Résorption des bidonvilles: le Maroc passe à la vitesse supérieure

Lors de la démolition du bidonville «Feran El Jir» à Bourgogne à Casablanca

Revue de presseSous la pression d’une croissance urbaine débridée, le Maroc intensifie sa stratégie d’éradication de l’habitat insalubre. Entre accélération des cadences de relogement, révision des partenariats public-privé et mobilisation de dizaines de milliards de dirhams, le Royaume restructure ses métropoles prioritaires pour solder définitivement le dossier des bidonvilles et des bâtiments menaçant ruine d’ici 2028. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien L’Economiste.

Le 09/09/2026 à 20h53

Pendant des décennies, l’expansion informelle et le développement des bidonvilles ont entaché les paysages urbains du Royaume, s’infiltrant parfois jusqu’au cœur des métropoles majeures. «Né de dysfonctionnements administratifs et d’un certain laisser-aller des autorités locales, ce phénomène longtemps jugé inexorable enregistre désormais un repli décisif sous l’impulsion d’une stratégie gouvernementale durcie et repensée», indique le quotidien L’Economiste dans son édition du jeudi 10 septembre.

Les chiffres officiels du ministère de l’Habitat illustrent l’ampleur du chantier. Entre le premier recensement de 2004 et la fin septembre 2025, le nombre de ménages vivant dans des bidonvilles est passé de 270.000 à 496.253, traduisant une hausse globale de 83%. Face à cette réalité, l’État a déjà pris en charge 370.384 familles en mobilisant plus de 61 milliards de dirhams. Sur ce total d’interventions, le recasement représente la solution prioritaire retenue dans 71% des situations, complété par le relogement direct pour 17% et par des projets de restructuration urbaine pour les 11% restants.

L’effort public a connu une accélération marquée ces dernières années. Alors que la période comprise entre 2018 et 2021 tournait autour d’une moyenne de 6 200 ménages traités par an, la cadence est montée à 18 000 familles annualisées à partir de 2022. Parallèlement, le rythme d’extension des bidonvilles s’est effondré, passant d’une augmentation moyenne de 104.000 familles par an sur la période 2012-2021 à environ 6.800 ménages par an sur la séquence récente, marquant un recul de 35% du flux d’extension entre 2021 et 2025. «À ce jour, 62 villes affichent une résorption quasi totale du problème avec un taux de réalisation national fixant l’objectif Villes sans bidonvilles à 72%, un périmètre qui intégrera prochainement la région de Laâyoune-Saquia El Hamra», écrit L’Economiste.

Afin de résorber les 120 000 bidonvilles subsistants, le programme 2024-2028 introduit une approche révisée. La stratégie s’appuie sur la reconfiguration du partenariat public-privé et la mise à disposition d’appartements de type logement social plafonnés à 300.000 dirhams, issus notamment de stocks mobilisés auprès de promoteurs via des appels à manifestation d’intérêt. L’aide directe au logement soutient également ce dispositif.

La priorité est accordée aux pôles urbains sous forte tension. Dans la région de Casablanca-Settat, la résorption se poursuit vers 2027 pour englober 62.000 familles grâce à un budget global supérieur à 15,64 milliards de dirhams, dont 9,44 milliards pris en charge par l’État. Dans la région Marrakech-Safi, deux conventions prévoient le recasement de 30.500 ménages à Marrakech d’ici 2028 pour un montant de 7,92 milliards de dirhams, ainsi que l’intervention sur 500 logements insalubres à Safi, évaluée à 126 millions de dirhams. «De son côté, la région Rabat-Salé-Kénitra bénéficie d’une enveloppe de 3,6 milliards de dirhams dédiée au relogement de 12.000 foyers», souligne L’Economiste.

En marge de la résorption des bidonvilles, le traitement de l’habitat menaçant ruine s’appuie sur le cadre législatif de la loi 94-12, l’Agence nationale pour la rénovation urbaine et des instruments financiers dédiés. Depuis 2012, 84 conventions représentant 8,32 milliards de dirhams ont permis de traiter 26.811 bâtiments insalubres sur un total identifié de 43.000 unités, soit 62% de réalisation, le solde de 16.189 structures étant en cours d’intervention.

Des initiatives ciblées concernent également la capitale ainsi que les médinas de Tanger, Asilah, Tétouan et Ouazzane, accompagnées par le déploiement d’une plateforme numérique de suivi des chantiers de rénovation. En arrière-plan, le programme général d’aide directe au logement totalise plus de 111.000 bénéficiaires pour un encours de 9,1 milliards de dirhams, un levier d’accès à la propriété voué à se maintenir jusqu’à la fin de l’année 2028.

Par La Rédaction
Le 09/09/2026 à 20h53