Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a rendu public, le 3 juin 2026, un avis particulièrement sévère sur l’état de la formation continue au Maroc. «Adopté en assemblée générale le 25 mars dernier après une auto-saisine, ce rapport dresse le bilan d’un système jugé défaillant et largement exclusif, malgré son importance stratégique pour la compétitivité économique du pays», souligne le quotidien Les Inspirations Eco du 5 juin.
Le constat chiffré met en lumière un fossé immense entre les intentions et la réalité du terrain. En 2022, à peine 1 647 entreprises ont bénéficié des contrats spéciaux de formation (CSF), alors que près de 315 000 structures s’acquittent de la taxe de formation professionnelle (TFP). Ce taux de recours, inférieur à 0,5%, s’explique en grande partie par la complexité administrative et des délais de remboursement interminables qui découragent les très petites, petites et moyennes entreprises (TPME).
Plus alarmant encore, le dispositif actuel écarte massivement les travailleurs indépendants et non-salariés, dont l’accès est conditionné à une affiliation stricte à la CNSS. Le CESE pointe également l’échec de la validation des acquis de l’expérience (VAE): depuis son introduction en 2008, seules 1 488 personnes ont obtenu une certification, alors que près de la moitié de la population active marocaine ne possède aucun diplôme.
Parmi les causes de ce blocage structurel, l’avis désigne un cadre juridique incomplet, marqué par la non-publication de plusieurs décrets d’application de la loi n° 60-17. «À cela s’ajoute une fracture territoriale flagrante: l’offre de formation qualifiante reste hyperconcentrée, l’essentiel des 82 organismes agréés et des 327 experts recensés se trouvant à Casablanca, au détriment des régions périphériques», note Les Inspirations Eco.
Pour remédier à ce qu’il qualifie de gâchis de compétences, le CESE exhorte à une refonte systémique à travers six axes majeurs. La mesure phare réside dans la création d’une instance nationale indépendante de l’OFPPT. Ce nouvel organe tripartite (État, employeurs, syndicats) serait doté de relais régionaux pour piloter le secteur de manière plus agile.
Sur le plan financier, le Conseil réclame l’affectation obligatoire et effective de 30 % des recettes de la TFP à un fonds exclusivement dédié à la formation continue, mettant fin à l’utilisation de ces ressources à d’autres fins. Pour simplifier les démarches, le CESE préconise le déploiement d’une plateforme numérique nationale centralisant tout le processus, de la demande au remboursement, et propose une prise en charge intégrale des coûts de formation pour les plus petites entreprises.
Enfin, le rapport insiste sur la nécessité de territorialiser cette politique publique en y associant directement les régions et en renforçant les Groupements interprofessionnels d’aide au conseil (GIAC) en tant qu’acteurs de proximité. Le CESE recommande la mise en place d’un véritable référentiel national pour généraliser la VAE et appelle à une modernisation des formats d’apprentissage (cours à distance, modules courts, enseignement hybride) afin de s’adapter aux contraintes réelles des actifs et des travailleurs indépendants.




