Ce que dit l’inauguration de l’usine de Pratt & Whitney à Nouaceur sur l’écosystème aéronautique national

Pratt & Whitney inaugure son usine à Casablanca

Lors de l’inauguration de l’usine de Pratt & Whitney. (S.Belghiti/Le360)

Le 21/04/2026 à 20h53

VidéoPratt & Whitney a inauguré, ce mardi 21 avril, son usine à Midparc. Pas moins de 76 millions de dollars investis, 1,3 million d’heures de travail, une installation de 27.871 m², 77 employés en poste et 20 en formation... pour fabriquer des composants statiques et structurels complexes essentiels à une large gamme de moteurs. Les détails.

Près de deux ans après la pose de la première pierre, le 27 mai 2024, Pratt & Whitney a inauguré son usine à Casablanca. Une installation ultramoderne qui va produire des composants moteurs de très haute précision, un domaine technologique longtemps réservé à quelques puissances industrielles établies, comme l’ont expliqué les responsables du motoriste ce mardi 21 avril à Nouaceur à l’occasion du démarrage de l’exploitation de ce site.

L’établissement occupe un site de 27.871 m², dont 12.000 m² dédiés au bâtiment de fabrication. L’investissement total atteint 76 millions de dollars, financé à hauteur de 25% par le gouvernement, selon Laurent Bouyer, vice-président opérations de Pratt & Whitney Canada.

Détaillant les motivations de ce choix d’implantation, Laurent Bouyer a d’abord mis l’accent sur la réalité du marché. «La demande croissante que l’on a pour les moteurs d’avion, que ce soit pour les moteurs d’hélicoptères, des avions régionaux, des avions business jet ou l’aviation commerciale, est tellement importante qu’on a besoin de créer de la capacité. Et donc, on a fait le choix stratégique de venir ici au Maroc», a-t-il souligné.

«Après avoir fait une comparaison mondiale des endroits où il fallait qu’on se positionne. On a décidé que ça serait le Maroc. On a décidé que ça se ferait ici à Casablanca et que c’est là que, stratégiquement, dans la durée, on viendrait construire tout un écosystème et toute une industrie autour de la fabrication des pièces de moteurs d’avion», a-t-il relevé.

Le Maroc présentait plusieurs avantages concurrentiels décisifs. D’abord, une base industrielle existante. «Il y avait déjà un écosystème avec un certain nombre de partenaires qui sont déjà ici présents», a noté Laurent Bouyer. Collins Aerospace, filiale du groupe RTX auquel appartient Pratt & Whitney, s’est établi au Maroc depuis 2012.

Deuxièmement, le Maroc dispose d’un vivier de talents suffisant pour soutenir ce type d’opération. «Plusieurs personnes présentent un vrai intérêt pour l’industrie aéronautique. Et puis il y a beaucoup d’instituts de formation, notamment l’Institut des métiers de l’aéronautique (IMA), qui nous ont beaucoup aidés», a précisé le vice-président opérations de Pratt & Whitney Canada.

Bianca Fontaine, présidente de Pratt & Whitney Maroc, a, elle aussi, insisté sur le niveau des compétences embauchées. «Des fois on dit que ce sont des plus petits moteurs, mais ce sont des moteurs performants et donc on a les pièces de précision qu’il faut fabriquer. Les talents qu’on a réussi à embaucher à ce jour sont remarquables et on est extrêmement satisfaits», s’est-elle félicitée.

Troisièmement, le Maroc offre un engagement constant en faveur du développement des filières aéronautiques. «Il existe aussi une volonté politique affirmée de structurer l’enseignement aéronautique, ce qui nous permettra, à nous industriels, de former et d’accompagner nos collaborateurs dans les métiers de la fabrication de pièces et progressivement dans d’autres secteurs aéronautiques», a soulevé Laurent Bouyer.

L’Institut des métiers de l’aéronautique (IMA) est devenu un partenaire clé de ce dispositif de formation. La présidente de Pratt & Whitney Canada a mentionné cette collaboration: «Grâce à notre collaboration avec l’IMA, nous formons déjà une troisième cohorte de professionnels qui bénéficieront d’emplois de grande qualité au sein de notre usine.»

L’usine s’appuie sur des technologies de production de pointe importées de l’étranger. Le vice-président opérations de Pratt & Whitney Canada a décrit un parc d’équipements au plus haut niveau, composé de machines parmi les plus avancées au monde pour ce type de pièces, issues des principaux pays industriels.

Cette parité technologique avec les installations canadiennes ou polonaises garantit une qualité homogène des composants, indépendamment du site de production. Pratt & Whitney s’appuie sur une infrastructure manufacturière mondiale répartie sur plusieurs continents. Laurent Bouyer a décrit un dispositif industriel déjà largement déployé, notamment au Canada, en Europe ainsi qu’en Chine. Il a souligné que l’implantation au Maroc vient compléter ce maillage afin d’élargir le portefeuille de pièces produites et de répondre à la hausse de la demande, évoquant «une vraie étape historique» pour le motoriste.

L’usine débute avec une gamme spécifique de produits et des perspectives d’expansion. Le vice-président opérations de Pratt & Whitney Canada a précisé le périmètre initial, évoquant un lancement avec environ 55 types de pièces, avant une montée progressive en cadence. Il a indiqué que l’objectif fixé à l’horizon 2030 est d’atteindre une capacité de production supérieure à 6.400 pièces par an.

Ces composants servent plusieurs familles de moteurs. Laurent Bouyer a énuméré les applications. «On parle de PT6, des moteurs uniques de très haute fiabilité, mais aussi de PW500, PW300, qui sont des moteurs pour les business jets. Ces applications exigent une très haute précision, particulièrement sur les aspects de performance technique et d’acoustique. La qualité de fabrication que nous développons ici correspond aux meilleurs standards mondiaux. Nous produisons également des composants pour le GTF, les moteurs commerciaux de notre maison mère Pratt & Whitney USA, destinés à l’aviation commerciale», a-t-il détaillé.

Après production au Maroc, les pièces sont expédiées vers les centres d’assemblage moteurs au Canada, où elles seront intégrées avec d’autres composants pour former les moteurs finis. Une configuration de production géographiquement distribuée qui permet à Pratt & Whitney d’optimiser son empreinte manufacturière mondiale, note-t-il.

Construite en quinze mois seulement, l’usine a établi un record de sécurité dès sa phase de construction. Pas moins de 1,3 million d’heures de travail se sont déroulées sans un seul accident. Sur la période 2026-2030, l’emploi devrait passer d’environ 80 personnes à 200 employés. Laurent Bouyer a fourni le calendrier de croissance.

«Nous avons déjà recruté et formé 77 personnes. Des cohortes sont actuellement en formation, et une soixantaine de collaborateurs supplémentaires nous rejoindront avant la fin du mois de juin, puis à la fin de l’année. Notre objectif est d’atteindre environ 200 salariés d’ici 2030, tous spécialisés dans l’usinage de haute précision», note-t-il. Le transfert de savoir-faire depuis les sites existants vers l’équipe de Nouaceur est un élément critique de cette expansion. La présidente de Pratt & Whitney Canada, Maria Della Posta, a insisté sur ce mécanisme.

Le signal que le Maroc envoie aux industriels

Hamid Benbrahim El Andaloussi, président de Midparc, a, quant à lui, soulevé l’importance stratégique de cet investissement. «Le moteur, c’est le sommet de la technologie aéronautique, le concentré d’innovation, le cœur de la création de valeur. Et lorsqu’un pays accède à la technologie moteur, incontestablement, il change de dimension dans l’industrie aéronautique. C’est un signal très fort», a-t-il signalé.

L’usine s’inscrit dans un effort de développement plus large de Midparc comme pôle aéronautique. Présentant cette vision, Benbrahim El Andaloussi a souligné qu’«aujourd’hui, avec cette usine, avec des projets similaires qui sont en train d’être édifiés à Midparc, pas loin d’ici, notre pays intègre un ancrage stratégique avec les pays leaders de la construction aéronautique».

Il a également replacé le projet dans son contexte historique. «Les premières équipes de Pratt & Whitney Canada que j’ai reçues remontent à à peu près une dizaine d’années. C’est toujours un bonheur, l’ouverture d’une nouvelle usine. C’est comme une naissance. Une naissance qui crée de l’avenir. De l’avenir pour l’entreprise qui l’a édifiée, pour les talents qu’elle engage et qu’elle accueille, et pour toute la communauté qui l’accueille et partage avec elle son destin. Et toute naissance est un symbole de bonheur», a-t-il noté.

Benbrahim El Andaloussi a, en outre, insisté sur la singularité de ce moment. «Mais aujourd’hui, ce n’est pas une naissance comme les autres. Avec la première usine de Pratt & Whitney, et tant d’autres, nous sommes en train de mettre pleinement le pied dans le cœur de l’aéronautique, le moteur», a-t-il dit.

À noter que Pratt & Whitney est une filiale du groupe RTX, l’un des principaux équipementiers de défense et d’aéronautique mondiaux. Le motoriste conçoit et fabrique des moteurs pour l’aviation militaire, commerciale et civile depuis 1925. Il assure le support de plus de 90.000 moteurs en service grâce à son réseau de centres de maintenance, de réparation et de révision.

RTX, qui emploie plus de 180.000 personnes dans le monde, génère un chiffre d’affaires annuel d’environ 88 milliards de dollars. Son siège social est basé à Arlington, en Virginie.

Par Hajar Kharroubi et Sif Belghiti
Le 21/04/2026 à 20h53