Le secteur agricole marocain affiche une vitalité retrouvée après des années de sécheresse persistante. Portée par une pluviométrie exceptionnelle et une stratégie ambitieuse, la campagne agricole 2025-2026 s’annonce comme un tournant. Dans un entretien accordé au magazine hebdomadaire Challenge, Ahmed El Bouari, ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, dresse un bilan optimiste, tout en soulignant les défis à relever pour consolider cette dynamique, notamment dans le domaine de l’élevage et de la souveraineté alimentaire.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes: au 10 avril 2026, le cumul pluviométrique moyen national atteint 520 millimètres, soit une hausse de 54% par rapport à une année normale et le double de la campagne précédente. «Cette embellie se traduit concrètement sur le terrain, avec une amélioration notable des parcours pastoraux, une réduction de la pression sur l’alimentation du cheptel et une recharge significative des ressources hydriques», explique le ministre. Les barrages, dont le taux de remplissage dépasse désormais les 75 %, affichent un stock d’eau de plus de 10 milliards de mètres cubes, soit une augmentation de 6 milliards depuis fin novembre 2025. «Cette évolution permet de sécuriser les programmes de cultures et d’accompagner la relance de la production dans les zones irriguées», précise-t-il.
Les grandes cultures, et notamment les céréales, bénéficient pleinement de cette conjoncture favorable. Les superficies emblavées atteignent 3,9 millions d’hectares, soit une progression de 45% par rapport à la campagne précédente. «Environ 83% des superficies céréalières sont jugées en bon à très bon état, et les pluies du mois d’avril permettront d’améliorer significativement les rendements», souligne Ahmed El Bouari. Les légumineuses et les cultures fourragères ne sont pas en reste, avec des superficies en hausse respective de 123 000 et 434 000 hectares. «Ces réalisations traduisent le retour de la confiance des agriculteurs après plusieurs années de sécheresse», ajoute-t-il.
Six ans après son lancement, la stratégie Génération Green 2020-2030 commence à porter ses fruits, écrit Challenge. «Sur le plan productif, la mise en œuvre des contrats-programmes a soutenu la performance des filières», indique le ministre. La production maraîchère a ainsi atteint 8,1 millions de tonnes entre 2023 et 2025, tandis que celle des agrumes a progressé de 24 % en 2024-2025. Les exportations agricoles, quant à elles, ont bondi de 52,7 % pour atteindre 62 milliards de dirhams. «Des progrès structurants ont été réalisés en matière de commercialisation et de valorisation, à travers la modernisation des marchés de gros et la construction d’abattoirs modernes», détaille Ahmed El Bouari.
La gestion de l’eau reste au cœur des priorités. «Plus de 900 000 hectares sont désormais équipés en irrigation localisée, et des projets d’interconnexion ont permis de mobiliser d’importantes ressources», souligne-t-il. Le dessalement de l’eau de mer, avec des stations comme celle de Chtouka (100 millions de mètres cubes pour 15 000 hectares), s’impose comme une solution d’avenir. «Le recours au dessalement se développe également, avec la station de Dakhla en cours d’achèvement», précise le ministre.
Sur le plan social, la stratégie «Génération Green» vise à faire émerger une classe moyenne agricole, avec 1,5 million d’agriculteurs désormais immatriculés à la protection sociale. «Nous avons également encouragé l’entrepreneuriat des jeunes, avec plus de 42 500 bénéficiaires accompagnés», ajoute El Bouari. Les projets d’agrégation et d’agriculture solidaire, couvrant 108 000 hectares, contribuent au développement des zones rurales.
Pourtant, des défis persistent, notamment dans le domaine de la production animale, thème central du SIAM 2026. «La souveraineté alimentaire du Maroc, notamment en matière de production animale, requiert une approche globale et intégrée», insiste le ministre. Le stress hydrique, la dégradation des parcours pastoraux et la dépendance aux importations d’aliments de bétail restent des enjeux majeurs. «Nous déployons un ensemble de leviers, comme le développement des filières animales, la sécurisation du cheptel et la réhabilitation des parcours», explique-t-il.
Un plan de relance du cheptel national, lancé en 2025, vise à soutenir les éleveurs à travers des aides financières, des campagnes de vaccination et un encadrement technique. «À ce jour, le nombre de bénéficiaires a atteint 1,2 million, pour un montant global décaissé de 5,55 milliards de dirhams», précise El Bouari. Ce programme, qui s’appuie sur un recensement précis du cheptel (32,8 millions de têtes), marque une étape clé dans la reconstitution des troupeaux après des années de sécheresse.
Alors que le Maroc se dirige vers une suspension temporaire des importations de blé tendre, la campagne agricole 2025-2026 s’annonce comme un symbole de résilience et de renouveau. «Les évolutions climatiques récentes, en particulier les récentes précipitations, ont contribué à renforcer les disponibilités hydriques et à améliorer les conditions pour le cheptel», conclut le ministre. Dans un contexte marqué par les incertitudes climatiques et économiques, le secteur agricole marocain semble enfin retrouver des couleurs, porté par une stratégie ambitieuse et des conditions météorologiques favorables.




