Algérie: des experts de l’ONU scandalisés par les persécutions visant les familles de disparus

Des familles de disparus algériens, photos de leurs proches à la main, réclament toujours vérité et justice, le 13 mai 2026.

Détentions au secret, arrestations sans mandat, fermeture d’associations... Des experts indépendants mandatés par l’ONU ont dressé un réquisitoire accablant contre Alger, accusé de s’en prendre aux proches de victimes de disparitions forcées.

Le 14/05/2026 à 08h00

Des experts indépendants des droits de l’Homme, mandatés par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, ont tiré la sonnette d’alarme sur une répression délibérée et méthodique visant les proches de victimes de disparitions forcées en Algérie. Détentions au secret, arrestations sans mandat, fermeture d’associations... les griefs accumulés contre Alger brossent le tableau d’un État qui entend museler ceux qui réclament vérité et justice.

Premier cas cité par les experts de l’ONU, celui de Rachid Ben Nakhla, appréhendé en avril 2026 dans des circonstances que les autorités algériennes refusent à ce stade d’éclaircir. Les experts ont exhorté Alger à «révéler immédiatement le sort et le lieu de détention» de ce militant et à «le libérer sans délai», peut-on lire dans un communiqué.

La liste des victimes ne s’arrête pas là. Les experts ont également fait état de la «détention arbitraire, y compris au secret» de trois autres personnes, Hamza Tellaa, Samia Bekouche et Slimane Hamitouche, «arrêtés sans mandat» avant d’être finalement relâchés. Des arrestations qui, même temporaires, n’en constituent pas moins des violations graves aux yeux du droit international.

Les experts de l’ONU sont catégoriques sur ce point. «Lorsque des agents de l’État refusent de reconnaître qu’une personne est détenue, ou dissimulent délibérément son sort ou le lieu où elle se trouve, de tels actes constituent une disparition forcée, même pour une courte durée», ont-ils signalé.

Leur seul crime: chercher leurs disparus

Tous quatre sont des «proches de victimes de disparition forcée et des membres d’organisations engagées dans des activités de défense des droits humains visant à établir le sort et le lieu où se trouvent les personnes disparues, notamment au sein du Collectif des familles de disparu·e·s en Algérie (CFDA) et de son association locale, SOS Disparus».

Les experts de l’ONU dénoncent d’ailleurs explicitement «le harcèlement et l’intimidation des proches des personnes disparues de force engagés dans la recherche de leurs êtres chers et dans la quête de vérité et de justice».

Ils ne s’y trompent pas. «Les familles des personnes disparues de force ont droit à la vérité. Toute entrave à ce droit aggrave leurs souffrances et exerce un effet dissuasif sur l’ensemble de la société civile», ont-ils déclaré.

Alger a également ciblé les structures associatives elles-mêmes. Le 16 mars 2026, les autorités algériennes ont procédé à la fermeture et à la mise sous scellés des locaux de SOS Disparus, «au motif d’absence d’autorisation préalable». Un prétexte administratif que les experts ont accueilli avec scepticisme.

Ils ont regretté que «de telles restrictions indues puissent empêcher concrètement les familles de personnes disparues de se réunir, de s’organiser et de mener des activités liées aux disparitions forcées».

Alger face à ses obligations

Les experts de l’ONU ont mis Alger face à ses obligations, rappelant que «l’interdiction des disparitions forcées est absolue et impérative en droit international, entraînant une obligation non dérogeable d’enquêter sur ces actes et de veiller à ce que les responsables en rendent compte».

«L’Algérie a l’obligation de protéger les proches des personnes disparues ainsi que les défenseurs des droits humains contre toute forme de représailles, de harcèlement ou d’intimidation, tout en garantissant pleinement leurs droits à la liberté, à un procès équitable, à la liberté d’association et de réunion pacifique», ont-ils insisté.

Sur cette base, les experts de l’ONU ont appelé au «plein respect des garanties procédurales fondamentales» et à la fin des restrictions et représailles visant les membres du CFDA et de SOS Disparus. Ils ont également demandé la levée de la fermeture des locaux de l’association et la mise à disposition de «recours effectifs, y compris l’accès à la justice, pour contester la légalité de ces mesures».

Par Hajar Kharroubi
Le 14/05/2026 à 08h00