Finance participative: les raisons d’un décollage plus lent que prévu

Loin des objectifs fixés à son lancement, la finance participative n'affiche en 2026 qu'une part de marché de 3 % pour les financements et de 1 % pour les dépôts, près de dix ans après son introduction au Maroc.. DR

Revue de pressePrès de dix ans après son introduction dans le Royaume, la finance participative n’affiche en 2026 qu’une part de marché de 3% pour les financements et de 1% pour les dépôts, loin des ambitions de départ. Entre hyperconcentration sur la Mourabaha immobilière, frilosité des maisons-mères et retards structurels dans l’achèvement de l’écosystème, l’expert Ahmed Tahiri Jouti décrypte les freins qui bloquent encore l’essor de cette industrie. Cet article est une revue de presse tirée de Finances News Hebdo.

Le 07/06/2026 à 20h08

Près d’une décennie après son lancement au Maroc, la finance participative affiche un bilan en deçà des prévisions initiales. Alors que les projections de départ tablaient sur une part de marché de 5% après cinq ans et de 8 à 10% au bout de dix ans, le secteur ne représente en 2026 qu’environ 3% des financements bancaires et s’établit à près de 1% pour les dépôts. Dans un entretien accordé au magazine Finances News Hebdo, Ahmed Tahiri Jouti, expert en finance durable, finance participative et technologies financières, relève que ce décalage s’explique par des facteurs conjoncturels, comme la crise sanitaire liée au Covid-19, qui a ralenti l’économie pendant deux ans, mais surtout par des raisons structurelles.

L’expert souligne que le développement de cette finance requiert la construction d’un écosystème complet impliquant toutes les parties prenantes, une réussite observée dans l’immobilier mais difficile à reproduire ailleurs. Dans le secteur automobile, les établissements participatifs se heurtent à des acteurs historiques solidement implantés, tandis que le déploiement auprès des entreprises reste progressif en raison de la prudence des banques et des délais de certification des produits. De plus, le retard enregistré au niveau des dépôts est accentué par la faible densité du réseau physique des banques participatives face aux réseaux conventionnels, un écart que le digital ne parvient pas encore à compenser. «Le retard par rapport aux prévisions initiales ne traduit pas un manque d’intérêt pour la finance participative, mais plutôt la complexité de construire des écosystèmes complets dans un environnement bancaire déjà mature et fortement concurrentiel», résume Ahmed Tahiri Jouti.

Cette situation engendre une forte concentration de l’activité: plus de 80% des financements participatifs restent concentrés sur la Mourabaha immobilière. Ahmed Tahiri Jouti explique que l’écosystème du financement immobilier est aujourd’hui parfaitement opérationnel et répond à une forte demande, puisque près d’un Marocain sur deux finançant une acquisition immobilière participative choisit la Mourabaha.

Bien que cette proportion ait diminué par rapport aux 92% enregistrés en 2017 et 2018, la diversification est freinée par le manque de positionnement de certaines banques sur d’autres marchés et par des contraintes de capitalisation. «Les établissements participatifs manquent en effet de fonds propres pour investir massivement le segment des grandes entreprises», lit-on dans Finances News.

Parallèlement, les produits emblématiques tels que la Moucharaka, la Moudaraba ou la Salam peinent à s’imposer dans le financement des entreprises marocaines. La formule Salam a été lancée par quelques établissements avec des résultats satisfaisants, mais son absence de généralisation relève d’un choix stratégique, certaines banques ne s’étant pas orientées vers les entreprises. Quant à la Moucharaka et à la Moudaraba, leur faible utilisation n’est pas une exception marocaine puisqu’elles ne représentent que 3% des encours dans des marchés matures comme la Malaisie. Ces solutions se heurtent aux préférences des entrepreneurs, qui privilégient la visibilité des coûts fixes, contrairement à la Moucharaka, qui impose un partage des profits. «Les limites observées ne proviennent pas uniquement de l’offre bancaire. Elles tiennent également aux préférences des entreprises elles-mêmes, qui privilégient souvent des mécanismes de financement plus classiques et offrant davantage de visibilité sur leur coût», précise l’expert.

Pour franchir un nouveau cap, la responsabilité est partagée entre les autorités financières et les banques. Du côté des autorités, le principal défi réside dans l’absence d’un marché interbancaire participatif pleinement intégré, ce qui oblige les établissements à dépendre de leurs maisons-mères pour leur refinancement. Le développement d’un marché des capitaux via des émissions de sukuk et le renforcement des produits d’investissement participatifs constituent des priorités pour attirer les dépôts.

Du côté des banques participatives, qui ont désormais atteint un premier seuil de rentabilité, le frein réside dans l’approche de leurs actionnaires. Alors que ces filiales ont besoin de stratégies d’expansion pour exploiter leur potentiel, les groupes bancaires privilégient des logiques de stabilisation, de maîtrise des coûts et de limitation des risques. Ahmed Tahiri Jouti conclut qu’il s’agit «de permettre à ces banques de poursuivre leur croissance, car, dans un contexte où la demande subsiste, elles pourraient devenir un véritable relais de développement pour leurs groupes respectifs».

Par La Rédaction
Le 07/06/2026 à 20h08