La famille d’Abderrahim Fakir est arrivée ce jeudi à Casablanca, où elle réclame la restitution du corps de ce Marocain de 42 ans, mort le 19 juillet à Bologne lors de son interpellation par la police italienne. Près de trois semaines après le drame, ses proches multiplient les prises de parole pour dénoncer les circonstances de sa mort et les lenteurs de la procédure judiciaire italienne.
«L’Italie doit bien comprendre qui était cet homme qui a eu l’effronterie de mourir lors d’une interpellation policière alors qu’il aurait plutôt dû être soigné», lance Fabio Anselmo, avocat de la famille, dénonçant un climat qu’il juge indigne.
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Il déplore que, tandis que les derniers hommages étaient rendus à Abderrahim Fakir à Casablanca, une partie de l’opinion italienne cherche, selon lui, à instruire un procès posthume de sa mémoire. «Abderrahim Fakir est coupable d’être mort dans les circonstances documentées par une vidéo insoutenable», ironise-t-il, une vidéo qu’il faudrait, dit-il, «nier à tout prix parce qu’elle est tout simplement terrible». «Inacceptable. Inhumaine. Oui, c’est exactement cela», martèle l’avocat.
Karim, syndicaliste membre de Si Cobas (Sindacato Intercategoriale Cobas, syndicat italien très actif dans le secteur de la logistique et de la défense des travailleurs précaires et immigrés, Ndlr) revient en détail sur le déroulement des faits. Il explique, dans une déclaration à la presse, que plusieurs vidéos avaient été filmées par des habitants du quartier, à forte présence marocaine. «Nous avons gardé toutes ces vidéos sans vouloir les diffuser, afin de les utiliser comme preuves», précise-t-il. Pour lui, «il était clair comme de l’eau de roche» qu’Abderrahim Fakir avait été «tué lors d’une agression sauvage», insistant sur le fait que «sa vie y est passée».
Un épisode déjà vécu une première fois
Karim détaille les minutes ayant précédé le drame. Selon son récit, Abderrahim Fakir aurait été saisi d’une crise de panique, aggravée par son asthme, une pathologie qui limite l’oxygénation du cerveau et peut provoquer un état de détresse poussant à crier à l’aide. Il précise que ce type d’épisode s’était déjà produit une première fois auparavant. Ce jour-là, la victime se trouvait dans la rue et criait «aidez-moi» aux passants du quartier, lorsque quelqu’un a composé un numéro d’urgence sollicitant simultanément la police et les secours.
«Ils sont tous arrivés en même temps», relate-t-il, mais ce sont les policiers, et non les secouristes censés intervenir en priorité, qui ont agi les premiers, «de manière violente», provoquant selon lui le drame qui a suivi. Il indique enfin que l’inhumation reste suspendue à l’issue d’un délai de 90 jours, le temps que l’ensemble des démarches liées à l’autopsie soit finalisé.
La tante d’Abderrahim Fakir dresse, elle, le portrait d’un homme profondément attaché aux siens. «Il aimait sa famille», dit-elle simplement, avant de préciser qu’«il réconciliait ceux qui étaient en dispute, aidait les malades, c’était un homme de bien et un acteur associatif. Que Dieu ait son âme et lui accorde Sa miséricorde».
Elle décrit un choc «extrêmement brutal» face à l’annonce de sa mort. «Ce n’est vraiment pas facile d’accepter cette nouvelle, cette mort tragique et ce qu’ils lui ont fait... C’est un crime», confie-t-elle, évoquant les derniers mots de son neveu, qui criait «aidez-moi, arrêtez, arrêtez!». Elle avoue ne pas avoir pu se résoudre à regarder la vidéo de son interpellation ni à en lire les détails.
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Elle appelle l’ensemble des responsables concernés à prendre ce dossier au sérieux, à faire preuve d’humanité et de compassion et à restituer sa dépouille à la famille. «C’est le minimum d’humanité», ajoute-t-elle, se remémorant leur proximité. «Il était si proche de moi, il venait s’asseoir et étudier chez moi...», regrette-t-elle.
Le mari de sa sœur, également bouleversé, décrit à son tour les images de l’interpellation. «Que puis-je vous dire? C’est un spectacle atroce. L’homme est à terre, ils sont tous assis sur lui alors qu’il se débat et appelle au secours», raconte-t-il. Il revient avec amertume sur l’attitude des secouristes présents sur place, ceux-là mêmes qu’Abderrahim Fakir avait sollicités en premier lieu.
«Lorsqu’ils sont arrivés, ils sont restés là à regarder, comme si c’était un spectacle ou une scène de rue, ils le regardaient mourir», déplore-t-il. Il balaie par ailleurs toute idée d’indemnisation financière. «Nous ne voulons pas d’argent! Nous voulons simplement récupérer le corps. La volonté de Dieu s’est accomplie, il est mort. Ramenez-nous son corps pour qu’on puisse l’enterrer», implore-t-il, avant de dénoncer la lenteur des démarches imposées à la famille. «Regardez notre situation, ils nous disent qu’il faut encore attendre trois mois. Trois mois simplement pour les démarches et l’autopsie», s’indigne-t-il.
Ce qui s’est passé
Abderrahim Fakir, un Marocain de 42 ans arrivé en Italie à l’âge de cinq ans, est mort le 19 juillet après avoir été plaqué au sol par deux policiers lors de son interpellation à Bologne. Une vidéo tournée par un riverain, largement partagée par les médias italiens, montre la victime subir un plaquage ventral pendant plusieurs minutes, suppliant qu’on lui vienne en aide avant d’apparaître inerte, le visage contre l’asphalte.
La préfecture de police de Bologne avait indiqué que les agents étaient intervenus après un signalement d’habitants faisant état d’un homme en proie à une violente agitation. Une enquête avait été ouverte par le parquet italien au lendemain du drame, provoquant l’indignation d’une partie de l’opinion publique et plusieurs rassemblements dans le centre-ville de Bologne.
Les premiers résultats de l’autopsie ont fait état de poumons pleins de sang et de vastes zones d’infiltration hémorragique par compression au dos, des éléments transmis par le professeur Vittorio Fineschi, consultant mandaté par la famille. Pour Fabio Anselmo, ce tableau correspond à «une asphyxie mécanique violente par compression dorsale».
Ces conclusions ont depuis été jugées convergentes par Francesco Maria Caruso, ancien président des tribunaux de Reggio Emilia et de Bologne, qui excluait lui aussi «toute cause justificative» à cette mort. L’avocat de la famille a par ailleurs déposé une requête pour que l’enquête soit retirée au service de police auquel appartiennent les deux agents mis en cause, invoquant un arrêt de la Cour européenne des droits de l’Homme imposant une enquête indépendante lorsque des membres des forces de l’ordre sont impliqués dans les faits examinés.


















