Une simple infographie sur une chaîne de télévision tunisienne aura suffi à provoquer une crise de nerfs au sommet de l’État algérien. Derrière l’apparente futilité d’une «bourde» commise dans un pays vassalisé par le régime voisin, se cache une réalité psychologique bien plus profonde: la panique viscérale d’un régime hanté par le spectre de sa propre configuration territoriale et par la légitimité historique du Maroc sur le Sahara oriental.
L’incident s’est produit en direct sur la chaîne publique tunisienne El Wataniya, au cours de la diffusion de l’émission phare «Studio El Mondial», consacrée à la Coupe du monde 2026.

Pendant le programme, une carte géographique diffusée à l’écran a figé les téléspectateurs, et surtout le pouvoir algérien: le drapeau marocain y recouvrait non seulement l’intégralité du Sahara occidental, mais s’étendait également sur une partie importante de l’ouest du territoire rétrocédé à l’Algérie par la France coloniale.
La réaction du régime d’Alger ne s’est pas fait attendre. Pris d’une ire immédiate, Alger a activé instantanément ses leviers officiels et ses armées de cyber-activistes sur les réseaux sociaux pour faire pression sur Tunis. Face à l’ampleur de la polémique, la panique a gagné les couloirs de la télévision tunisienne. Dès le lendemain, le présentateur de l’émission est intervenu à l’antenne pour présenter des excuses publiques, plaidant l’erreur involontaire.
Le directeur général de la télévision tunisienne, Chokri Ben Nessir, a emboîté le pas en formulant des excuses officielles, annonçant de lourdes sanctions à l’encontre des techniciens et responsables de la séquence, ainsi que de nouvelles procédures de contrôle drastiques.
Ce n’est pas la première fois, et ce ne sera pas la dernière, que le régime algérien se montre à ce point frileux et fébrile dès que la question du Sahara oriental est effleurée, ne serait-ce que par l’épaisseur d’un trait de crayon sur une carte.
La peur existentielle des frontières coloniales
À l’heure où les discussions sur le dossier du Sahara avancent à grands pas sous la houlette américaine et le co-parrainage des Nations unies, l’Algérie dévoile progressivement ses plus grandes craintes. Pour Alger, l’après-négociations et la fin du conflit, qui s’oriente inexorablement vers le plan d’autonomie sous souveraineté marocaine, ne se limitent pas au sort des provinces du Sud. C’est une question bien plus existentielle qui se joue: la sanctuarisation des frontières héritées de l’Algérie française.
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Dans une analyse particulièrement évocatrice publiée par le think tank américain The Washington Institute for Near East Policy, les chercheuses Sabina Henneberg et Souhire Medini mettent en lumière l’arrière-plan historique de ce contentieux. En puisant manifestement leurs assertions dans des «confidences» de diplomates algériens, elles confirment que la question des frontières est le véritable enjeu pour Alger, terrorisé à l’idée de voir ressurgir officiellement la question du «Sahara oriental», ces territoires séculairement marocains amputés par la France coloniale pour agrandir son département d’Afrique du Nord.
On comprend ainsi que la participation d’Alger aux discussions ne vise pas le sort des populations, mais la recherche de garanties fermes: une fois le dossier du Sahara définitivement clos sur la base de l’autonomie marocaine, Rabat ne doit pas réclamer les territoires historiques annexés par la France.
Cette obsession des frontières remonte à la genèse même de l’Algérie indépendante. Les archives françaises du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE) révèlent un document officiel de 1966 capital pour comprendre la psyché du pouvoir algérien, rédigé lors de la conférence d’Addis-Abeba organisée par l’Organisation de l’unité africaine (OUA).
À cette époque, le président Ahmed Ben Bella venait d’être renversé par le militaire Houari Boumediene. Le représentant algérien y affirmait textuellement qu’il était «illusoire d’accorder l’indépendance à un territoire dont la population ne compte que 50.000 habitants» et que «l’Algérie ne pouvait se désintéresser du destin du Sahara espagnol».

En clair, en 1966, Alger, qui se proclamait pourtant la «Mecque des révolutionnaires», soutenait ouvertement le maintien de la présence coloniale espagnole au Sahara dans le seul et unique but de contrer les revendications légitimes du Maroc.
Dès lors, le soutien ultérieur apporté au Polisario s’inscrit dans une stricte continuité géopolitique: empêcher le Royaume de consolider une profondeur stratégique susceptible, à terme, de raviver la question du Sahara oriental.
Comme en 1966, le régime algérien se désintéresse royalement du sort des populations sahraouies. Ayant fait le deuil de ses ambitions d’accès direct à l’océan Atlantique, sa seule ligne est désormais défensive. L’analyse du Washington Institute le souligne à demi-mot: si une chape de plomb pèse sur le contenu des négociations discrètes en cours, c’est à la demande expresse d’une diplomatie algérienne qui cache son jeu pour masquer ses angoisses.




