Affaire Abderrahim Fakir: l’autopsie révèle des «infiltrations hémorragiques au dos», l’enquête se poursuit

Lors d'une manifestation organisée le 20 juillet suite à la mort de Abderrahim Fakir à Bologne, en Italie.

«Poumons pleins de sang», «infiltrations hémorragiques au dos», «un tableau clair d’asphyxie mécanique violente par compression dorsale»... C’est ainsi que l’avocat de la famille décrit les premiers résultats de l’autopsie, qui ravivent la polémique en Italie. D’autres analyses restent nécessaires pour établir les causes du décès de ce Marocain de 42 ans, plaqué, le 19 juillet, au sol par deux policiers.

Le 25/07/2026 à 11h30

Abderrahim Fakir avait «les poumons pleins de sang» et présentait, sur le dos, «de vastes zones d’infiltration hémorragique par compression». C’est ce qu’affirme Fabio Anselmo, avocat de la famille de ce Marocain de 42 ans mort le 19 juillet lors de son interpellation dans le quartier du Pilastro à Bologne, citant les conclusions transmises par le professeur Vittorio Fineschi, consultant mandaté par les proches du défunt. Pour l’avocat, ce tableau correspond à une «asphyxie mécanique violente par compression dorsale».

Fabio Anselmo dénonce par ailleurs l’intervention du gouvernement dans ce dossier, qu’il juge de nature à exposer les agents concernés «aux effets délétères de sa propagande». Il rappelle que l’exécutif italien a déjà été condamné par la Cour européenne des droits de l’Homme pour la mort de Riccardo Magherini, survenue à Florence dans des circonstances qu’il qualifie de «tout à fait similaires», une condamnation confirmée en appel par la Haute Cour.

Selon l’agence de presse italienne, «ce fut un examen très complexe». Il faut ainsi «attendre les résultats des analyses complémentaires». C’est pourquoi, «les vérifications se poursuivront dans les prochains jours, et beaucoup, pour éclaircir cette affaire, dépendra aussi des examens histologiques et toxicologiques».

Fabio Anselmo affirme, de son côté, que le chemin vers la justice est aujourd’hui «encore plus difficile» qu’à l’époque de l’affaire Magherini. D’après lui, le dossier ouvert par le parquet de Bologne relève d’une nouvelle catégorie créée par une loi récente du gouvernement, celle des «pseudo-signalements d’infraction».

Détaillant la classification en vigueur, l’avocat explique, dans une déclaration pour Le360, que le modèle 21 correspond à un avis d’infraction où l’auteur est identifié, le modèle 44 à une enquête menée contre X, et le modèle 45 aux avis qui ne sont même pas considérés comme des infractions. Le dossier Fakir relèverait, selon lui, d’une variante de ce dernier modèle, le 45 bis, réservée aux cas où une cause justificative écarterait d’emblée toute qualification pénale.

«Nous assistons à une pseudo-enquête pour une pseudo-mort survenue lors d’une interpellation», résume-t-il, avant de reprocher au Premier ministre et à plusieurs ministres de rendre des jugements qui ne devraient revenir qu’aux magistrats, allant, selon lui, jusqu’à «défiler» au commissariat de Bologne chargé de l’enquête.

Parallèlement à ces investigations médico-légales, l’enquête s’oriente aussi vers le passé récent de Abderrahim Fakir, afin de comprendre pourquoi il se trouvait, dimanche matin, au Pilastro dans un état de confusion apparent, écrit l’agence de presse italienne. Un élément est désormais établi. On apprend que le 20 juin, le quadragénaire s’était présenté aux urgences de l’hôpital Maggiore de Bologne pour un problème d’ordre psychiatrique, avant d’être orienté vers le centre de santé mentale (Csm) de la ville, où il s’était rendu dans les jours suivants. Un premier diagnostic avait été posé et un traitement confirmé. Puis, un second rendez-vous lui avait été fixé pour les premiers jours du mois d’août, afin de poursuivre le suivi.

Des «procédures de mort»?

Ces nouveaux éléments interviennent après la conférence de presse tenue au Sénat italien, au cours de laquelle plusieurs voix s’étaient déjà exprimées sur cette affaire. La sénatrice Ilaria Cucchi, dont le frère Stefano est mort en détention en 2009, avait dressé un parallèle entre les vidéos de Riccardo Magherini et celles de Abderrahim Fakir, tournées à douze ans d’intervalle dans des situations qu’elle jugeait «tout à fait analogues», rappelant que l’Italie avait été condamnée par la CEDH en janvier 2026 pour l’absence persistante d’un protocole encadrant les interpellations.

Fabio Anselmo avait déjà, à cette occasion, comparé le dossier aux affaires Federico Aldrovandi et Stefano Cucchi, qu’il avait également suivies, qualifiant les procédures existantes de «procédures de mort». Enfin, la nièce de la victime, Yousra Fakir, était intervenue en visioconférence pour se dissocier des débordements survenus après l’intervention policière et réclamer, au nom de la famille, vérité et respect de la mémoire de son oncle.

Mario Balzanelli, président de la Société italienne du système d’urgence 118, avait de son côté qualifié, dans une déclaration à la presse italienne, la manœuvre de contention appliquée par les policiers d’«inadaptée», détaillant les mécanismes physiologiques pouvant conduire à un arrêt cardiaque en position ventrale, aggravés dans ce cas par l’usage d’un spray au poivre sur un homme asthmatique.

Rabat suit le dossier de près

Du côté marocain, le ministère des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger a indiqué hier suivre avec préoccupation les événements et les faits ayant conduit au décès de son ressortissant.

Dans son communiqué, le ministère précise que les autorités marocaines ont demandé aux autorités italiennes compétentes de procéder promptement à une enquête exhaustive pour faire toute la lumière sur les circonstances entourant ce décès, et de fournir les éclaircissements nécessaires sur ce drame. Selon la même source, elles ont également exigé que les responsabilités soient établies et que soit garantie la pleine application des mesures et procédures légales requises.

Le ministère souligne que les autorités marocaines continueront à suivre de très près ce dossier, dans le cadre de leur engagement constant à protéger les intérêts des Marocains résidant à l’étranger, ajoutant que des instructions fermes ont été données en ce sens à l’ambassade et au consulat général concernés, pour suivre l’évolution de cette affaire.

De son côté, l’ambassade d’Italie au Maroc a annoncé hier qu’«à la demande du ministre italien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Antonio Tajani, l’ambassadeur d’Italie au Royaume du Maroc, Pasquale Salzano, et le Consul général d’Italie à Casablanca ont rencontré aujourd’hui l’épouse de Abderrahim Fakir».

Au nom du gouvernement italien, les deux diplomates ont présenté leurs condoléances à l’épouse du défunt et lui ont exprimé leur profonde proximité avec la famille. Ils ont réaffirmé la pleine disponibilité de l’ambassade et du consulat général pour accompagner la famille et lui apporter toute l’assistance nécessaire dans les prochaines étapes de cette épreuve.

Par Hajar Kharroubi
Le 25/07/2026 à 11h30