionnels, afin d’intégrer de nouvelles compétences (ingénieurs, statisticiens…) et de favoriser des rapprochements entre structures, dans l’objectif de constituer des réseaux nationaux capables de rivaliser avec les grands cabinets internationaux.

Toutefois, cette proposition, soutenue par l’équipe sortante, a suscité de fortes réserves. Lors de la dernière assemblée générale tenue récemment à Bouznika, de nombreux experts-comptables ont fait part de leur opposition au projet, estimant qu’il représente une menace pour l’indépendance de la profession.

L’étude d’EMC met également en lumière une forte concentration du marché: 6% des cabinets captent à eux seuls 64% de l’activité. Cette situation alimente plusieurs déséquilibres structurels, notamment la difficulté d’accès pour les jeunes experts-comptables, la concentration des mandats de commissariat aux comptes, ainsi qu’un sentiment d’accompagnement insuffisant de la part de l’Ordre, parfois perçu comme élitiste et déconnecté des réalités du terrain.

La question de la formation constitue un autre défi de taille. Le Maroc ne forme qu’une quarantaine d’experts-comptables par an, un rythme jugé insuffisant pour répondre aux besoins du marché.

À l’approche du scrutin, ces différents enjeux dessinent les contours d’une élection décisive, où se joueront à la fois la gouvernance, le modèle économique et l’avenir de toute une profession.

Par Wadie El Mouden
Le 21/04/2026 à 13h17