​Décès du metteur en scène Nabil Lahlou: le «Sisyphe» du théâtre marocain tire sa révérence

Le metteur en scène et dramaturge Nabil Lahlou.

C’est un triste jeudi 7 mai 2026. Le metteur en scène et dramaturge marocain de renom, Nabil Lahlou, est décédé à Rabat aujourd’hui à l’aube.

Le 07/05/2026 à 09h40

​La scène artistique marocaine est en deuil. Le célèbre dramaturge et metteur en scène Nabil Lahlou s’est éteint ce matin du jeudi 7 mai à Rabat, à l’âge de 81 ans, des suites d’une longue maladie. Avec sa disparition, le Maroc perd l’un de ses pionniers les plus audacieux, fondateur d’un théâtre intellectuel en rupture totale avec le divertissement mainstream.

Nabil Lahlou n’était pas un homme de compromis. Son œuvre s’est construite en opposition frontale avec le «théâtre de consommation» superficiel qui a longtemps dominé la scène et qu’il a pendant longtemps contesté. Pour lui, le théâtre était un laboratoire qui avait pour but ultime de sonder les profondeurs de l’âme humaine et de disséquer les grandes contradictions et paradoxes de la société. Sa démarche visait à créer un lien intellectuel fort entre le spectateur et la réalité, transformant chaque représentation en un espace de réflexion politique et sociale.

​Sa dernière œuvre, «Macha Machmacha veut un rôle dans le film Le Procès de Socrate», présentée en mars 2026 au Théâtre National Mohammed V de Rabat, a suscité un débat passionné parmi les critiques. Pour les observateurs, cette pièce a marqué un retour à l’âge d’or du théâtre marocain, offrant une profondeur intellectuelle qui semble parfois faire défaut aux productions actuelles, souvent éclipsées par la télévision ou le cinéma commercial. Cette œuvre restera comme le témoignage de sa quête incessante d’un art ancré dans la pensée.

​Le départ de Nabil Lahlou laisse un vide considérable dans le paysage culturel. Au-delà des frontières nationales, il a su porter l’identité et l’exigence du théâtre marocain sur les scènes internationales. Ses créations, riches d’une esthétique engagée, continueront de servir de pont entre les artistes et les critiques. Elles demeurent des outils précieux pour décoder les impasses politiques et les fractures sociales qui marquent l’époque.

​Nabil Lahlou ne se contentait pas de mettre en scène; il bâtissait des mondes où la parole redevenait un acte de résistance. Sa mémoire vivra à travers chaque rideau qui se lève sur un théâtre exigeant, conscient et tourné vers la condition humaine.

Par Achraf El Hassani
Le 07/05/2026 à 09h40