Il faut dire que le régime algérien n’a le choix qu’entre trois options. La première consiste à faire le constat lucide de l’échec du projet séparatiste et à accepter la volonté internationale de clore ce conflit au profit de la souveraineté marocaine.
La seconde serait de refuser cette dynamique en créant les conditions d’une tension régionale pouvant aller jusqu’à une confrontation militaire avec le Maroc, directement ou par proxies interposés.
La troisième consiste à louvoyer pour gagner encore du temps et prolonger le statu quo. Un statu quo bénéfique à l’usage politique que le régime algérien fait de cette aventure séparatiste, utilisée comme prétexte pour asseoir sa pérennité et maintenir sa prédation économique.
Il est vrai que la communication officielle algérienne conserve, sur ce dossier, sa posture autistique habituelle. Il n’est évidemment pas question de reconnaître la moindre défaite, encore moins d’admettre une victoire marocaine acquise au terme de cinq décennies de crise et de bras de fer entre Rabat et Alger.
Dans le discours du régime algérien, tout relève de la grandeur, de la gloire et des réalisations grandioses, alors que, dans le monde réel, tout n’est que mensonges et illusions. Cette communication de type stalinien ne parvient plus à masquer l’ampleur du fossé qui sépare la réalité du terrain — marquée par un triomphe diplomatique marocain — d’une réalité virtuelle qui continue de s’accrocher aux chimères séparatistes.
Malgré cette posture, les derniers soubresauts de la diplomatie algérienne montrent que les lignes commencent à bouger, en dépit des apparences. C’est en Turquie, et en présence du président Recep Tayyip Erdoğan, que Abdelmadjid Tebboune, évoquant la question du Sahara, a indiqué que son pays respecterait la légalité internationale.
Or, cette légalité internationale, incarnée notamment par les récentes résolutions des Nations unies, consacre clairement la prééminence du plan d’autonomie marocain comme unique solution à la question saharienne.
Tebboune avait déjà laissé entrevoir cette évolution lors de sa dernière sortie médiatique, en évoquant cette résolution dans des termes suffisamment conciliants pour que beaucoup y perçoivent un possible tournant dans la posture algérienne sur le dossier du Sahara.
«Les messages contradictoires que l’on peut percevoir dans le comportement du leadership algérien proviennent justement de cette difficulté à enfanter une nouvelle doctrine et une nouvelle vision algérienne des rapports de force dans la région.»
— Mustapha Tossa
Pour Alger, un autre horizon semble également commencer à se dégager, celui de la relation avec la France. Pendant longtemps, le régime algérien a affiché sa mauvaise humeur à l’égard de Paris, lui reprochant d’avoir reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara.
Cette crispation s’est traduite par plusieurs signaux politiques et diplomatiques: l’arrestation de l’écrivain Boualem Sansal, celle du journaliste Christophe Gleizes, mais aussi une réticence très politique à délivrer les laissez-passer consulaires nécessaires à la reprise des clandestins algériens expulsés par la France. À cela se sont ajoutées une suspension, voire un gel, de la coopération sécuritaire entre les deux pays.
Aujourd’hui, alors que la question du Sahara apparaît, sur le plan diplomatique et au regard de la légalité internationale, largement tranchée en faveur du Maroc, Alger ne semble plus avoir de véritable intérêt à maintenir la tension avec Paris.
Le pouvoir algérien continuait toutefois de détenir Christophe Gleizes, perçu par beaucoup comme une possible monnaie d’échange dans la relation bilatérale. Mais la décision de le libérer semble désormais avoir été actée par la hiérarchie militaire algérienne.
Cette issue passerait d’abord par une suggestion faite à la famille Gleizes de renoncer à la procédure d’appel dans son procès, afin de préparer les conditions d’une grâce présidentielle qui pourrait intervenir à l’occasion de l’Aïd Al-Adha, prévu le 27 mai prochain.
D’ailleurs, ces signaux d’apaisement ont déjà eu des répercussions sur le plan diplomatique. Emmanuel Macron a ainsi pris deux décisions majeures. La première consiste à envoyer la ministre déléguée chargée de la Mémoire et des Anciens combattants, Alice Rufo, participer aux commémorations des massacres de Sétif du 8 mai 1945. La seconde est d’ordonner le retour de l’ambassadeur Stéphane Romatet à son poste à Alger, qu’il avait quitté en avril 2025.
Ce réchauffement de l’axe Paris-Alger pourrait également influer sur les futurs choix diplomatiques du régime algérien dans ses relations avec son environnement régional et occidental. Alger cherche aujourd’hui à normaliser ses relations avec Washington ainsi qu’avec plusieurs pays de l’Union européenne. Mais cette démarche ne pourra réellement aboutir que si le régime algérien met fin à ses relations ambiguës avec certaines organisations séparatistes ou groupes armés actifs dans la région, à commencer par le Polisario, mais aussi des mouvances liées à Al-Qaïda ou à la question de l’Azawad.
Pour la communauté internationale, cette clarification est devenue indispensable si Alger veut échapper au label de pays parrain du terrorisme. Et les messages contradictoires que l’on peut percevoir dans le comportement du leadership algérien proviennent justement de cette difficulté à enfanter une nouvelle doctrine et une nouvelle vision algérienne des rapports de force dans la région.
Une vision qui ferait sortir le régime algérien de sa vocation atavique de pyromane pour l’amener vers une posture plus modérée et rationnelle, davantage centrée sur la défense des intérêts des Algériens plutôt que sur la poursuite d’illusoires appétits de domination.




