Selon cette enquête d’opinion de mai 2026, réalisée pour MGH Partners, 40% des Français considèrent le Maroc comme un allié de la France, soit une progression de 13 points depuis 2021. Dans le classement général, le Royaume occupe la sixième place, derrière les cousins latins (Italie et Espagne), les grandes puissances européennes que sont l’Allemagne et le Royaume-Uni– et l’Ukraine, portée depuis 2022 par un très puissant élan de solidarité. Mais le Maroc est le premier pays non européen de cette liste.
Ce résultat dit beaucoup. Le Maroc n’est plus seulement perçu comme un pays familier par l’histoire et la géographie. Il devient, dans l’imaginaire français, un partenaire stratégique dans l’environnement international contemporain.
Le contraste avec l’Algérie est saisissant. Là où Rabat s’installe en tête des alliés de confiance, Alger reste associée à une relation conflictuelle, déséquilibrée et finalement subie par la France. Dans un autre sondage Ifop-Fiducial pour Sud Radio l’an dernier, 68% des Français déclaraient avoir une bonne image du Maroc, contre 60% pour la Tunisie et seulement 29% pour l’Algérie. Plus encore, 74% estimaient que l’Algérie profitait davantage que la France de la relation bilatérale.
Le baromètre MGH Partners va plus loin encore. Lorsqu’il interroge les Français sur les pays représentant une menace pour les intérêts nationaux, l’Algérie apparaît immédiatement derrière la Russie et l’Iran… Rien de moins que les deux États qui incarnent aujourd’hui, dans l’opinion française, les principales puissances de contestation de l’Occident!
«Dans une France travaillée par la nostalgie, le Maroc renvoie le visage rare d’un État-nation assumé, inscrit dans le temps long que les monarchies savent incarner»
Le résultat du Maroc ne doit rien au hasard. Il tient d’abord à l’image de stabilité que renvoie le Royaume. Dans une opinion française rongée par l’inquiétude– sécurité, frontières, terrorisme, souveraineté économique– Rabat apparaît comme un partenaire lisible et constant, engagé dans une relation d’État à État. Quand Alger demeure associée aux crises diplomatiques à répétition, au chantage mémoriel et à une rhétorique anti-française. Ensuite, l’image du Maroc s’est profondément transformée. Le Royaume parle à la France populaire comme à ses élites. Enfin, il y a sans doute quelque chose de plus profond encore. Dans une France travaillée par la nostalgie d’une époque où la parole publique inspirait le respect et où l’autorité de l’État allait de soi, le Maroc renvoie le visage rare d’un État-nation assumé, inscrit dans le temps long que les monarchies savent incarner.
Les ventilations partisanes sont aussi un des enseignements les plus intéressants du sondage. Le Maroc bénéficie d’un socle transversal: 47% des sympathisants LFI, 53% des socialistes, 61% des écologistes, 53% des proches du parti présidentiel, 51% des Républicains et même 31% des sympathisants RN déclarent en avoir une bonne image. Peu de pays non européens peuvent aujourd’hui rassembler ainsi des électorats qui s’opposent sur presque tout le reste. L’Algérie présente le profil inverse.
La relation France-Algérie est un sujet de plus en plus polarisant. Les scores observés auprès du parti créé par le président Macron (17%), des Républicains (14%) et du RN (11%) traduisent l’effondrement de son image dans les familles politiques les plus sensibles aux questions régaliennes et migratoires. Même à gauche, les résultats demeurent relativement faibles– 35% chez les sympathisants LFI, 30% chez les socialistes, 31% chez les écologistes– et paraissent modestes au regard de l’énergie déployée par leurs responsables politiques pour ménager Alger, y compris lorsque sont en cause les principes qu’ils revendiquent par ailleurs: droits de l’homme, liberté de la presse ou liberté d’expression.
C’est d’ailleurs un autre enseignement utile du sondage: ses chiffres révèlent un décalage certain entre l’opinion des électeurs et le positionnement des appareils politiques. À gauche, les offensives récurrentes contre Rabat– au Parlement européen comme à l’Assemblée nationale– ne trouvent manifestement pas d’écho chez une large partie de leurs sympathisants. À l’inverse, à la droite de la droite, le soutien traditionnellement affiché par le Rassemblement National à l’égard du Royaume ne se retrouve qu’imparfaitement dans son électorat. Pour finir, ce sont plus de sept Français sur dix qui soutiennent le principe d’une relation privilégiée entre la France et le Maroc, alors qu’ils se montrent partagés sur l’Algérie.
Reste à transformer cet acquis et à lui donner un cadre durable. C’est tout l’enjeu du futur traité d’amitié entre le Maroc et la France.




