Cette posture fut accueillie par un bruyant éclat de rire et une incrédulité générale. Et pour cause. Le désert diplomatique dans lequel vit le régime algérien est spectaculaire, à tel point que la visite d’un sombre responsable africain ou du maire d’une minuscule ville française fait office d’événement pour lequel Alger sort le grand protocole diplomatique et la grande machine de communication. Tout cela pour cacher une vérité diplomatique éclatante: il n’y a pas de grands chefs d’État qui visitent Alger et le président Tebboune n’est le bienvenu nulle part, sauf dans quelques pays alléchés par la possibilité d’un gaz algérien extrêmement bon marché.
Cela a été démontré à Rome avec la grande opportuniste Giorgia Meloni et à Berlin avec les Allemands, à l’affût de tout ce qui peut gêner la diplomatie française.
Et même quand il est reçu dans ces capitales, il n’a droit qu’au service minimum, teinté de la discrétion forcée réservée à un représentant d’une compagnie énergétique à qui l’on offre un dîner rapide, sans grandes lumières, pour bâcler les contrats les plus gourmands.
Tebboune n’est pas considéré comme un véritable chef d’État, mais tout au plus comme le gérant d’un pays-station-service qu’il faut caresser dans le sens du poil pour lui arracher le maximum de concessions.
Dans l’agenda diplomatique d’Alger de ces dernières années, le plafond des visites importantes se limite au président tunisien Kaïs Saïed, devenu subitement un affidé du régime algérien, et à quelques dirigeants des pays du Sahel dont l’humeur politique changeante compromet le niveau de fiabilité et le degré de crédibilité.
Alger avait également reçu le Premier ministre Pedro Sánchez. Mais loin de témoigner d’une quelconque influence diplomatique de Tebboune, cette visite avait surtout été l’occasion pour le régime algérien de se plier aux desiderata espagnols, au terme d’une longue crise de confiance entre les deux pays dont Alger était sorti largement perdant.
«En refusant de tomber dans le piège de la provocation, Abou Dhabi administre ainsi une magistrale leçon de diplomatie à Tebboune, qui apparaît, aux yeux de la communauté internationale, comme un dirigeant irresponsable et amateur dans sa gestion des crises.»
— Mustapha Tossa
Alger avait également reçu l’envoyé américain Massad Boulos. Une visite qui visait clairement, selon l’auteur, à recadrer les positions algériennes et à les rapprocher de l’agenda diplomatique américain dans la région, aux antipodes des orientations défendues par Alger.
La récente rupture diplomatique avec les Émirats arabes unis ne fera qu’accentuer la solitude et l’isolement du régime algérien. La rupture avec le Maroc l’avait déjà considérablement isolé dans son environnement européen, méditerranéen, arabe et africain, au point d’en faire un partenaire à traiter avec des pincettes. La guerre diplomatique et médiatique désormais engagée contre Abou Dhabi risque d’épaissir encore la quarantaine diplomatique dans laquelle Alger s’est progressivement enfermé depuis l’arrivée de Tebboune au pouvoir.
Tebboune et son régime semblent miser sur l’idée qu’en s’en prenant avec une telle virulence aux Émirats arabes unis, ils pourraient s’attirer le soutien implicite, voire la sympathie, de deux pays auxquels on prête des relations parfois compliquées avec Abou Dhabi: le Qatar et l’Arabie saoudite. Un calcul qui pourrait toutefois produire l’effet inverse. Car, quelles que soient leurs divergences, les pays du Golfe restent liés par des intérêts et des solidarités profondes. Riyad comme Doha ne sacrifieront pas leurs relations avec Abou Dhabi au profit d’Alger.
D’ailleurs, dans cette crise entre les deux pays, il est remarquable de noter que le régime algérien utilise toute la nocivité de sa machine de propagande pour agresser et salir la réputation des Émirats arabes unis, alors que les autorités d’Abou Dhabi observent un silence majestueux et traitent de haut le marécage politique dans lequel se débattent les propagandistes du régime algérien.
Ce contraste est saisissant. Il révèle le visage d’un régime algérien agressif, haineux et rancunier, tout juste bon à multiplier les ruptures et à attiser les tensions. En face, les Émirats arabes unis affichent un leadership rationnel, maître de ses réactions, soucieux de ne pas insulter l’avenir et de faire la distinction entre le régime algérien et le peuple algérien. En refusant de tomber dans le piège de la provocation, Abou Dhabi administre ainsi une magistrale leçon de diplomatie à Tebboune, qui apparaît, aux yeux de la communauté internationale, comme un dirigeant irresponsable et amateur dans sa gestion des crises.
Face à un Tebboune sanguin, éruptif, Mohammed ben Zayed a montré un art consommé de la diplomatie et du self-control, participant ainsi, sans le vouloir, à renforcer la solitude du président algérien et sa réputation de «Bad Boy» infréquentable, d’un responsable enragé avec des pulsions de pyromane et dont tout le monde attend juste la disparition de la scène politique algérienne pour espérer renouer avec l’Algérie.




