Accusations de fraude électorale: Benkirane crée la polémique puis garde le silence

عبد الإله ابن كيران، الأمين العام لحزب العدالة والتنمية

Abdelillah Benkirane.

Revue de presseUn ancien ministre accuse, des proches du PJD défendent et une polémique électorale vieille de vingt-cinq ans refait surface à quelques mois des législatives. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Assabah.

Le 08/05/2026 à 20h19

C’est une vieille histoire qui refait surface au moment où le Maroc s’apprête à renouveler son Parlement. Jamal Agmani, ancien ministre USFP, a relancé la polémique en accusant, dans une récente sortie médiatique, une «entité» d’avoir favorisé l’élection d’Abdelilah Benkirane à Salé en 1999. Une affirmation qui a provoqué l’ire des cadres du PJD, dont Hassan Hamourou, responsable local et figure du parti dans la ville, indique le quotidien Assabah dans son édition du weekend du 9 et 10 mai.

Benkirane, aujourd’hui retiré de la vie politique, n’a jamais réagi à ces accusations. Pas plus qu’il ne l’avait fait en 1999, lorsque le Conseil constitutionnel avait annulé l’élection d’Agmani lui-même, le privant de son siège de député pour des irrégularités dans l’organisation du scrutin.

Pour Hassan Hamourou, ces déclarations tardives relèvent d’une «lecture politique et historique malhonnête». «Pourquoi ressortir cette affaire aujourd’hui, après près de vingt-cinq ans, alors que Benkirane a été réélu à plusieurs reprises, que le PJD a dirigé le gouvernement pendant deux mandats et que son parcours a été validé par les urnes?», s’interroge-t-il. «Ce n’est pas un simple arrangement obscur qui a permis cette victoire, mais un processus complexe, façonné par les transformations du Maroc et par le choix des électeurs».

L’ancien ministre se retrouve dans une position paradoxale. «Comment peut-il remettre en cause la légitimité d’institutions comme le Conseil constitutionnel, qui a pourtant invalidé sa propre élection en 1997?», ironise Hamourou. Le responsable du PJD rappelle que la décision n°272/99 du Conseil avait pointé des «dysfonctionnements majeurs» dans l’organisation du vote, notamment la composition de certains bureaux et les prolongations abusives du scrutin. «Ce n’était pas un détail technique, mais un document politique et juridique qui a révélé les manipulations de certaines autorités locales de l’époque. Et aujourd’hui, celui qui en a été la victime se transforme en accusateur?».

Mais le plus choquant, selon Hamourou, reste «l’instrumentalisation» du nom d’Abderrahman el-Youssoufi, cité par Jamal Agmani comme source de ses affirmations, rapporte Assabah. «Le défunt était un symbole de la transition démocratique et du consensus politique. L’associer à des polémiques politiciennes, sans preuve et à titre posthume, est une insulte à sa mémoire.» Pour lui, cette polémique n’est qu’une «tentative désespérée de réécrire l’histoire», alors que le PJD a marqué la vie politique marocaine en passant de l’opposition à la tête du gouvernement, avec un Premier ministre issu de ses rangs pendant près d’une décennie.

Reste une question: pourquoi raviver ces braises maintenant? «Peut-être parce que certains ne supportent pas l’idée qu’un courant politique, longtemps marginalisé, ait pu s’imposer par les urnes et non par des arrangements en coulisses», suggère un observateur. Une chose est sûre: à quelques mois des prochaines élections, le débat sur la transparence du processus électoral est relancé. Mais cette fois, c’est l’histoire qui sert d’arme.

Par La Rédaction
Le 08/05/2026 à 20h19