Et si la guerre contre l’Iran s’arrêtait là?

Mustapha Tossa.

ChroniqueAprès le refus de la délégation iranienne de se rendre à Islamabad pour entamer un deuxième round de négociations avec les Américains, Donald Trump a choisi de prolonger unilatéralement le cessez-le-feu, plutôt que de lancer une vague de bombardements comme il en avait vivement menacé. Aujourd’hui, un troisième round de négociations s’ouvre à Islamabad, en présence du ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi, ainsi que du duo de négociateurs américains composé de Steve Witkoff et Jared Kushner.

Le 27/04/2026 à 16h59

La séquence actuelle révèle un rapport de force singulier: un régime iranien qui défie la première puissance militaire mondiale, en pratiquant la politique de la chaise vide et le boycott des négociations. En face, Donald Trump semble ravaler ses menaces, préférant prolonger le cessez-le-feu sans fixer de nouvel ultimatum.

Cette situation traduit une donnée fondamentale: le leadership américain paraît confronté à des contraintes politiques et militaires qui entravent toute reprise du conflit. Une prudence qui s’explique sans doute par la crainte qu’un régime iranien acculé, n’ayant plus rien à perdre, n’opte pour une stratégie de la terre brûlée, avec le risque d’une déflagration régionale aux conséquences économiques difficilement maîtrisables.

Pour justifier cette pause militaire, l’administration de Donald Trump a avancé l’hypothèse de divergences internes au sein du pouvoir iranien. Une ligne de fracture opposerait ainsi des «colombes», incarnées par le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf et le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, à des «faucons», parmi lesquels figureraient le chef des Gardiens de la révolution, Ahmad Vahidi et Mohammad Bagher Zolghadr, ce dernier ayant succédé à Ali Larijani à la tête du Conseil suprême de la sécurité nationale après sa mort.

Pour tenter de justifier l’absence iranienne à Islamabad, l’administration de Donald Trump a mis en avant les divisions internes au sein du régime iranien, en soulignant l’existence d’une ligne de fracture entre différentes tendances du pouvoir. Washington semble ainsi vouloir accorder du temps au nouveau guide de la République islamique, Mojtaba Khamenei, afin qu’il tranche entre deux orientations stratégiques: l’une favorable à un accord avec les États-Unis, l’autre prônant une posture de confrontation visant à pousser les Américains dans leurs derniers retranchements.

Il est à noter que Mojtaba Khamenei, dont les Américains attendent l’oracle, n’est jamais apparu en public depuis le début de cette guerre. Les rares fois où il a communiqué, ce fut par écrit, lu par d’autres. Et aucun service de renseignement d’aucun pays n’a la preuve concrète et indiscutable qu’il est toujours en vie.

«Plus le cessez-le-feu se prolonge, plus le blocage du détroit d’Ormuz s’installe dans la durée, plus ce bras de fer risque d’apparaître comme un échec politique pour Washington, incapable de se dégager du bourbier qu’il a contribué à créer.»

—  Mustapha Tossa

Cette évolution de la situation au Moyen-Orient autorise une interrogation: et si la guerre s’arrêtait là? La stratégie américaine aurait alors pour objectif d’exercer une pression économique maximale, à travers le blocage des ports iraniens, dans une posture presque martiale, jusqu’à contraindre le régime iranien à lever le drapeau blanc. On entrerait ainsi dans une séquence de ni guerre ni paix, marquée par une volonté américaine d’étouffer économiquement le régime iranien.

Cette hypothèse est séduisante sur le papier et pourrait fonctionner si Donald Trump disposait du luxe du temps. Or, pour être efficace, une telle stratégie exige une temporalité longue dont ne dispose pas le président américain, acculé à produire des résultats en raison d’un agenda politique interne dominé par les élections de mi-mandat, au cours desquelles le Congrès est en grande partie renouvelé.

Cette réalité politique, le régime iranien l’a parfaitement intégrée. Pour lui, le principal danger ne réside pas dans le manque de temps, mais dans le risque d’un soulèvement populaire susceptible d’ébranler ses fondations. Or, cette hypothèse paraît aujourd’hui reléguée aux calendes grecques, depuis que Donald Trump, dans une maladresse politique manifeste, avait menacé d’effacer de la carte la civilisation perse. Une déclaration qui a eu pour effet de ressouder, face à une menace extérieure perçue comme existentielle, aussi bien le régime que ses opposants.

Aujourd’hui, les options qui s’offrent à Donald Trump ne sont pas extensibles à l’infini. Le scénario le plus optimiste serait qu’à la faveur d’une médiation pakistanaise, appuyée par les alliés russes et chinois, le régime iranien parvienne à un accord offrant une sortie de crise acceptable pour la Maison Blanche. Mais une telle issue, même assortie de mécanismes de contrôle sur les capacités nucléaires iraniennes, laisserait intacte une menace perçue comme existentielle par son environnement régional, notamment arabe et israélien.

À l’inverse, le conflit n’est pas à l’abri d’une accélération d’une tout autre nature, reposant sur une stratégie d’élimination ciblée de l’élite dirigeante iranienne par les États-Unis et Israël, dans la continuité des opérations engagées le 28 février dernier, lorsque le sommet du régime a été brutalement frappé.

En tout état de cause, plus le cessez-le-feu se prolonge, plus le blocage du détroit d’Ormuz s’installe dans la durée, plus ce bras de fer risque d’apparaître comme un échec politique pour Washington, incapable de se dégager du bourbier qu’il a contribué à créer. À l’inverse, le régime iranien pourrait capitaliser sur cette séquence pour nourrir le récit d’une résistance face aux deux puissances militaires les plus redoutées du moment.

Par Mustapha Tossa
Le 27/04/2026 à 16h59