Et si, pour une fois, tout allait bien?

Soumaya Naâmane Guessous.

Soumaya Naamane Guessous.

ChroniqueAujourd’hui, c’est mon 300e article sur Le360. Permettez-moi alors de prendre un risque inconsidéré. Une audace pour une chroniqueuse: ne pas râler.

Le 15/05/2026 à 11h13

Pas une plainte. Pas une revendication. Pas d’indignation. Tout est beau.

Le monde tourne rond. Les humains sont formidables. Et leurs dirigeants… exemplaires.

Les informations sont rassurantes. Plus de conflits, plus de tensions. Dissouts dans un grand élan de compréhension universelle. Les débats sont apaisés, les réseaux sociaux sont des espaces de courtoisie où toutes les informations sont réelles.

Dans la rue, les gens se sourient. Les automobilistes laissent passer les piétons avec élégance. Les klaxons ont disparu. Une discipline exemplaire dans la circulation.

Les files d’attente sont des lieux de convivialité, d’éclats de rire. Personne ne dépasse, personne ne s’agace. Le temps a ralenti, juste pour nous faire plaisir.

Les administrations répondent avec diligence et bienveillance.

Les dirigeants ont atteint un niveau de sagesse inédit. Ils décident pour le bien commun, sans calcul. Ils écoutent, ils dialoguent, ils anticipent et, surtout, ils reconnaissent leurs erreurs.

Même la météo s’y est mise: il fait beau quand il faut, il pleut quand la terre en a besoin.

Dans les maisons, les téléphones portables sont déposés à l’entrée, comme on laisserait les clés.

On se réunit sans ces engins de séparation et sans ce bruit constant qui coupe les regards et les phrases.

«Des citoyens qui agissent à leur échelle. Des familles qui tiennent. Des enfants qui rient encore. Des inconnus qui s’entraident sans caméra ni discours. Partout, des fragments d’humanité résistent. Et parfois, ils suffisent»

—  Soumaya Naamane Guessous

On discute vraiment, sans écrans pour voler l’instant. On s’écoute, on se répond, on se retrouve.

L’amour et la joie inondent les foyers.

Et moi, pour une fois, je n’ai rien à réclamer, à dénoncer, à corriger.

Je regarde autour de moi et je me dis que peut-être, il y a déjà un peu de tout cela dans nos vies. Des instants de grâce, discrets, que nous oublions vite parce que nous sommes occupés à traquer ce qui ne va pas.

Alors j’ai voulu faire une pause, une parenthèse, un clin d’œil. Faire comme si tout allait bien, pour se rappeler que parfois cela arrive.

Ces moments-là méritent aussi d’être racontés, pas pour nier le reste, mais pour ne pas l’oublier. Et si, pour une fois, on décidait d’y croire?

NON. Je ne vais pas râler. Juste ne pas laisser toute la place à ce qui ne va pas.

Regarder aussi ce qui tient, ce qui résiste, ce qui relie. Pas pour oublier, mais pour respirer.

Et si, pour une fois, tout allait bien?

Non, je ne vous parlerai pas de ces puissances qui décident, déplacent et redessinent des frontières à leur gré, pendant que d’autres subissent.

De ces conflits qui naissent loin des peuples, mais dont les conséquences s’invitent partout. Dans les prix qui grimpent, dans les budgets qui se resserrent, de la précarité qui minent les foyers.

Je ne parlerai pas des images que nous voyons chaque jour sans parvenir à les soutenir: ces civils, ces enfants, emportés dans des guerres qui ne sont pas les leurs. Ces vies suspendues, brisées, déracinées.

Les convois humanitaires qui avancent sur des routes abîmées. Ou empêchés d’avancer. Les tentes qui se dressent dans des camps improvisés.

Souvent, ces aides viennent des mêmes pays dont les décisions créent les désastres. Un étrange mécanisme: d’abord le fracas, puis le chaos, puis les secours.

Je ne vous dirai pas que quand vient le temps de reconstruire routes, ponts, hôpitaux, immeubles… Souvent, ce sont les entreprises de ces mêmes puissances qui emportent les marchés…

Ces mêmes puissances dont les usines à armement tournent à plein débit pendant les conflits et même après. Car les pays meurtris apprennent. Ils veulent se protéger. Alors ils s’arment: les usines de ceux qui alimentent ces déséquilibres tournent intensément. Elles enrichissent certains et rendent d’autres dépendants de ce même système. Le cycle continue.

Mais aujourd’hui, je ne vous en parlerai pas.

Je pourrais parler de la faim, de ces millions de vies suspendues à un repas incertain.

Du climat, de cette planète qui se réchauffe par ces mêmes puissances.

Non, j’ai choisi une pause.

Car au milieu de tout cela, il y a aussi autre chose: des gestes sincères, des solidarités réelles, des mains tendues sans calcul.

Des médecins qui sauvent, des journalistes téméraires, des bénévoles qui persistent. Des jeunes qui inventent, créent et refusent le cynisme. Des consciences qui s’éveillent.

Des citoyens qui agissent à leur échelle. Des familles qui tiennent. Des enfants qui rient encore. Des inconnus qui s’entraident sans caméra ni discours.

Partout, des fragments d’humanité résistent. Et parfois, ils suffisent.

Pour mon 300ème article, je choisis de regarder ce qui éclaire.

Et si, pour un instant, nous décidions tous de regarder ce qui va bien? Juste pour respirer. Juste pour vivre.

Et peut-être découvririons-nous que, malgré les blessures et les inquiétudes, la vie continue encore de nous offrir de petits miracles silencieux: un regard, une présence, une main tendue, un moment partagé. Oui il suffit simplement de changer de regard pour redonner un peu de lumière au monde… et à soi-même.

Par Soumaya Naamane Guessous
Le 15/05/2026 à 11h13