À Chefchaouen, le bleu de l’horizon n’est pas une limite, c’est une invitation. Dans cette ville de caractère où la solidarité est une seconde nature, grandir signifie appartenir à une grande famille. Ici, chaque réussite se célèbre au coin de la rue et chaque habitant devient le gardien des rêves de l’autre. C’est cette atmosphère, pétrie d’une «pression sociale bienveillante», qui a forgé l’excellence d’Oussama Akar. «Je pense que ça m’a appris très tôt le sens de la responsabilité et l’envie de bien faire», confie-t-il. Dans la Ville Bleue, l’ambition ne naît pas de l’individualisme, mais de la volonté farouche de ne décevoir ni ses proches, ni sa communauté.
Pourtant, derrière cette chaleur humaine, la réalité est plus complexe pour un jeune ambitieux. Grandir loin des grandes métropoles et de leurs infrastructures expose à un manque d’information sur les parcours d’élite. «On n’avait pas beaucoup de modèles de réussite académique pointue autour de nous. Paradoxalement, je crois que ça m’a rendu plus déterminé quand on part de loin, chaque étape franchie a une saveur particulière.»
Au lycée Moulay Rachid, le jeune Oussama sait déjà qu’il est passionné par les mathématiques, mais la filière sciences mathématiques n’est pas populaire. Dans sa promotion, ils ne sont que quelques dizaines en sciences maths en français. «On manquait surtout d’exemples de parcours possibles. Je ne connaissais personnellement aucun ingénieur, aucun chercheur, aucun élève de grande école. Du coup, je faisais des choix conventionnels sans vraiment être informé sur les horizons qu’ils ouvraient. Ce n’était pas de la passivité, c’était plutôt de l’ignorance des possibles, et je pense que beaucoup d’élèves du public vivent exactement ça.»
Pourtant, deux figures familiales vont allumer la flamme. Ses deux parents, enseignants en école primaire, l’ont toujours encouragé à viser l’excellence et à ne pas se contenter de peu, avec une conviction sincère que l’éducation est la meilleure voie. Cette valeur-là, ils la lui ont transmise très tôt. Il y a aussi sa grande sœur, qui a obtenu la meilleure note de Chefchaouen lors de sa promotion. «La voir réussir de cette manière m’a donné envie de me dépasser à mon tour, de lui emboîter le pas à ma façon. C’est peut-être anodin pour certains, mais dans notre contexte, c’était un signal fort: l’excellence, c’était possible.»
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C’est au moment de remplir ses vœux pour les classes préparatoires que son destin bascule. Le LYMED ouvre ses portes l’année même où Oussama obtient son baccalauréat. «Je l’ai découvert en faisant mes vœux. Je n’avais pas beaucoup d’informations au préalable. C’est lors des entretiens oraux d’admission que j’ai vraiment commencé à comprendre la mission du LYMED et ce qu’il représentait. Venant d’un lycée public, cette opportunité m’a semblé à la fois surprenante et stimulante: une prépa d’excellence, accessible, qui cible précisément des profils comme le mien. J’ai tenté ma chance.»
À Martil, le choc est immédiat. Le rythme est soutenu, tout avance vite et il n’y a pas vraiment de temps pour ralentir. «Ce qui m’a le plus surpris au début, c’est l’exigence des professeurs et la densité du programme. Les premiers examens ont donné des notes qui n’étaient pas forcément honorables, et c’est un choc quand on arrive avec le statut du bon élève de son lycée. Mais c’est aussi ça qui est formateur. Le LYMED remet les compteurs à zéro et t’oblige à te construire autrement, plus solidement.»
Le quotidien en MPSI (Mathématiques, Physique et Sciences de l’Ingénieur) puis en MP* (Maths Physique) est dense, mais structuré. Les journées commencent tôt avec des cours chargés, et le soir, Oussama consacre en moyenne 3 à 4 heures de travail personnel: révisions, exercices, approfondissement des notions vues en cours. Les khôlles, hebdomadaires rythment la semaine. Elles ne sont pas seulement un exercice de style oral, elles le forcent à rester à jour en permanence, à évaluer lucidement sa maîtrise des cours, et constituent une vraie préparation aux examens oraux. «Ce que j’ai peut-être le moins anticipé avant d’entrer en prépa, c’est à quel point le travail en groupe allait devenir central dans ma méthode. Personnellement, je privilégiais le travail de groupe: confronter nos approches sur un problème de maths ou de physique permettait d’avancer bien plus vite que seul, et surtout d’explorer des angles que l’on n’aurait jamais envisagés individuellement. L’ambiance entre élèves était à cette image: une compétition saine, mais jamais au détriment de l’entraide. On se tirait vers le haut mutuellement, plutôt que de se barrer la route.»
Le LYMED lui apporte bien plus qu’un simple bagage scolaire. Académiquement, il débloque son potentiel. «Cette transformation s’est concrétisée de manière presque catégorique: entre le premier et le deuxième trimestre de ma première année, puis entre la fin de la première année et la deuxième, j’ai vécu une progression réelle et visible. J’avais des notes moyennes voire médiocres au départ. Grâce à l’encadrement personnalisé, les khôlles, le soutien des professeurs et les séances de renforcement, j’ai pu monter en niveau jusqu’à obtenir d’excellentes notes au troisième trimestre et intégrer la MP*. Mais au-delà du scolaire, le LYMED nous encourage à ne pas nous réduire aux sciences dures. Les langues, la culture générale et le sport font partie intégrante de la formation. C’est cette vision globale de l’excellence qui m’a le plus transformé.»
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Porté par la Fondation Tanger Med, le LYMED s’est affirmé comme un véritable levier d’excellence. Classé en 2026 première classe préparatoire hors Hexagone par L’Étudiant, et deuxième prépa étrangère pour les admissions à Polytechnique sur les 3 dernières années selon Le Figaro en 2026, l’établissement dépasse largement le cadre d’une simple formation académique. Il ne s’est pas contenté de préparer Oussama aux concours: il l’a aidé à se transformer, à gagner en confiance et à élargir sa vision de l’excellence.
Le déclic pour Polytechnique survient dès le début de la MPSI. Au départ, ses notes le font douter, mais son acharnement finit par payer. À force de se mesurer aux annales du concours de l’X, le doute s’efface: ce qui semblait inaccessible commence à devenir possible. «Je me suis rendu compte que les problèmes n’étaient pas hors de portée. Combiné à la qualité de l’encadrement au LYMED, j’ai fini par me dire: pourquoi pas moi? Ce n’était pas de l’arrogance, c’était une conviction progressive, construite dans le travail.»
Les résultats de l’écrit puis des oraux à Paris déclenchent une joie intense, partagée avec ses camarades du LYMED, ses professeurs et sa famille. «Une joie collective, presque plus grande que personnelle. Mais il n’y avait pas de célébration excessive ni d’orgueil, parce que nous savions tous que c’était une étape franchie, pas une finalité. Il restait les oraux à réussir, et cette lucidité nous a gardés concentrés.» Ses parents éprouvent une fierté aussi discrète que profonde: celle de ceux qui, l’ayant soutenu depuis le premier jour, voient aujourd’hui leur conviction récompensée.
En arrivant à Polytechnique, le choc est ailleurs. «Ce qui m’a le plus frappé, c’est la diversité des profils. En prépa, tout le monde suivait plus ou moins le même chemin. À l’X, on se retrouve aux côtés d’élèves qui vont emprunter des directions radicalement différentes: certains se dirigent vers les mathématiques, d’autres vers la biologie, l’informatique, la mécanique, les sciences politiques… chacun construit son propre parcours. C’est un vrai choc, dans le bon sens du terme.» Sur le plan académique, la différence avec la MP est immédiate, la charge de travail est nettement moins lourde, la pression retombe. «On passe d’un rythme de survie à quelque chose de plus respirable.» L’intégration à Saclay se fait progressivement, portée par une organisation de vie assez unique. «On vit dans un bâtiment avec sa section sportive, on partage des activités, on organise des événements ensemble. Et la multitude d’associations et d’activités proposées sur le campus permet de trouver sa place, de s’engager, et finalement de se sentir vraiment chez soi.»
Aujourd’hui, à l’École Polytechnique, Oussama s’est orienté principalement vers le domaine de l’intelligence artificielle, un choix qui s’est concrétisé par de nombreux projets de recherche et expériences professionnelles dans ce domaine. En parallèle, il prend des cours d’économie pour construire un profil plus polyvalent, et des cours de mathématiques théoriques pour nourrir sa passion pure pour la discipline. Il suit également des cours de langues, de sciences humaines et sociales, et de sciences de l’organisation et du management, qui le sortent de la casquette du scientifique pur pour construire un ingénieur complet, capable de penser au-delà de son domaine d’expertise.
Pour les 5 à 10 prochaines années, il se projette clairement «En ce moment, l’IA est le domaine qui me fascine le plus. Sur le moyen terme, je me projette sur une carrière dans la recherche en intelligence artificielle. Je veux aller au fond des choses, comprendre les mécanismes, contribuer à faire avancer la discipline.» Il cultive néanmoins une certaine flexibilité: «Mon expérience à Polytechnique m’apprend à rester ouvert: les cinq à dix prochaines années réservent sans doute des surprises que je ne peux pas encore anticiper.»
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Et le Maroc dans tout cela? «Bien sûr. Je suis le produit d’une éducation marocaine publique et gratuite, du primaire jusqu’aux classes préparatoires. Je suis fier de ce parcours et je me sens redevable envers le pays qui l’a rendu possible. Concrètement, mon plan est d’acquérir de l’expérience à l’international, d’absorber ce qui se fait de mieux dans mon domaine, puis de mettre cette expérience au service du Maroc, que ce soit dans l’application de l’IA dans les industries nationales ou dans le développement de la recherche sur place.»
Avant de conclure, Oussama adresse un message puissant à celui qu’il était au lycée, ce jeune qui doutait de lui et se sentait «faible» face aux élèves du privé: «Je lui dirais d’abord de ne pas confondre le manque d’information avec le manque de potentiel. Beaucoup d’élèves du public se sentent inférieurs non pas parce qu’ils le sont, mais parce qu’ils n’ont pas eu accès aux mêmes codes, aux mêmes réseaux, aux mêmes repères. Ce n’est pas une question de capacité, c’est une question d’exposition. Je lui dirais aussi que le doute est normal, mais qu’il ne doit jamais devenir une limite. Le travail acharné compense beaucoup de choses. Et surtout, je lui dirais de ne pas se fixer des plafonds avant même d’avoir essayé. Le Oussama du lycée ne savait pas ce qu’il était capable de faire.»




