Compétitivité industrielle: le pari des énergies renouvelables

Des panneaux solaires et des éoliennes.

Revue de presseFace aux tensions géopolitiques et à la volatilité des marchés énergétiques, le Maroc accélère sa transition vers les énergies bas carbone. Lors du Forum international des énergies, les acteurs du secteur ont souligné les défis et les opportunités d’une stratégie ambitieuse, visant à faire de l’énergie verte un levier de souveraineté et de compétitivité industrielle. Cet article est une revue de presse tirée de Challenge.

Le 20/04/2026 à 21h24

Le Maroc, comme de nombreux pays, fait face à des défis majeurs en matière de sécurité énergétique, exacerbés par les tensions géopolitiques actuelles, notamment autour du détroit d’Ormuz. Dans ce contexte, l’énergie est devenue un enjeu de souveraineté et de résilience économique. «Lors de la quatrième édition du Forum international des énergies, les acteurs clés du secteur ont débattu d’une question cruciale : comment transformer l’énergie bas carbone en levier de compétitivité industrielle?», rapporte le magazine Challenge.

Hanane Belyagou, Directrice des industries aéronautiques, ferroviaires, navales et des énergies renouvelables au ministère de l’Industrie et du Commerce, a souligné que ce forum intervenait à un moment charnière pour l’industrie mondiale, marquée par une transformation profonde. Entre la volatilité des marchés énergétiques et l’accélération des exigences climatiques, notamment avec l’entrée en vigueur du Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) de l’Union européenne en janvier 2026, le Maroc a choisi d’anticiper ces évolutions. «Nous disposons d’atouts structurels majeurs: plus de 3.000 heures d’ensoleillement par an et une position géographique stratégique au carrefour des marchés européens et africains. Ces atouts nous permettent aujourd’hui de franchir une nouvelle étape: faire de l’énergie non seulement un facteur de sécurité, mais aussi un levier direct de compétitivité industrielle. La décarbonation n’est plus un choix, elle est devenue un prérequis pour accéder aux marchés internationaux», a déclaré Belyagou.

Le Maroc vise plus de 52% d’énergies renouvelables dans son mix énergétique d’ici 2027, rappelle Challenge. Cependant, Hicham Bouzekri, PDG d’African Technical Advisors, tempère ces ambitions. «Fin 2024, 45% de la capacité de génération électrique installée provenait des énergies renouvelables, éolienne et solaire. Mais en termes d’énergie réellement consommée, nous n’étions qu’à 20%. Pour atteindre 50, 60 ou 80%, il reste beaucoup de chemin à parcourir», a-t-il précisé. Avec une demande en électricité en hausse de 6 à 7% par an, le pays devra doubler sa capacité de génération tous les douze ans. «Tout retard dans les investissements en énergies renouvelables aura un impact lourd sur la balance commerciale et la mobilisation des financements», a-t-il ajouté.

Les progrès technologiques ont permis de réduire significativement le coût des énergies renouvelables, désormais moins cher que le tarif réglementé de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE). Pour pallier l’intermittence de ces énergies, les investissements dans les moyens de stockage flexibles se multiplient. «En moins de cinq ans, le prix d’un kilowattheure stocké dans une batterie a baissé de manière spectaculaire, avec des perspectives à cinq centimes le kilowattheure», a indiqué Hicham Bouzekri. La loi 82-21, relative à l’autoproduction électrique, permet désormais aux industriels de développer leurs propres moyens de stockage.

L’éolien couplé au solaire et aux batteries est une solution qui permettra au pays de s’imposer comme un acteur régional énergétique, interconnecté avec l’Europe et les pays du Sahe. Ces atouts, combinés à l’exigence européenne de taxe carbone aux frontières, incitent les entreprises à investir dans les énergies bas carbone, d’autant que 62% des échanges extérieurs du Maroc se font avec l’Europe.

Pour exploiter pleinement ce potentiel, l’État développe des infrastructures stratégiques, comme l’Autoroute électrique Sud-Centre, un projet de 1.400 kilomètres reliant les provinces du Sud au centre du pays, prévu pour 2030. Ces investissements nécessitent la contribution du secteur privé pour être réalisés dans des délais courts.

Les intervenants ont également mis en garde contre le risque de remplacer la dépendance aux énergies fossiles par une dépendance technologique. Ils ont insisté sur la nécessité de structurer de nouvelles filières industrielles liées à la transition énergétique, notamment dans les équipements, les technologies de stockage et l’hydrogène vert.

Sur le plan juridique, le Maroc a mis en place deux lois pour encadrer cette transition. La loi 13-09, promulguée en 2010, établit le cadre de la production d’électricité à partir de sources renouvelables par des acteurs privés. La loi 82-21, adoptée en 2023, permet à toute entité de produire, stocker et autoconsommer son énergie, avec la possibilité de vendre jusqu’à 20% du surplus. Quatre décrets d’application sont attendus, dont un publié en mars 2026, encadrant les procédures selon le régime applicable à chaque installation.

Par ailleurs, le ministère de la Transition énergétique et du Développement durable a lancé un appel à manifestation d’intérêt pour la création d’un registre national des certificats d’origine verte. Ce certificat permettra aux entreprises d’attester du caractère durable de leurs produits et d’éviter certaines taxes environnementales, comme le MACF. Le décret 2.24.761, entré en vigueur en novembre 2025, prévoit que les demandes soient soumises via une plateforme numérique.

Par La Rédaction
Le 20/04/2026 à 21h24