Polytechnique, Centrale, ENSIMAG... Comment le LYMED forge les futurs ingénieurs d’élite du Maroc

Les futurs ingénieurs formés par le LYMED. (W.Belfkih/Le360)

Le 17/04/2026 à 09h00

VidéoIls s’appellent Asmae, Oussama et Ali, et leurs noms résonnent dans les couloirs de Polytechnique, CentraleSupélec ou l’ENSIMAG. Hier encore, ces purs produits de Laâyoune, Chefchaouen ou Casablanca ne disposaient que de leur soif d’apprendre pour horizon; ils incarnent aujourd’hui la nouvelle garde du génie marocain. Entre ces destins liés par l’excellence, un dénominateur commun: le Lycée Méditerranéen (LYMED). Porté par la Fondation Tanger Med, cet établissement de Martil s’est imposé comme un nouveau bastion de la méritocratie. Ici, on brise les plafonds de verre pour transformer le talent brut en une assurance à toute épreuve. Plongée au cœur de la méthode LYMED à travers trois parcours inspirants.

Asmae El Mahdaouy: de la voûte céleste de Laâyoune au plateau de Saclay

Tout a commencé par un rituel nocturne, sur une terrasse de Laâyoune. Là, sous la voûte saharienne, la petite Asmae El Mahdaouy s’oubliait dans la contemplation des astres. Ce n’était pas qu’une rêverie d’enfant: c’était un appel. «J’aimais l’astronomie depuis toute petite», se souvient-elle. «Je pouvais rester des heures sur la terrasse, à attendre que le ciel s’allume.» Dans cette quête du cosmos, elle n’est pas seule. Son père transforme cette fascination en destin. Il y a d’abord ce télescope, offert comme une promesse, puis les livres sur le cosmos qui s’empilent dans sa chambre.

Le déclic survient avec la compétition «The Race to Space». Pour aider Asmae à briller, le père mobilise son cercle, s’improvise assistant de production et l’épaule dans ses premiers montages vidéo. Ce soutien, plus fort que n’importe quel moteur à réaction, devient son véritable carburant: pour Asmae, si l’ambition commence au ras du sol, elle n’a jamais eu vocation à y rester. Pour elle, le ciel n’est pas une limite, c’est son jardin.

Pourtant, le chemin vers les sommets n’est pas qu’une affaire de talent pur. En intégrant la filière Mathématiques-Physique (MP) du LYMED, Asmae a trouvé l’écrin nécessaire à son éclosion. Ici, la pédagogie refuse le «bachotage» stérile pour cultiver l’esprit critique, l’éloquence et l’ouverture internationale. Cette «arme hybride» lui a permis d’affronter sans complexe la rude compétition des concours parisiens.

Aujourd’hui étudiante à CentraleSupélec, au cœur du prestigieux plateau de Saclay, elle se confronte à la rigueur absolue. «Cela force à fournir plus d’efforts que d’habitude», confie-t-elle. Mais Asmae n’oublie pas son port d’attache. Inspirée par l’élan d’innovation qui transforme son pays, elle projette déjà son retour au Maroc pour apporter sa pierre à l’édifice de la recherche nationale et démontrer que le génie marocain rayonne sans frontières.

Oussama Akar: l’enfant de la «Ville Bleue» qui a conquis l’X

Oussama Akar garde en lui la douceur des ruelles bleues de Chefchaouen. De son enfance dans le Nord, il retient la simplicité des gens et cette hospitalité qui infuse son tempérament. Pourtant, derrière le calme, le doute a longtemps habité ce fils de l’école publique. Au lycée Moulay Rachid, il se sentait «faible» face aux élèves du privé, comme écrasé par des destins qu’il n’osait pas imaginer pour lui-même.

Mais chez les Akar, on n’a pas peur de la difficulté. Poussé par des parents qui érigent les sciences et les mathématiques en défis quotidiens, Oussama franchit les portes du LYMED après son bac. C’est entre les murs de Martil, au rythme exigeant des khôlles et des devoirs surveillés, que la bascule s’opère. L’ambition, d’abord timide, finit par s’imposer: «Après le LYMED, je me suis dit que je pouvais faire Polytechnique.»

Le déclic final survient à Paris, lors des oraux. En traversant les amphithéâtres chargés d’histoire de l’X, marqués par les noms des plus grands génies, le vertige disparaît. Ce n’est plus de l’intimidation, c’est une reconnaissance. «Je me suis dit que c’était ma place», tranche-t-il aujourd’hui.

Désormais polytechnicien, Oussama n’oublie pas d’où il vient, mais sait enfin où il va. S’il pouvait croiser le garçon qu’il était en prépa, il n’aurait qu’une phrase à lui dire: «Fais-toi confiance.» Un conseil qu’il n’a plus besoin de se donner: de l’enfant qui doutait de sa légitimité est né un homme qui occupe, avec une sérénité retrouvée, sa place au sein de l’élite.

Ali: dompter l’exil grâce à la force du collectif

Pour Ali Boughazi, Casablanca n’est pas qu’une ville, c’est une armature. «C’est la maison, la famille, les amis. Sa vibe m’a aidé à ne pas déprimer», confie celui qui porte en lui l’énergie de la métropole. Enfant, il boudait l’endurance pour l’adrénaline du sprint, mais c’est surtout sur le terrain des idées qu’il aimait en découdre. Passionné par les joutes oratoires et les simulations de l’ONU, Ali a toujours eu le verbe pour moteur et l’échange pour horizon.

Pourtant, c’est au LYMED que ce tempérament de leader trouve son ancrage. Dans l’intensité des classes prépas, Ali ne découvre pas seulement des théorèmes, il découvre une famille. Marqué par la main tendue des anciens, il finit par prendre les rênes de la communauté en devenant président des élèves. «Je les considère comme des amis personnels», dit-il avec cette fraternité qui le caractérise. Pour lui, la réussite ne vaut que si elle est partagée.

Aujourd’hui, sous le ciel de Grenoble, à l’ENSIMAG, le sprinter affronte une course de fond plus complexe: celle de l’exil. Entre deux cours de haut niveau, la nostalgie de «Casa» s’invite parfois, escortée par les doutes inhérents à la vie d’étudiant étranger. «Est-ce que j’ai ma place ici?», se demande-t-il parfois face à l’incertitude.

Mais le LYMED lui a légué une armure invisible. Car à Martil, on n’apprend pas seulement à dompter les algorithmes; on apprend à vivre debout, en autonomie, parmi les autres. Ali ne se contente plus de briller seul: il transforme ses doutes en force et continue de prouver que, même loin de sa base, la solidarité reste le plus puissant des carburants.

Rien ici ne tient du hasard. Porté par la Fondation Tanger Med, le LYMED s’est affirmé comme un véritable levier d’excellence. Classé en 2026 première classe préparatoire hors Hexagone par L’Étudiant, et deuxième prépa étrangère pour les admissions à Polytechnique sur les 3 dernières années selon Le Figaro en 2026, l’établissement dépasse largement le cadre d’une simple formation académique. Ghita Abdelmoula, Directrice RSE et Gouvernance chez Tanger Med, l’explique sans détour: «Notre mission, c’est de rétablir l’égalité des chances par le mérite, indépendamment des barrières sociales, culturelles, géographiques ou financières.»

Pour transformer cette ambition en réalité, le LYMED mise sur une ingénierie pédagogique «haute couture». Le professeur Maymoun Ahmed, qui enseigne la Physique-Chimie en filière MP, souligne l’importance d’un écosystème dynamique: des échanges constants avec les anciens élèves et les professeurs de l’Hexagone permettent d’affiner sans cesse la préparation aux concours, les rendant presque familiers avant même d’avoir traversé la Méditerranée.

Au-delà des équations, c’est une force de caractère qui se forge à Martil. Selon Ghita Abdelmoula, ces jeunes apprennent très tôt «à composer avec la complexité, à persévérer et à s’adapter». Mais le véritable cadeau du LYMED est immatériel: «C’est une confiance intérieure. La conviction viscérale qu’ils ont leur place, même dans les environnements les plus sélectifs au monde. Cela change tout.»

Cette réussite dépasse le cadre académique pour devenir une aventure profondément humaine. Elle irrigue les familles et nourrit la fierté des parents, trouvant sa source dans ce précieux «ridat lwalidine» (la bénédiction parentale) tout en érigeant ces jeunes en modèles pour les générations futures. Cette ascension ne signifie pas pour autant un déracinement. Comme le souligne Ghita Abdelmoula avec lucidité: «La mobilité n’éloigne pas nécessairement. Elle peut aussi renforcer le lien avec ses racines.»

Asmae, Oussama et Ali ne sont pas seulement trois étudiants brillants. Ils sont la preuve vivante qu’un modèle alliant exigence et bienveillance peut projeter les talents marocains vers les plus hauts sommets, tout en les gardant viscéralement ancrés dans leur terre d’origine. La nouvelle élite est là, et elle n’a plus peur de briller.

Par Zineb Agzit
Le 17/04/2026 à 09h00