Le système des Classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) scientifiques marocaines se porte bien, et les chiffres de la session 2026 en sont la meilleure illustration. L’analyse des résultats des principaux lycées d’excellence du Royaume montre une progression globale de 14% du nombre de candidats admissibles à Polytechnique, passé de 50 en 2025 à 57 cette année. Cette croissance continue confirme la place de choix qu’occupe le Maroc dans les filières d’excellence à l’international. Mais au-delà de cette augmentation en volume, c’est la dynamique interne de ces résultats qui s’avère intéressante à analyser.
Car derrière cette hausse globale se jouent plusieurs dynamiques simultanées. Des effectifs qui augmentent dans plusieurs établissements, des taux d’admissibilité qui évoluent dans des directions différentes selon les structures et, surtout, une redistribution progressive des équilibres qui caractérisaient jusqu’ici un secteur longtemps très concentré. Le paysage des prépas d’excellence au Maroc ressemble de moins en moins à un marché à un seul acteur dominant, et de plus en plus à un écosystème structuré, avec plusieurs pôles de compétence qui se renforcent parallèlement.
LYDEX: le pilier historique d’une offre en pleine diversification
Dans cette nouvelle configuration, le Lycée d’excellence de Benguerir (LYDEX) confirme son statut de locomotive historique et demeure, cette année encore, le premier contributeur national en volume absolu, avec 26 élèves admissibles à Polytechnique. L’établissement avait présenté 94 candidats aux concours de l’École polytechnique cette année. Si l’on observe un tassement des résultats par rapport à la cuvée exceptionnelle de 2025, avec 38 admissibles, le lycée de Benguerir continue de représenter 45,6% des admissibles de ce panel d’établissements d’excellence. Rapportée à l’ensemble de ses élèves en deuxième année de CPGE, soit 148 élèves, sa performance s’établit à 17,6% d’admissibles à l’École polytechnique.
LYDEX a posé les fondations du modèle de l’excellence marocaine contemporaine. Ce rôle de pionnier accompli, il fait aujourd’hui face à un écosystème qui s’est structuré autour de lui. Le paysage devient plus concurrentiel et plus diversifié, ce qui pousse l’ensemble des acteurs vers le haut.
LYMED: le fait marquant de l’édition 2026
Un chiffre résume à lui seul la rupture: +300% d’admissibles à Polytechnique en un an. L’établissement du Nord, porté par la Fondation Tanger Med, passe de 3 admissibles en 2025 à 12 cette année. À l’échelle nationale, sa part de marché explose, bondissant de 6% à 21,1%.
Dernier-né des établissements du panel, LYMED confirme une trajectoire ascendante rapide. Après plusieurs années d’installation progressive dans le paysage des CPGE d’excellence, le lycée franchit en 2026 un seuil symbolique, en installant durablement Martil parmi les pôles scientifiques les plus performants du Royaume.
La recette? Une stratégie d’ultra-sélection. Avec une promotion réduite à 55 élèves, LYMED affiche le ratio d’efficacité le plus redoutable du pays: 22% de réussite à l’École polytechnique. Concrètement, le lycée propulse un candidat sur cinq vers Polytechnique, soit le meilleur ratio d’admissibilité observé parmi les principaux établissements du panel en 2026.
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La montée en puissance du LYMED ne se limite pas à Polytechnique. L’établissement affiche également des résultats solides sur d’autres concours de très haut niveau, avec près de 50% d’admissibles au prestigieux concours Mines-Ponts et près de 80% d’admissibles à Centrale. Ces performances croisées confirment qu’il ne s’agit pas d’un simple «coup de chance» ou d’une promotion exceptionnelle, mais d’une progression structurelle.
Ce choix change tout au quotidien. Dans les classes, impossible de passer entre les mailles du filet: les enseignants repèrent immédiatement la moindre baisse de régime. Surtout, cette petite taille brise le huis clos étouffant de la compétition individuelle pour créer une logique d’équipe, indispensable pour tenir le choc psychologique des prépas.
«Ce que mon fils a trouvé ici, c’est un cadre à taille humaine et un esprit d’équipe très fort. C’est cet équilibre et cet accompagnement personnalisé qui ont fait la différence pour le concours»
— Un père d’élève du LYMED admissible à Polytechnique
Pour monter si vite dans les classements, l’école a misé sur un recrutement national, verrouillé par un système de bourses intégrales accordées à l’ensemble de ses étudiants. Une manière de court-circuiter la barrière financière et de concentrer la sélection sur le seul potentiel académique.
Sur place, à Martil, l’encadrement s’appuie sur des arguments concrets: des laboratoires de pointe, un suivi individualisé, mais aussi du sport et des activités artistiques pour éviter le burn-out des candidats. L’idée est de prendre le contre-pied exact du modèle traditionnel de la «prépa-coupe-gorge». LYMED met également en avant un parcours éducatif d’orientation fondé sur des modèles marocains de réussite, avec l’ambition de former des profils capables de revenir contribuer, demain, à la construction du modèle économique du Maroc.
Al Zahrawi-Abulcasis: la montée en puissance des structures à forts effectifs
La progression de 14% du nombre d’admissibles marocains à l’École polytechnique en 2026 s’explique en grande partie par la montée en puissance de plusieurs pôles régionaux qui viennent renforcer le vivier national de candidats aux concours les plus sélectifs. Parmi les établissements qui ont marqué cette édition, Al Zahrawi-Abulcasis, fruit d’un partenariat public-privé entre le ministère de l’Éducation nationale et la Fondation Cheikh Zaïd, s’impose comme l’une des progressions les plus remarquables de l’année.
Dans un contexte de forte croissance de ses effectifs, avec des promotions passées de 89 à 104 élèves, l’établissement enregistre une progression remarquable. Il affiche 17 admissibles cette année, contre 6 l’an dernier, soit une évolution de +183%. Un bond qui le propulse au deuxième rang du panel en volume et confirme une montée en puissance que les professionnels du secteur observaient depuis plusieurs éditions.
Sur cette base d’effectifs élargie, le taux d’admissibilité d’Al Zahrawi-Abulcasis s’établit à environ 16%, contre 7% en 2025. Ce gain de neuf points en une seule année traduit à la fois une amélioration qualitative du niveau de la préparation dispensée et une capacité à recruter des profils plus solides à l’entrée.
Dans le reste du classement, Al Qalam à Agadir et Ibn Ghazi à Rabat comptent chacun un admissible à Polytechnique cette année. Des résultats qui portent le total national à 57 admissibles pour la session 2026.
Au fond, cette progression ne traduit pas une cannibalisation des établissements publics historiques, mais plutôt un élargissement du vivier national. L’émergence de ces lycées d’excellence augmente la part globale des admissibles marocains aux concours les plus sélectifs, là où le pays ne disposait pas, auparavant, d’un tel volume de candidats positionnés à ce niveau.
À la veille des épreuves orales décisives à Paris, les 57 admissibles des CPGE se préparent à l’étape finale. Quel que soit le verdict des classements d’admission, le bilan est déjà éloquent: les prépas marocaines se sont fait une place parmi l’élite mondiale, et cette session 2026 dessine de nouvelles perspectives pour les filières scientifiques du Royaume.




