Sévèrement rappelé à l’ordre par les États-Unis, par la voie de leur ambassade à Alger, après l’attaque terroriste commise par son proxy du Polisario sur la ville marocaine d’Es-Smara, le régime algérien observe depuis un silence de mort.
D’habitude prompte à «rendre les coups», à multiplier les logorrhées, à lâcher sa meute médiatique et à renverser bien des tables, convoquant les représentants diplomatiques de l’adversaire du jour, rappelant les siens et décrétant dans la foulée «sanctions» et «mesures de rétorsion», le «Système» n’en a cette fois rien fait. Et pour cause: cette fois, il s’agit de Washington.
Tout a commencé le mardi 5 mai dernier, quand le Polisario, créé, hébergé, financé et armé par Alger, a eu l’outrecuidance de tirer des projectiles sur la ville d’Es-Smara. Deux déflagrations ont ainsi été enregistrées, blessant une femme. Dès le lendemain, mercredi, la mission des États-Unis auprès de l’ONU a dénoncé un acte résolument terroriste, fièrement revendiqué par la milice armée. «Nous condamnons les attaques du Front Polisario à Es-Smara. Une telle violence menace la stabilité régionale et les progrès réalisés vers la paix», pouvait-on lire sur le compte officiel X de la mission.
Depuis Alger, l’ambassade américaine sur place a lancé une mise en garde cinglante contre l’Algérie. «Le statu quo ne sert les intérêts de personne et ne peut plus durer», a martelé la représentation diplomatique dans un message publié sur X, vendredi 8 mai, tout en relayant la condamnation sans équivoque de cette agression par Washington.
Pour bien moins que cela, le régime algérien aurait remué ciel et terre et créé un véritable scandale. Sauf que cette fois, il n’y a rien eu. L’humiliation est d’autant plus grande que celui qui préside aux destinées de la représentation diplomatique américaine n’est (même) pas un ambassadeur, mais un chargé d’affaires. C’est Mark Schapiro, officialisé à ce poste en mars dernier. Expérimenté, Schapiro possède une connaissance approfondie de l’Algérie pour y avoir exercé entre 2007 et 2009 comme conseiller politique à l’ambassade américaine. Il y est surtout connu pour être critique à l’égard du régime et il est considéré comme «hostile» dans les cercles du pouvoir algérien. Du temps où il occupait le poste de conseiller politique à l’ambassade d’Alger, Schapiro avait d’ailleurs fait l’objet d’une véritable levée de boucliers pour avoir participé à l’organisation de rencontres entre diplomates américains et formations politiques algériennes. Il n’en fallait pas plus pour qu’il soit accusé d’ingérence dans les affaires internes. La preuve que les temps ont vraiment changé: dans le contexte actuel, le silence est total.
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Il y a mieux. Non seulement le régime algérien a dû s’écraser, mais il s’est de surcroît fait tirer les oreilles. Dans ce qui ressemble fort à une convocation, l’ambassadeur algérien à Washington, Sabri Boukadoum, a dû subir une nouvelle réunion avec Massad Boulos, le conseiller du président américain aux affaires arabes et africaines. En présence du même Schapiro au demeurant. Dans un long tweet qui se voulait diplomatique, le conseiller américain a rappelé non seulement les termes de la nouvelle relation entre Washington et Alger (la sécurité et les affaires), mais a fait sienne une phrase devenue un totem pour la diplomatie américaine s’agissant du Sahara: La solution, c’est maintenant.
«J’ai réitéré l’appréciation des États-Unis pour les efforts diplomatiques vitaux et continus de l’Algérie visant à promouvoir la paix et la sécurité dans la région, y compris son engagement constructif pour parvenir à une solution mutuellement acceptable au différend concernant le Sahara occidental, comme reflété dans la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies. Il est temps d’aboutir à une résolution». Moralité, et au cas où Alger ne l’a pas encore digéré: la résolution consacrant le plan d’autonomie sous souveraineté marocaine est le cadre de règlement. Les manœuvres, y compris le recours au terrorisme pour faire durer le conflit, sont bien comprises et sont toutes vouées à l’échec.
Alger aura beau s’agiter en coulisses en activant ce qui lui reste de cartouches, notamment le terrorisme, elle se sait vaincue. D’où également son profil bas vis-à-vis des États-Unis. Elle a d’ailleurs appris à ses dépens, et plutôt deux fois qu’une, que les bravades coûtent cher et ajoutent à l’humiliation. D’abord vis-à-vis de l’Espagne. En mars 2022, Madrid a officiellement reconnu le plan d’autonomie marocain comme l’unique solution au conflit sur le Sahara. Immédiatement après, l’Algérie a rompu ses relations diplomatiques, suspendu son traité d’amitié et réduit drastiquement ses échanges commerciaux avec l’Espagne. Cependant, après dix-huit mois de tensions, Alger a plié. Une normalisation s’est amorcée. En septembre 2023, les deux pays ont annoncé le rétablissement partiel de leurs relations diplomatiques, sans que le régime algérien n’ait obtenu la moindre concession.
Il y a ensuite eu la France. En août 2022, la France a officiellement reconnu la souveraineté du Maroc sur son Sahara. La décision a suscité l’ire du voisin, entraînant la suspension immédiate des dialogues politiques et la réduction des échanges économiques. Depuis, les deux pays sont allés de crise en crise… jusqu’à tout récemment. Vendredi 8 mai dernier, l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, qui avait été rappelé à Paris depuis avril 2025 sur fond de nouvelle crise avec Alger, retournait sur place. Dans la foulée, le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a confirmé la reprise des expulsions d’Algériens en situation irrégulière –dont Alger se servait comme arme dans la guerre des nerfs avec Paris–, évoquant le chiffre de 140 reconduites depuis le début de l’année. En échange, et là encore, l’Algérie n’a strictement rien obtenu.
Alger a eu beau s’agiter, elle comprend maintenant que le monde, à commencer par ses grandes puissances, lui a tourné le dos. Sur le Sahara comme sur tout le reste, l’Algérie n’a plus voix au chapitre.




