Grand virage urbanistique au Maârif: la transformation de Derb Ghallef entre dans une nouvelle phase

Une vue partielle de la joutia de Derb Ghallef, au cœur du Maârif à Casablanca.

Le nouveau plan d’aménagement de l’arrondissement de Maârif est désormais officiellement approuvé. Le décret approuvant le document a été publié au dernier numéro du Bulletin officiel, daté du 1er octobre 2026. Le texte déclare par ailleurs l’ensemble du plan d’utilité publique, ouvrant la voie à la mise en œuvre de plusieurs opérations d’aménagement et, notamment, à la restructuration de Derb Ghallef.

Le 05/10/2026 à 13h40

Le nouveau document fixe le cadre urbanistique appelé à régir l’évolution de l’un des arrondissements les plus denses et les plus stratégiques de Casablanca. Il intervient au terme d’un processus qui aura duré plusieurs années. Le dossier a notamment été examiné par la commission technique locale le 17 avril 2025, avant de faire l’objet d’une enquête publique au niveau de la commune de Casablanca et de l’arrondissement de Maârif, du 11 septembre au 10 octobre 2025.

Le projet a ensuite été soumis aux instances élues. Le Conseil de la commune de Casablanca l’a examiné lors de sa session extraordinaire du 2 décembre 2025, tandis que le Conseil d’arrondissement de Maârif s’était réuni en session extraordinaire le 31 octobre de la même année. Une commission chargée d’examiner les réclamations du public et les propositions du Conseil s’est enfin réunie le 25 mars 2026.

Le nouveau plan ne bouleverse pas complètement le schéma urbain du Maârif. Il s’inscrit dans une certaine continuité avec le précédent document d’aménagement, tout en introduisant plusieurs changements de zonage et en accompagnant la transformation de certains secteurs.

À Franceville, notamment, le triangle qui était jusqu’ici réservé aux villas doit accueillir des immeubles pouvant atteindre R+3. Une autre ancienne zone de villas, située entre les rues Larbi Doghmi et le boulevard Ghandi, est également appelée à évoluer vers une zone d’immeubles en R+3.

Le long du boulevard Abdelmoumen, les hauteurs autorisées varient selon les secteurs, avec des constructions pouvant aller de R+5 à R+9. Le plan prévoit également une zone urbaine mixte en R+10 sur une friche située boulevard Brahim Roudani. La hauteur pourra atteindre R+12 dans le cas de la réalisation d’un établissement hôtelier.

Le document accompagne ainsi la densification de certains secteurs tout en réservant des emprises à de nouveaux équipements, à la voirie et à des espaces publics.

Un pôle multimodal à Bachkou

Parmi les opérations structurantes figure également le projet prévu à Bachkou, à proximité de la gare Casa Oasis et de l’autoroute urbaine. Le site est destiné à accueillir un pôle multimodal combinant différentes fonctions, notamment commerciales, résidentielles et de services.

Sur l’ancien terrain du douar Bachkou, le groupe Al Omrane a déjà engagé la réalisation d’Oasis City, un nouveau quartier à vocation mixte. Développé sur quelque 10 hectares, le projet prévoit des immeubles pouvant atteindre R+14, un complexe hôtelier de 500 chambres, ainsi que des commerces, des bureaux et des équipements de proximité.

Le nouveau plan entend ainsi accompagner la transformation de ce secteur stratégique, situé à l’intersection de plusieurs grands axes de circulation et à proximité d’un important nœud de transport.

Autre opération d’envergure, le site actuel du CHU Ibn Rochd doit évoluer vers une véritable cité de la santé. Le projet porte sur un périmètre d’environ 56 hectares et vise à réorganiser les différentes composantes du site hospitalier et à améliorer leur articulation. Le schéma prévoit notamment la possibilité d’une tour pouvant atteindre une trentaine d’étages.

Derb Ghallef, le dossier le plus sensible

Mais c’est sans doute à Derb Ghallef que le nouveau plan d’aménagement aura les conséquences les plus visibles. La célèbre joutia, qui constitue depuis des décennies l’un des principaux pôles commerciaux populaires de Casablanca, change de statut dans le nouveau document. Le site est désormais identifié comme un équipement public.

Cette évolution constitue une différence importante par rapport au précédent plan. Celui-ci prévoyait notamment une vocation immobilière avec des constructions pouvant atteindre R+6 et des commerces au rez-de-chaussée. Le nouveau schéma privilégie au contraire une opération de restructuration et de rénovation urbaine.

La commune de Casablanca prévoit ainsi de réaménager le marché sur son emplacement actuel, avec une nouvelle organisation des activités commerciales.

Le projet ne doit toutefois pas être réduit à la construction d’un centre commercial classique. Dans une déclaration accordée à notre média, Abdessadeq Mourchid, président de l’arrondissement de Maârif, avait expliqué que l’objectif était de préserver Derb Ghallef comme pôle commercial tout en modernisant ses infrastructures.

L’élu avait notamment assuré que le projet avait été conçu en concertation avec les commerçants et qu’il devait tenir compte de la spécificité des activités exercées dans la joutia. Selon lui, celles-ci ne nécessitent pas de constructions dépassant deux niveaux.

Le projet doit également englober l’environnement immédiat du marché, avec notamment un parking, une mosquée, des espaces verts et des équipements sanitaires. Une zone destinée à l’artisanat traditionnel est également envisagée à proximité.

Cette approche vise donc à préserver la vocation commerciale et populaire de Derb Ghallef tout en mettant fin à une organisation devenue difficilement compatible avec les exigences actuelles en matière de sécurité, de circulation, de stationnement et d’aménagement urbain.

La question du devenir des habitants et des commerçants constitue naturellement l’un des principaux enjeux du projet. Le principe affiché jusqu’ici est celui d’une rénovation sur place, et non d’un déplacement des habitants vers un autre quartier.

Une zone de rénovation urbaine est notamment prévue entre les rues Soumaya et Leonardo da Vinci. Son aménagement doit faire l’objet d’une étude spécifique destinée à préciser le programme et les modalités de réalisation. La conduite du projet doit associer les différents acteurs concernés sous la supervision d’une commission préfectorale mixte présidée par le gouverneur.

La transformation de Derb Ghallef passe également par une importante reconfiguration de la voirie. Plusieurs voies doivent être élargies afin de fluidifier la circulation autour de la joutia et de mieux connecter le secteur aux grands axes voisins.

Certaines voies doivent atteindre 30 mètres aux abords du marché, tandis qu’une largeur pouvant aller jusqu’à 50 mètres est prévue à proximité de l’intersection des boulevards Abdelmoumen et Anoual.

Une nouvelle voie d’environ 20 mètres doit également relier la rue Bachir Laalej au boulevard Anoual. Plusieurs emprises sont par ailleurs réservées à la création ou à l’élargissement de voies dans le périmètre de rénovation. Ces aménagements supposent nécessairement des acquisitions foncières.

La commune de Casablanca a engagé le processus permettant de récupérer le foncier nécessaire à la réalisation du projet. Le périmètre de la joutia représente environ 54.000 m² de parcelles occupées par le marché, selon les éléments communiqués dans le cadre du projet.

La déclaration d’utilité publique qui accompagne désormais le nouveau plan d’aménagement constitue à cet égard une étape juridique déterminante. Elle permet d’engager les procédures d’acquisition des terrains nécessaires à la réalisation des équipements et des infrastructures prévus par le document d’urbanisme.

Il convient toutefois de distinguer clairement l’expropriation des terrains du sort des habitants ou des commerçants. La déclaration d’utilité publique ne signifie pas, en elle-même, un déplacement automatique de la population de Derb Ghallef. Les modalités de rénovation, de maintien des activités et, le cas échéant, d’indemnisation des propriétaires concernés doivent encore être précisées dans le cadre des procédures et des projets opérationnels.

Des travaux par phases

La question du maintien de l’activité commerciale pendant les travaux constitue un autre défi majeur. Interrogé par Le360, Abdessadeq Mourchid avait reconnu l’existence de «craintes légitimes» chez les commerçants et indiqué que l’orientation envisagée était de réaliser les travaux par phases, afin de limiter autant que possible l’interruption de l’activité.

L’enjeu est de taille. Derrière les centaines de commerces et d’activités qui font vivre Derb Ghallef se trouvent des centaines de familles directement ou indirectement dépendantes de la joutia.

Le projet devra donc trouver un équilibre entre la nécessité de restructurer un secteur aujourd’hui saturé et la préservation de son activité économique. La modernisation du site devra également répondre à des problèmes récurrents de sécurité, de stationnement, de circulation et d’état des infrastructures.

La publication du décret au Bulletin officiel marque ainsi une étape décisive. À Derb Ghallef, le défi sera désormais de traduire les orientations du plan en un projet urbain cohérent, capable de moderniser l’un des marchés les plus emblématiques de Casablanca tout en préservant son identité, son activité commerciale populaire et son ancrage économique et social dans le Maârif.

Par Wadie El Mouden
Le 05/10/2026 à 13h40