Présenté le 20 avril par le ministre français de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, ce nouveau plan baptisé «Choose France for Higher Education» marque une nouvelle étape après la stratégie «Bienvenue en France», lancée en 2018.
Concrètement, dès la rentrée 2026, la plupart des étudiants étrangers non ressortissants de l’Union européenne devront s’acquitter de droits d’inscription fortement revalorisés dans les universités publiques françaises. Les frais en licence passeront ainsi à 2.895 euros par an, contre 178 euros actuellement pour les étudiants français et européens. En master, ils atteindront 3.941 euros par an, contre 254 euros aujourd’hui.
Cette mesure concernera principalement les nouveaux arrivants ainsi que les étudiants qui changent de cycle, notamment ceux qui terminent une licence et souhaitent poursuivre en master. Pour les étudiants marocains, qui représentent l’une des plus importantes communautés étudiantes étrangères en France, cette réforme pourrait donc avoir un impact direct sur les projets de mobilité académique. Seule exception, les étudiants boursiers, qui ne seront pas concernés par cette hausse.
Fin des exonérations massives
Jusqu’à présent, de nombreuses universités françaises contournaient l’application des frais différenciés grâce à des exonérations importantes. Ainsi, seule une dizaine d’établissements sur 78 appliquaient réellement ces nouveaux tarifs, parmi lesquels La Rochelle, Le Havre, Grenoble Alpes ou encore Paris Panthéon-Assas.
Mais le ministre de l’Enseignement supérieur entend désormais mettre fin à cette pratique. «Les universités ne pourront plus édicter d’exonérations massives. Elles seront réservées à des cas très précis», a-t-il déclaré au quotidien Le Parisien. Lesquels? Selon le nouveau dispositif, trois catégories d’étudiants extra-communautaires se dessineront: la majorité, qui paiera les nouveaux tarifs; 10% des étudiants qui pourront être exonérés dans chaque université; enfin, les meilleurs profils, qui pourront quant à eux bénéficier d’une bourse du gouvernement français.
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L’objectif affiché est également budgétaire. En effet, la mesure pourrait rapporter environ 250 millions d’euros par an aux universités françaises d’ici deux à trois ans.
Une priorité donnée aux filières scientifiques
Outre l’augmentation des frais de scolarité pour les étrangers, le second axe du plan «Choose France for Higher Education» vise aussi à attirer davantage d’étudiants internationaux dans les secteurs jugés stratégiques pour l’économie française.
À travers cette mesure très décriée, le gouvernement souhaite notamment renforcer les effectifs dans le numérique, l’intelligence artificielle, le quantique, les biotechnologies, ainsi que les formations d’ingénieurs et de techniciens. Et pour cause, selon Philippe Baptiste, la France a besoin chaque année de 40.000 ingénieurs et 40.000 techniciens pour soutenir sa réindustrialisation.
Ainsi, face à l’incapacité de couvrir ces besoins avec les étudiants français et européens, le pays entend désormais prioriser les candidatures internationales correspondant à ces profils. 60% des bourses du gouvernement français destinées aux étudiants étrangers leur seront donc réservées.
Pour les étudiants marocains issus des filières scientifiques, cette orientation pourrait donc représenter une opportunité supplémentaire d’accès aux bourses et aux formations.
Une réforme vivement critiquée
Face à cette mesure qui s’appliquera dès la rentrée prochaine, les organisations étudiantes françaises se mobilisent afin de dénoncer son caractère jugé discriminatoire et socialement dangereux. Suzanne Nijdam, présidente de la FAGE, première organisation étudiante en France, rappelle à cet effet que les étudiants étrangers figurent parmi les plus touchés par la précarité, et représentent plus de 60% des bénéficiaires des épiceries solidaires étudiantes.
Même son de cloche du côté de l’UNEF et de l’Union étudiante, qui dénoncent une mesure susceptible d’exclure des milliers d’étudiants de l’accès à l’enseignement supérieur français.
Mais les organisations étudiantes ne sont pas seules à se mobiliser car au sein même de France Universités, ce nouveau plan fait débat et a suscité une levée de boucliers du côté des présidents d’université.
Dans un communiqué publié le 22 avril, ceux-ci estiment ainsi que cette réforme constitue un «nouveau coup porté à l’autonomie des universités» et qu’elle «heurte les valeurs humanistes d’accueil et d’ouverture».
France Universités, par la voix de ses présidents, alerte aussi sur le risque d’éviction des étudiants issus des pays les plus défavorisés, ainsi que sur les conséquences possibles pour la recherche, rappelant que «la science ne connaît pas de frontière». Et de juger par ailleurs le calendrier «pas réaliste», les étudiants internationaux ayant déjà largement orienté leurs choix pour la rentrée de septembre 2026.
Le gouvernement français, quant à lui, assume pleinement cette stratégie d’«immigration estudiantine choisie», affirmant vouloir attirer des talents internationaux tout en réorganisant l’accueil autour des besoins économiques du pays.




