Puigdemont qualifie Sebta et Melilla de «colonies» et propose de soumettre leur avenir au vote

L’ancien président de la Generalitat de Catalogne et dirigeant de Junts, Carles Puigdemont. (Photo Ed Jones/AFP). AFP or licensors

Le dirigeant de Junts situe les deux villes «à l’intérieur du Maroc» et estime qu’elles représentent «une blessure» du point de vue marocain. Sa prise de position élargit un débat qui, en l’espace de quelques semaines, s’est invité au Parlement européen avant de gagner les rangs du mouvement indépendantiste catalan.

Le 21/09/2026 à 11h23

«Quel sens y a-t-il à ce qu’un pays de l’Union européenne possède deux colonies ou deux villes à l’intérieur du Maroc?», s’interroge Carles Puigdemont, ancien président de la Generalitat de Catalogne et dirigeant de Junts, dans un entretien accordé au quotidien britannique The Times depuis sa résidence de Waterloo. «Du point de vue marocain, cela constitue bien évidemment une blessure», ajoute-t-il.

Tout en reconnaissant que «la population de Sebta se sent profondément espagnole», Puigdemont estime que cette volonté gagnerait en légitimité si elle était consacrée par une consultation. «Leur position ne serait-elle pas plus légitime si elles organisaient un référendum d’autodétermination?», demande-t-il.

Le dirigeant catalan établit aussitôt un parallèle avec la Catalogne. «L’Espagne ne le permettra pas, car elle craint que nous réclamions, nous aussi, un référendum», affirme-t-il.

Puigdemont est loin d’occuper une position marginale dans la vie politique espagnole. Les voix de Junts sont décisives pour la poursuite de la législature et le parti appartient à la majorité qui a permis l’investiture de Pedro Sánchez. En qualifiant Sebta et Melilla de «colonies», en les situant «à l’intérieur du Maroc» et en réclamant un référendum, son dirigeant ouvre une brèche embarrassante avec un gouvernement qui répète que la souveraineté espagnole sur les deux villes ne saurait faire l’objet d’aucune discussion.

Du Parlement européen au débat espagnol

Les déclarations de Puigdemont interviennent quelques jours seulement après l’irruption du statut de Sebta dans les débats du Parlement européen. Lors de la séance organisée le 16 septembre, l’eurodéputée italienne Ilaria Salis, membre du groupe de La Gauche, a affirmé que «Sebta n’est pas l’Espagne» et que «Sebta n’est pas l’Europe».

Salis a présenté la ville comme un vestige du colonialisme européen en Afrique et accusé une partie de la droite d’instrumentaliser la situation migratoire afin d’alimenter une propagande nationaliste et hostile aux migrants. «Il fallait que quelqu’un le dise dans un débat parlementaire qui semblait encore se dérouler en pleine époque coloniale», a-t-elle écrit par la suite en réaffirmant sa position.

La remise en cause du statut des deux villes avait déjà fait son apparition dans le débat politique espagnol quelques semaines auparavant. Le 31 août, le président d’Esquerra Republicana de Catalunya, Oriol Junqueras, avait qualifié Sebta et Melilla d’«anomalie géographique et historique». «Combien de pays possèdent des enclaves et des villes sur un autre continent?», avait-il demandé au cours d’un entretien accordé à Catalunya Ràdio.

Lors de cette même intervention, Junqueras avait demandé au gouvernement espagnol de contrôler ses frontières et mis en doute que l’entrée massive enregistrée à Sebta ait pu se produire à l’insu des autorités marocaines. Il n’avait toutefois évoqué ni une cession territoriale ni l’organisation d’une consultation sur la souveraineté des deux villes.

Le refus du gouvernement espagnol

La proposition de Puigdemont se heurte à la position défendue par les gouvernements espagnols successifs, qui considèrent Sebta et Melilla comme des parties intégrantes de l’Espagne et excluent toute négociation sur leur souveraineté.

Le ministère espagnol des Affaires étrangères a réaffirmé en août que les deux villes faisaient partie de l’intégrité territoriale du pays et de la frontière extérieure de l’Union européenne. La ministre de la Défense, Margarita Robles, avait alors assuré qu’elles étaient «profondément espagnoles» et qu’«on n’y touche pas».

Depuis son indépendance, le Maroc revendique les deux villes et rejette le parallèle établi par l’Espagne entre leur situation et celle de Gibraltar. Sebta et Melilla ne figurent cependant pas sur la liste des territoires non autonomes des Nations unies en attente de décolonisation.

Le référendum catalan en toile de fond

La question de Sebta et Melilla n’occupe qu’une partie du long entretien accordé au Times, principalement consacré à l’avenir politique et judiciaire de Puigdemont ainsi qu’à son éventuel retour en Catalogne.

L’ancien président catalan y défend une nouvelle fois le référendum unilatéral du 1er octobre 2017 et affirme ne rien regretter des décisions prises à l’époque. «Je ne regrette rien. Je suis fier de ce qu’a accompli le peuple catalan. Nous avons vaincu l’Espagne démocratiquement», déclare-t-il.

Puigdemont présente ce scrutin comme une avancée pour le mouvement indépendantiste. «Il y a eu un référendum. Nous l’avons remporté, nous l’avons organisé et, malgré les violences policières, nous l’avons tenu. Cela restera dans l’histoire, car nous avons franchi plusieurs étapes sur le chemin de l’indépendance», soutient-il.

Il affirme également qu’au moment de promouvoir la consultation, il était prêt à rester durablement éloigné de la Catalogne. «Je ne savais pas combien de temps durerait mon exil, mais j’étais disposé à y passer toute ma vie. Et si je dois y passer toute ma vie, j’y suis prêt», conclut-il.

Par Faiza Rhoul
Le 21/09/2026 à 11h23