L’industrie aéronautique marocaine franchit un nouveau palier stratégique en délaissant la simple sous-traitance au profit de la production de composants complexes et critiques. «Portée par l’arrivée de motoristes et de spécialistes des systèmes de trains d’atterrissage, la filière connaît une accélération marquée par une forte montée en compétences et en valeur ajoutée», indique le quotidien L’Economiste dans son édition du lundi 8 juin.
La zone industrielle de Midparc, à Nouaceur, illustre cette dynamique en accueillant déjà une trentaine de géants mondiaux. Parmi eux, Airbus y exploite deux usines, tandis que le leader des matériaux composites Hexcel y développe son troisième site. D’autres acteurs majeurs comme Eaton, Thales, NSE, Masterflex et les Ateliers de la Haute-Garonne y renforcent la chaîne de valeur.
Cette attractivité se confirme par de nouveaux mouvements stratégiques, à l’image du groupe français Daher, qui s’apprête à transférer une partie de sa production de composants standardisés pour les programmes Airbus A320, A330 et A350 de Tarbes vers son site de Tanger. Ce transfert, planifié entre septembre 2026 et la fin de l’année 2027, vise à optimiser les coûts de production grâce à l’assemblage de revêtements composites et métalliques. «En parallèle, le motoriste américain Pratt & Whitney a inauguré, en avril dernier, une importante usine à Midparc afin de soutenir sa chaîne d’approvisionnement mondiale, un projet qui prévoit la création de 200 emplois d’ici 2030», souligne L’Economiste.
De son côté, Safran accentue également sa présence en augmentant sa production marocaine de trains d’atterrissage, des équipements de haute technologie soumis à des normes strictes.
Cité par L’Economiste, Hamid Benbrahim El Andaloussi, président honoraire du Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (Gimas), explique que «la diversité de ces grands groupes, qui misent sur la compétitivité du Royaume, va stimuler une croissance à la fois quantitative et qualitative». Le secteur national, qui compte actuellement 155 entreprises, génère un chiffre d’affaires à l’export de 3 milliards de dollars et emploie 27 000 personnes. L’objectif affiché est désormais de doubler ce chiffre d’affaires d’ici cinq ans, soutenu par une croissance annuelle de 15%.
Cette forte demande des investisseurs se heurte toutefois à un défi de taille: la disponibilité du foncier. Midparc approchant de la saturation, le Gimas, en collaboration avec la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) et le ministère de l’Industrie, mène actuellement des études pour libérer de nouvelles réserves foncières et planifier une extension à moyen terme autour de la plateforme de Nouaceur.
Si le Maroc s’appuie sur des incitations fiscales attrayantes, notamment une exonération d’impôts de cinq ans suivie d’un taux normal de 20%, les professionnels du secteur s’accordent à dire que l’avantage fiscal ne constitue plus le principal levier. Le véritable moteur de cette attractivité durable réside désormais dans la disponibilité de talents qualifiés et dans la compétitivité à long terme de l’écosystème marocain.


