Le Maghreb, divisions et impuissance!

Mustapha Tossa.

ChroniqueDepuis des décennies, Alger s’est donné pour agenda stratégique de créer un sixième État au Maghreb en abritant, en finançant et en armant les séparatistes du Polisario, des Sahraouis du sud du Royaume auxquels le régime algérien voulait offrir un État. Pour faire réussir cette mésaventure, le régime algérien a mis à sa disposition d’énormes moyens financiers, «l’argent de Crésus», avait avoué le président Tebboune dans un rare moment de lucidité.

Le 17/08/2026 à 16h23

C’est devenu la triste rengaine politique de la région. L’absence d’un Maghreb pacifié politiquement et uni économiquement est si flagrante qu’elle génère un immense coût et une perte sèche pour l’évolution des peuples de la région.

Cette incapacité structurelle à unir les forces de ces pays a longtemps été le fruit et la conséquence des choix stratégiques du régime algérien. Des choix inspirés par un antagonisme permanent. Une volonté sinon de détruire, du moins d’affaiblir durablement le voisin marocain, considéré par la liturgie politique algérienne comme «l’ennemi classique».

Depuis des décennies, Alger s’est donné pour agenda stratégique de créer un sixième État au Maghreb en abritant, en finançant et en armant les séparatistes du Polisario, des Sahraouis du sud du Royaume auxquels le régime algérien voulait offrir un État. Pour faire réussir cette mésaventure, le régime algérien a mis à sa disposition d’énormes moyens financiers, «l’argent de Crésus», avait avoué le président Tebboune dans un rare moment de lucidité. Son appareil diplomatique, doté des moyens d’un État pétrolier, a été mis au service du marketing international de cette aventure séparatiste. La boussole politique et diplomatique algérienne tourne autour d’un seul axe: faire du Polisario l’alpha et l’oméga de sa stratégie.

La présence et l’obsession pour ce sujet sont si fortes et si imposantes dans la structure du pouvoir algérien que, lorsque Alger parle au monde extérieur, c’est exclusivement pour vendre son unique sujet de préoccupation: les séparatistes du Polisario, et tenter de les imposer dans les forums internationaux. Au lieu de consacrer ses richesses et ses potentialités au bien-être de sa population, le régime algérien a préféré les mettre au service d’une chimère, celle de créer un nouvel État à sa solde au sud du Maroc. Il est vrai qu’à travers cette démarche, Alger visait deux objectifs principaux: obérer les chances de développement du Maroc et l’empêcher de devenir le dragon africain, l’incontournable locomotive politique et économique qu’il est devenu aujourd’hui. Le second objectif était de se procurer, par la même occasion, une porte sur l’Atlantique susceptible de lui assurer une ouverture proche pour son commerce et ses richesses énergétiques implantées dans le sud du pays.

Cette politique a non seulement spectaculairement échoué, le Maroc ayant réussi à éteindre toutes ces tentatives de démembrement, mais elle a eu pour principal dommage collatéral d’empêcher la naissance d’une structure régionale maghrébine. Même si, sur le papier, les dirigeants de la région, notamment les plus sages d’entre eux, avaient réussi à créer cette organisation régionale appelée UMA, Union du Maghreb arabe, elle est restée lettre morte, sans âme, sans dynamique, à cause justement de cet entêtement algérien à donner une priorité absolue aux séparatistes du Polisario au détriment de ses relations de bon voisinage avec le Maroc et l’ensemble de la région. C’est ainsi que les deux pays ont fini par vivre une rupture froide, ni guerre ni paix, mais sans aucune perspective de réconciliation, malgré les nombreuses mains tendues par le roi Mohammed VI.

«Le Maghreb uni devra donc attendre non pas, hélas, la fin de la question du Sahara marocain, mais le changement de régime, de mentalité et de culture de pouvoir qui gouvernent aujourd’hui l’Algérie. Pour continuer à paralyser la région au profit d’on ne sait quelles puissances, le régime algérien trouvera d’autres prétextes qu’il présentera à son opinion comme vitaux pour sa survie et sa continuité»

—  Mustapha Tossa

Les grands spécialistes de l’économie et de la démographie ont beau dire ce que constituerait un Maghreb uni comme puissance économique et force politique si les pays qui le composent parvenaient à dépasser leurs divergences, le régime algérien ne veut rien entendre. Il s’est verrouillé dans une logique d’affrontement, de rupture et de chaos.

Cette approche a prévalu pendant cinq décennies, faisant vivre la région dans une sorte de glacis politique. La nouveauté aujourd’hui est que, sur le plan diplomatique, la région se dirige inéluctablement vers une résolution définitive de cette question saharienne au profit du Maroc. Et, malgré ces perspectives optimistes pour la région, il est difficile de voir le régime algérien faire sa mue politique et se convertir à la paix et à l’unité régionale.

Le régime Tebboune a montré, par ses comportements, que le Polisario n’est qu’un prétexte pour assouvir son antagonisme structurel contre le Maroc et que sa disparition ne ferait pas forcément du régime algérien un acteur de paix et d’unité.

Il est apparu au grand jour que l’ADN du régime algérien est composé d’un besoin de créer des tensions permanentes, d’une nécessité de semer le chaos et la division dans la région. Et même lorsqu’il prétend développer une relation d’amitié et de bon voisinage avec un pays voisin comme la Tunisie, c’est uniquement dans l’optique de la considérer comme une wilaya algérienne, comme la dernière crise entre les deux pays l’a illustré.

Le Maghreb uni devra donc attendre non pas, hélas, la fin de la question du Sahara marocain, mais le changement de régime, de mentalité et de culture de pouvoir qui gouvernent aujourd’hui l’Algérie. Pour continuer à paralyser la région au profit d’on ne sait quelles puissances, le régime algérien trouvera d’autres prétextes qu’il présentera à son opinion comme vitaux pour sa survie et sa continuité.

Par Mustapha Tossa
Le 17/08/2026 à 16h23