Élections de l’ASMEX: le flou persiste, une crise qui s’enlise et divise profondément

Hassan Sentissi, président de la Confédération marocaine des exportateurs (ASMEX).

La tension monte au sein de la Confédération marocaine des exportateurs (ASMEX) à l’approche de l’assemblée générale élective prévue le 23 juin. En cause, un courrier du président sortant, Hassan Sentissi, annonçant le report du scrutin au motif que les trois candidats en lice ne seraient pas des «exportateurs avérés». Une décision vivement contestée par une bonne frange des membres du conseil d’administration.

Le 05/06/2026 à 14h28

Jeudi 4 juin, un communiqué attribué à «la majorité du conseil d’administration» pointe une «dérive de gouvernance» et réaffirme son attachement au strict respect des statuts de l’association. «Toute décision majeure concernant l’orientation de l’ASMEX doit être validée par le conseil d’administration. La majorité du conseil confirme que la validation des trois candidatures à l’élection aux fonctions de président a été effectuée conformément aux statuts et que les CV des candidats les habilitent parfaitement à briguer cette responsabilité», indique le document.

Le message vise clairement le président sortant, Hassan Sentissi, qui estime pour sa part que le profil des trois candidats ne correspond pas au calibre des capitaines d’industrie, seuls à même, selon lui, de défendre efficacement les intérêts des exportateurs.

«D’un point de vue statutaire et réglementaire, rien ne peut se faire sans passer par le bureau exécutif, puis le conseil d’administration, et enfin l’assemblée générale», insiste Adil Zaidi, l’un des trois candidats en lice.

Contacté, Hassan Sentissi rejette en bloc les affirmations du communiqué attribué à «une majorité du conseil d’administration». «La majorité de ces membres signataires ne sont pas à jour de leur cotisation. Certains ne sont jamais venus au siège de la confédération. L’un d’entre eux vient à peine cette semaine de payer une cotisation de 5.000 dirhams. Sur les 14 signataires, neuf paient uniquement le minimum syndical, ne dépassant pas ce montant. Quatre autres sont inconnus à la base», affirme-t-il.

Zaidi rappelle toutefois que le dernier conseil d’administration, tenu le 18 mai 2026 sous la présidence de Hassan Sentissi lui-même, a validé le processus électoral et fixé la date du scrutin. «Le président ne peut qu’exécuter les résolutions votées par le conseil d’administration. C’est ce que disent clairement les statuts», souligne-t-il, ajoutant que «la majorité écrasante des administrateurs appelle aujourd’hui au respect de ces décisions».

Le candidat juge incohérente et tardive la remise en cause du profil des postulants. «L’appel à candidatures a été lancé par le président. Les dossiers ont été examinés par le bureau exécutif puis validés par le conseil d’administration. On ne peut plus revenir en arrière. Pourquoi convoquer des élections, puis contester les candidatures après coup?», s’interroge-t-il.

Une version contestée par Sentissi: «Ce n’est pas vrai. Le conseil d’administration n’a pas validé les candidatures. Chacun voit les choses à sa manière. De plus, les documents des candidats n’ont pas été envoyés dans les délais réglementaires. Puis, est-il logique ou raisonnable de donner le flambeau à quelqu’un qui n’a jamais exporté? Les trois candidats ne sont pas exportateurs. Ce sont tous des amis, des frères et sœurs, mais ils ne sont pas exportateurs», tranche-t-il.

L’argument lié à la notion de «capitaine d’industrie» ne convainc pas davantage Zaidi. «Cette notion n’existe pas dans les statuts. C’est une vision antidémocratique. Cela voudrait dire qu’il faut être milliardaire pour se présenter? Cela n’a aucun sens», déplore-t-il.

Zaidi souligne également que les trois candidats occupent actuellement des fonctions de vice-présidents de l’ASMEX, une responsabilité qui suppose, selon le règlement intérieur, une expertise avérée en matière d’export et une nomination par le président lui-même. «Être vice-président constitue déjà une reconnaissance de cette expertise», fait-il valoir.

Face à la crise, Zaidi appelle à l’apaisement tout en restant ferme sur le respect des règles. «Il y a des statuts, une loi sur les associations. Il faut revenir à l’essentiel: le droit et les institutions. C’est une question de crédibilité, y compris vis-à-vis de nos partenaires internationaux», affirme-t-il.

Une position que ne partage pas Hassan Sentissi, qui relativise la portée des textes en vigueur. «Les statuts ne sont pas une bible. Ils remontent au siècle dernier. Si la Constitution de notre pays a été amendée à plusieurs reprises, je ne vois pas pourquoi on ne changerait pas les statuts de l’ASMEX», estime-t-il.

Malgré l’annonce du report, les trois candidats restent déterminés à poursuivre leur campagne en vue du scrutin du 23 juin. «Tant qu’il n’y a pas une nouvelle résolution du conseil d’administration, le processus électoral suit son cours normal. Nous continuerons notre campagne jusqu’au bout», assure-t-il, tout en mettant en garde contre les conséquences d’une éventuelle confusion le jour du scrutin: «Si des membres ne viennent pas en raison d’informations contradictoires, la responsabilité sera clairement établie».

De son côté, Hassan Sentissi affirme qu’il n’assistera pas à l’assemblée du 23 juin, qu’il considère déjà reportée. Interrogé sur un éventuel favori, lui qui plaide pour un président issu des «capitaines d’industrie», il assure n’avoir aucun nom en tête. Il précise toutefois que, parmi les signataires dudit communiqué «seul le représentant de Colorado pourrait être cité comme capitaine d’industrie».

Le président sortant campe sur sa position: «Ils doivent se retirer parce que tout le monde sait qu’ils ne sont pas exportateurs». Et d’ajouter qu’en cas de retrait des trois candidats, «les statuts seront changés pour imposer le profil de capitaine d’industrie». Avant de conclure: «Pour ma part, je vais me retirer. J’ai plusieurs dossiers auxquels je compte désormais me consacrer».

Au-delà de cette crise, Zaidi rappelle les enjeux auxquels fait face l’ASMEX. «C’est une grande association, avec un rôle important pour le développement des exportations marocaines. Nous devons mobiliser nos énergies pour accompagner les entreprises à l’international, pas pour des querelles internes», plaide-t-il.

Pour l’heure, le fossé continue de se creuser entre les deux camps, sans qu’aucune tentative de conciliation ne semble engagée.

À l’heure où nous mettions en ligne, nous apprenons que Hassan Sentissi a convoqué les membres, via courrier, à une assemblée générale extraordinaire (AGE), prévue le 22 juin à Casablanca, à la veille de l’assemblée élective. Un nouveau rebondissement qui va sans doute chambouler le processus électoral et creuser davantage le fossé entre le président sortant et ses opposants.

Par Wadie El Mouden
Le 05/06/2026 à 14h28