La réforme ne se limite pas à l’ouverture d’enquêtes ou à la publication de communiqués destinés à l’usage médiatique. La véritable valeur de tout processus de contrôle réside dans sa capacité à établir la vérité dans son intégralité et à mettre en œuvre le principe liant responsabilité et reddition des comptes, souligne l’éditorialiste d’Al Akhbar de ce week-end (9 et 10 mai). Ce principe doit être appliqué hors de toute logique sélective ou de tout calcul étroit, car la répétition d’un discours convenu sur la lutte contre la corruption ne saurait plus convaincre une opinion publique qui exige que les personnes mises en cause soient effectivement déférées devant la justice.
Ainsi, des dossiers pourtant chargés —violations du droit de l’urbanisme, dilapidation des deniers publics et irrégularités dans l’attribution des marchés— se transforment en affaires qui s’étendent sur des années. Pendant ce temps, quelques «boucs émissaires» sont présentés à la justice pour canaliser la colère collective, tandis que des responsables et élus, sur lesquels pèsent de lourds soupçons, continuent d’exercer leurs fonctions en toute normalité, ou sont simplement mutés dans des administrations éloignées, hors de portée du citoyen.
La force de la loi ne se mesure pas à la rigueur des textes, mais à l’égalité de leur application, sans aucune exception. À défaut, la crise de confiance s’aggrave, affectant directement les perspectives de développement et les processus de réforme. La moralisation de la vie publique ne saurait se satisfaire de la persistance de l’impunité, ni se limiter à la révocation d’élus sans poursuites judiciaires. Lorsque les rapports des instances de contrôle attestent, de manière récurrente, de dysfonctionnements, il devient impératif de transformer ces données en procédures judiciaires.
À l’approche des prochaines échéances électorales, l’assainissement des dossiers en suspens s’impose comme une nécessité politique et morale. Il est en effet inadmissible que des personnes fortement soupçonnées d’avoir mal géré l’argent public puissent revenir par la voie des urnes, note l’éditorialiste d’Al Akhbar. Les directives royales appelant à la moralisation de la vie publique et liant responsabilité et reddition des comptes ne constituent en rien de simples slogans politiques ou conjoncturels. Elles dessinent, bien au contraire, une feuille de route claire pour l’édification d’un État fort, doté d’institutions solides et de la confiance renouvelée de ses citoyens.




